Le blog du petit carré jaune

22 septembre 2017

Sonia David "David Bowie n'est pas mort"

 

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Encore une fois j’aurai pu passer à côté de ce roman si ce n’est que l’auteur me tendait un diable de miroir, une histoire qui me renvoyait dans mes cordes, dans mes retranchements, dans une psychologie de bazar. J’aurai pu l’éviter, tout faire pour ne pas le lire, pour ne pas me prendre en pleine figure cette histoire qui pourrait être la mienne, la notre, une histoire qui nous raconte, nous laisse un goût de réconciliation avec les nôtres, ceux de notre sang, ceux qui nous connaissent peut-être le mieux et qui pourtant ne sont pas épargné par nos fausses rancœurs.
Car oui « David Bowie n’est pas mort » de Sonia David a ce goût légèrement salé des madeleines sucrées et à la fois des choses qu’on s’interdit de faire ou de dire, des conflits et errances entre fratries, des éloignements propres à nos vies opposées, à nos caractères et nos histoires qui commencent sur un chemin semblable et se perd dans les labyrinthes parentaux et ceux de la vie. 

Alors bien sûr, on n’est pas obligé d’aimer sa mère, son père ou ses frères ou sœurs. On n’est pas obligé d’aimer à 100% cette famille, on n’est pas obligé non plus de se sentir reconnu ou aimé, on n’est pas obligé d’entendre ou de remarquer tous ces signes, ces souvenirs communs qui se bousculent lorsque la disparition des parents intervient.
Non, on n’est pas obligé.
Mais ça revient et ça vous flanque une claque, ça crépite dans le cœur, ça ouvre de nouveau les cicatrices qu’on avait tenté vainement de recoudre, encore fallait-il être une parfaite couturière pour y arriver. Cela arrive comme ça, sans vous prévenir, au fil des pages que vous lisez, que vous  découvrez. Comme l’armoire que l’on vide, comme les albums photos qu’on redécouvre. On ne s’y attend pas. On ne s’attend pas à se découvrir dans cette histoire, à se reconnaitre dans une ou les trois sœurs, dans les souvenirs d’un David Bowie partagé. Non on s’y attend pas et ça vous flanque oui une claque, ça vous flanque par terre. On ne s’attend pas à croire de nouveau que peut-être l’amour entre sœurs existe encore.  

Car que reste-t-il  lorsqu’une mère détestée et un père adoré partent, disparaissent, nous laissent l’un après l’autre orphelin de notre enfance ? Que reste-il quand les piliers, nos racines cessent de nous oxygéner, de constituer ce terreau, cette roche à laquelle on s’agrippe les jours de mauvais temps ? Que reste-t-il quand plus rien ne reste ? On se raccroche à nos souvenirs, on s’appuie les uns sur les autres, on fait référence à nos personnalités, sachant que l’une des sœurs aura le pouvoir de prendre en charge toutes les démarches, l’autre aura le besoin de prendre l’air et la troisième de se relever et continuer à entretenir ce qui ne s’entretient plus.
Que reste-t-il de l’enfance, des vêtements que l’on retrouve dans le fond des armoires, des mots qui soudain nous reviennent comme une évidence, des étreintes que l’on oublie vite ? Que reste-t-il de ce jour où la vie part et pourtant inlassablement nous rappelle combien elle a été vie. Une vie ensemble, une vie semblable, une vie qui un jour à changer de destin.

 

Sonia David a écrit un roman qui aurait pu ne pas me toucher. Construit en trois parties, les deux premières avaient ce parfum de déjà lu, déjà vu. La mort des parents, la perte, la difficile période qui s’ensuit, les difficultés entre sœurs, les tempéraments, les caractères, les vies si différentes. J’aurai pu ne pas être touchée.
Mais c’est dans cette troisième partie qu’elle m’a prise en traitre.
C’est dans cette troisième partie, que toutes mes cicatrices se sont de nouveau ouvertes, que j’ai posé le livre et ai eu envie d’appeler cette sœur pourtant si proche et qui me semble si loin, l’envie de rouvrir l’album photo de ma jeunesse et m’apercevoir que nous portions nous aussi les mêmes habits que ma mère nous cousait, ce sous pull jaune et cette salopette verte,  que nous marchions la main dans la main sur des chemins de terre, que nous étions assises les unes à côtés des autres, toutes les trois, dans la vieille 4L verte de mon grand père, que nous rions aux éclats, des fleurs dans les cheveux sur les sentiers montagneux. Que s’est-il passé pour que nos routes se perdent, partent vers des horizons diamétralement opposés ?

Oui Sonia David m’a eue. Elle m’a terrassée. Et pour cette dernière partie qui finalement est peut-être celle qui nous dit pourquoi David Bowie n’est pas mort, que je peux dire que ce roman est une vraie réussite.
Pour tout ce qui nous donne envie de faire, de retrouver, de se rappeler et de renouer.  Parce que la vie sans ceux qui nous sont intimement liés, ne peut-être une vie parfaite. Parce qu’on a toujours dans le cœur cette place qui ne demande qu’à être comblée. Parce que lorsque je finis un billet avec dans les yeux des larmes qui scintillent, c’est que ce livre m’a profondément touché. Et je me dis que l’auteur a diablement et horriblement raison « … les enfants uniques sont terriblement à plaindre. »

 « ça va aller toi ? » «  Tu es assise ? »

 

 

Sonia David sera à la 25ème heure du Mans le 7 et 8 octobre 2017 et participera à la rencontre et à l’atelier d’écriture organisés par les 68 premières fois.

 

David Bowie n’est pas mort
Sonia David
Robert Laffont


20 septembre 2017

Aude Mermilliod " Les reflets changeants"

 

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« J’ai 22 ans, je suis fraichement diplômée, je suis brillante. Et très amoureuse. Et tout disparait derrière ça. A la question : « Comment vas-tu ? , je réponds : « en ce moment il va plutôt bien […] Il m’a fallu du temps pour accepter que je ne serais pas cette fille. Celle qui intrigue, celle sur qui on se retourne. Cette fille souriante, gracile, mystérieuse… Tout ce blablabla.».

« A quel moment  elle a commencé à m’emmerder comme ça ? A quel moment  est-ce que j’ai lâché le truc ? A corps invisibles compromis, j’ai lâché la mer, mis mon bateau au port et passé une formation de cheminot… Un jour, je finis la nuit avec l’italienne la plus canon de l’Adriatique, et le lendemain, je me retrouve à faire des allers-retours sur cette foutue ligne de chemin de fer… cheminot… merde ! »

«  Samedi. Nuit blanche avec la tête comme un tambour… Levé à 5h du matin alors que je m’étais couché tard dans l’espoir de dormir… Les matins passent trop vite. Lever, petit-déjeuner, toilette, marche, journal… Il est vite 11h30. Mais les après–midis… qu’est-ce que ça peut être long… On peut dire que je tue le temps. »

 

Elsa, 22 ans, jeune fille qui se complet dans des soirées aux parfums inaboutis, superficiels, aux amours solubles dans l’air, au mal être d’une petite vie dans laquelle elle se renferme attendant la venue de son prince charmant qui a tout du goujat, de celui qui abaisse l'autre. Elsa, 22 ans, qui se fait du mal à force d’être à bout de souffle, juste au bord du ravin et à regarder les trains qui s’en vont s’en oser monter dedans. Elsa qui aimerait tant ressembler à son amie, tant être légère, devenir quelqu'un d'autre. Vivre. Etre.
Jean, 53 ans, conducteur de train qui erre dans sa vie entre Nice et les bords de l’Adriatique, qui a fait de ses rêves des boules de papier jetés à la poubelle, de son voilier, une épave qui s’enfonce dans les fonds méditerranéens. Jean, papa séparé, qui ne vit que pour sa fille et rien d’autre. Sans rêve et sans espoir. Jean qui se relève, rechute, découvre dans un carnet ce qui le raccroche à la vie, quelques mots, une ligne de chemin de fer, un horizon peut-être. Aimer.
Emile, 79 ans, qui promène son chien comme on promène sa fatigue, son envie de silence et de partir loin de tout ce monde de bruits et de fureur. Emile et son cahier dans lequel il relate son histoire personnelle, une histoire où la guerre a été sa cicatrice, son handicap invisible. L'Algérie comme une plaie, la sienne, son traumatisme et la vie qui s'effiloche. Emile et ce geste insensé qui va  permettre la rencontre entre Elsa et Jean et leur offrir la vie à eux qui n’y croyaient plus.

Et il y a la Côte d’Azur et ses reflets changeants.

 

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Elle a ce goût unique cette bande dessinée, le goût unique de la vie qui passe,  celle à laquelle on se raccroche pour se dire qu’on existe ou qu’on est en vie, au moins un petit peu. Elle a ce goût subtil des envies, des rêves qu’on n’ose pas, des choses qu’on oublie bien au fond de soi, du mal de vivre ou d’être. Elle a le goût de la renaissance, des sauts dans le vide, des baignades retrouvées. Elle a la beauté des petits riens, des matins naissants, des nuits feux d'articifes, des rencontres improbables qui deviennent vite esssentielles.. Elle a le goût du tragique qui devient vie. Elle a le goût de ces choses qui sont en nous et qui un jour, à la faveur d’une rencontre, d'un petit rien, un vent contraire, nous entraine dans un renouveau.

Il y a une belle sensibilité dans ces reflets changeants, une belle histoire de carapaces qui se fendent, de virages entrepris, de rêves qui ressurgissent et d’envies folles de les réaliser. Il y a ces incidents, ces accidents de parcours qui nous changent, nous bouleversent, nous transportent et nous donnent l’élan de sauter du haut de la falaise. Il y a ces nuits où l’âme se perd dans les coins les plus obscurs pour renaitre à la lumière des jours chauds et longs. Il y a l’amitié, celle qui entoure, celle qui est présente et qui nous récupère d’une main sur l’épaule. Il y a ce fil qui n’est rien mais qui pourtant nous tient, nous empêche de tomber et de fuir le bonheur avant qu’il ne se sauve. Il y a les rails, la route, les criques paradisiaques inconnues qui permettent ces phases de repos, ces yeux qui vous mettent la bouche en coeeur, ces petites mains, toutes petites qui sont les iles de tendresse. Il y a tout cette importance à laquelle on ne prend plus garde et les mots retransmis dans un carnet qui nous réveillent, nous révèlent.


Alors malgré le trait peut-être un peu lourd et les premières pages où une certaine approximation graphique apparait, il y a une vraie beauté à lire « Les reflets changeants » d’Aude Mermilliod, une vraie tendresse, douceur. Un appel à la vie, à la lumière et à tous ces reflets qui nous composent et nous changent, nous transforment, nous transportent. Une belle envie d’envoyer en l’air ce qui nous entrave et de tenter, oser, réaliser, croire en nous et affronter nos peurs, vivre encore plus que ce que l’on peut vivre. Et juste pour cela... il est grand temps de se prendre en compte tous ces reflets changeants.

 

 

Les reflets changeants
Aude Mermilliod
Le Lombard

 

 

16 septembre 2017

Sophie Lemp " Leur séparation"

 

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« Sur la première ligne du cahier bleu dans lequel j’ai pris des notes tout au long de l’écriture de ce texte, j’ai inscrit Pourquoi écrire sur le divorce de mes parents ? Puis juste en dessous, Rien ne sera jamais réparé. L’essentiel s’est joué en dehors de moi, même si, enfant tant désirée, tant aimée, j’ai toujours eu l’impression d’être au centre. Quelque chose m’a échappé. Mais je suis le fruit de leur rencontre et celui de leur séparation, je suis le fruit de cette histoire, la leur. Aujourd’hui, au bas de la page, j’ai ajouté Pour les réunir. » 

Il y a quelque chose que j’aime profondément chez Sophie Lemp, quelque chose qui se lit en filagramme, qui se délie derrière un paravent, à l’ombre des grands platanes, dans le silence d’un matin qui se lève. Il y a le charme, la tendresse, la douceur de ce qui ne dit pas ou alors tout doucement, sans faire de bruit ni d’esclandres. Il y a les silences, les petits détails, les mots, les écrits, les carnets, la vie, celle de tous les jours, sans tambour ni trompette, la mélancolie de l’automne, la joie de l’été, la délicate renaissance du printemps, et la lumière tamisée de l’hiver. Il y a la force des tempêtes, les drames des tous petits riens qui laissent pourtant des marques, des cicatrices à vie. Il y a ce fil de vie qui fluctue, bouge au gré des vents, du temps, des âges.  

Et il y a au-delà de tout une tendresse folle, une tendresse qui donne envie de la lire, la relire, de se glisser dans ces/ses mots, de s’en faire une couverture, d’en tisser sa propre tapisserie, de coudre point après point, de l’aiguille de ses phrases, les cicatrices qui sont nôtres. Il y a beaucoup de pudeur, de grâce à dire, à écrire la vie.  

« Mon enfance m’apparait comme scindée en deux. Pourtant, une séparation n’est pas une mort brutale. » 

Leur séparation n’échappe pas à la règle de son récit personnel. Mais au-delà de son histoire, Sophie Lemp dresse le portrait d’une enfance en partie brisée par le divorce de ses parents. Elle en fait une part qui est nôtre. Il n’y a nul pathos, nul drame ternie, juste un constat, une déchirure qui restera sa marque de naissance, celle qu’elle ne réussira pas à recoudre, celle dont elle apprendra qu’il faut grandir avec, devenir celle qu’elle est. Elle ne cherche pas à écrire sur le drame, à être au plus près de ce qui a eu lieu mais de ce qu’elle a vécu. La force de ce récit est qu’il en devient universel, qu’on s’y reconnait, qu’on s’attache à ses mots comme on s’attache à son propre fil, qu’on en tapisse à son tour ses carnets.  

« Dans ma mémoire, la séparation est ma première douleur, comme si tout ce qui s’était passé avant avait été joyeux. »

Sophie Lemp  n’écrit pas sur le pourquoi ou le vécu de ses parents, elle écrit sur la façon dont elle a vécu leur séparation. L’enfance nous revient, sa dureté à se voir confronter à faire des choix de vie, la culpabilité naissante d’être au cœur d’une histoire, d’un conflit, l’envie de revenir vers un avant qui ne peut se faire, la peur de blesser, de trahir, de choisir. Un monde qui s’écroule. Il y a toute la mélancolie d’un drame familial et au-delà il y a la beauté de cette petite fille qui aime mais ne sait pas le dire, ne sait plus le dire, que cela ne suffit plus à l’amour qu’elle a au fond d’elle. Il y a l’absence et l’apprentissage du deuil, le deuil de quelqu’un qu’on aime, de parents qu’on aime, d’un passé partagé ensemble, qui fait la force et les repères de l‘enfance et devient la vérité et la beauté de sa vie.

« Un coup de fil à passer, un chèque à envoyer, une course à faire, une machine à laver, je retarde chaque jour le moment de m’installer à mon bureau. Est-ce que l’on peut tout écrire ? » 

Peut-on tout écrire ? Avançant dans l’absence de l’autre, comme amputée d’un membre, construisant sa vie avec cette impression de marcher avec des béquilles, d’être une funambule, Sophie Lemp dresse un récit d’une justesse et délicate écriture. Une écriture et un récit qui devient un point d’ancrage, un qui nous ressemble, comme celle qui est là, dans l’ombre, qui nous veille et qui nous/me rassemble.  

« Il y a toujours une part de moi près de celui avec lequel je ne suis pas. » - « Chacun souffre seul, mais nous [l’auteur et sa grand-mère] étions tout près l’une de l’autre » 

Un fil tenu, un silence et juste l’envie de revenir dans les mots de Sophie Lemp, de continuer à suivre son parcours, ses chemins, lui tenir la main et écouter ses mots chanter tendrement au loin sur une plage normande.

A relire aussi Le fil, son premier roman.  

A retrouver les chroniques de Joëlle, Geneviève, Albertine, Benoit. Sophie Lemp sera à la 25ème heure du Mans le 7 et 8 octobre 2017 et participera à la rencontre organisée par les 68 premières fois 

 

 

Leur séparation
Sophie Lemp
Allary Editions

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15 septembre 2017

Timothée de Fombelle "Neverland"

 

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« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin verse le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte. » 

 

La rencontre aurait très bien pu ne pas avoir lieu. Le livre aurait pu passer dans d’autres mains que les miennes. J’aurais pu ne pas retrouver mon âme d’enfant et laisser de côté ce pays que l’on s’empresse d’oublier une fois adulte. Le même qui, pourtant, nous a vu grandir, devenir ce que nous sommes, le pays de l’enfance, Neverland.
J’aurai pu ne pas rechausser mon habit de princesse ou de chevalier, oublier les parties de cache-cache, les jeux dans les bois et les parcs, les lectures sous les couvertures à l’heure du sommeil. J’aurai pu laisser dans la malle aux souvenirs, ceux que je chéris, à qui je suis unie par les liens du sang, les sourires et les béquilles qui m’ont aidé à grandir, à comprendre, à devenir. J’aurai pu dédaigner les mains sur l’épaule, les clignements d’yeux, les regards qui te parlaient d’amour et de confiance en soi. J’aurai pu ne jamais me souvenir de tant et tant de choses, de petits détails, de feuilles éparses, de cartes écrites, de listes de courses, de cabanes dans les arbres, de poules en liberté, de chocolat émietté sur une tartine beurrée, de livres poussiéreux dont je ne comprenais pas un traitre mot, de greniers et caves à explorer, de câlins petons le soir dans les lits aux draps lourds et à l’odeur de savon.   
J’aurai pu oublier d’où je viens, qui je suis, quelles sont mes racines, mes pays de cœur et d’âme. J’aurai pu ne jamais me rappeler de Neverland, « ces hauts territoires perdus que nous portons tous en nous ».

Mais « Je suis parti un matin d’hiver en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre à la lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. […] Mais je ne voulais pas parler de mon enfance, je voulais parler l’enfance absolue, la source commune, l’eau violette des origines. […] et la montrer aux autres en écartant doucement les doigts. « Regarde elle est là. » ».

Dès les premiers pages lues, Timothée De Fombelle m’a happée, une flèche de sioux dans le cœur, des baisers de chevalier qui ne demandaient qu’à réveiller la princesse qui sommeillait en moi. Je sentais « la brûlure du dragon », je tremblais de froid comme lorsque je « chassais l’ours dans la neige », je rêvais avec ma peau, ma sueur, mon cœur.J’ai lu, avidement sans pouvoir reposer le livre. Les mots dansaient devant mes yeux comme dans mes rêves de petite fille entreprenant des pas de danse endiablés dans le cellier où j’aimais me réfugier.
Eue, il m’avait eue le bougre. Je me retrouvais dans mon bric-à-brac à secouer mes souvenirs, à laisser les larmes s’échapper du coin de l’œil, à ne pas les frotter de peur de voir le sel devenir démangeaison, le sourire et les émotions prendre toute la place, ma sensibilité en bandoulière, le moulin à temps s’offrir au vent.
Dieu que c’était bon. Bon comme une madeleine (des longuets qui n’existent plus) trempée dans un bol de chocolat chaud. Bon comme ce voyage incertain. Ce voyage dont on connait la fin mais d’où on aimerait en dérouler la bobine sans jamais l’arrêter, se retrouver de nouveau sous les couvertures, lumières tamisées à dévorer ce roman.

« On fraternisait avec cette enfance qui dort sous l’écorce des arbre, le bourgeon nouveau-né, les branches qui poissent comme la confiture. L’arbre, c’était le copain, l’artisan des cabanes, le bâton qui court à côté de nous dans les rapides, le long du trottoir. Le caillou, lui était resté dans ma poche comme un porte-bonheur, petit souvenir de l’éternité. » 

J’ai écrit des phrases, hérissé sur chaque page des sticks et mémos, surligné des mots, corné des feuilles. J’ai reconnu des chapitres, des tomes, des petits détails nostalgiques, amers, durs, chauds, vivants, remplis de soleil et de bonté. J’ai avalé des pots entiers de miel de tendresse, de douceur, de cette poésie que seuls les enfants qui ne grandissent pas sont capable d’écrire, cet émerveillement qui sommeille en nous et ne demande qu’à passer la tête par-dessus le mur de notre monde d’adultes. J’en ai déroulé des sentiers, des chemins, des envies, des besoins.  
Puis j’ai levé la tête et j’ai vu au milieu de la nuit ceux que j’aime au plus profond de moi, ceux qui me sont chers, ceux pour qui je donnerai tout, ceux qui sont derrière la porte à dormir, ceux qui sont là juste à côté qui ne le savent pas toujours mais que j’aime, ceux qui ont cette part d’enfance qui respire, expire, souffle, joue, entraine. J’ai ouvert le pont-levis, laissé les portes dérobées se révéler, déclaré la guerre à mes frontières, mes peurs.  

Timothée de Fombelle a réussi son pari. Lui l’écrivain jeunesse a réussi à écrire son premier roman adulte sur cette part d’enfance qui est en nous, celle qui ne demande qu’à exister, à ne pas être oubliée, celle qui nous émeut, celle qui fait que lorsqu’on regarde nos enfants, on sent en nous ce quelque chose qui s’appelle l’amour, cette vibration et cette force vitale d’avancer, de devenir nous sans jamais oublier l’enfant que nous sommes. 

Un roman comme une vibration, une sonate, un conte, un pays où finalement nous retrouvons la carte et laissons nos trésors éclaircir notre cœur, nos raisons. Un roman comme un besoin vital, essentiel de savoir que quoi qu’il se passe, se passera, cette enfance n’est jamais loin. Qu’il suffit de se retrouver face à un arbre, de l’entourer de toutes ses forces pour en ressentir cette étrange sensation d’être présent, un caillou dans sa poche comme porte-bonheur, les chaussures remplies de vent et le sourire de celle ou celui que nous étions au coin des lèvres.

 

« Je croise souvent des résurgences de ce temps dans ma vie. L’enfance affleure. Cela peut-être l’engourdissement d’une sieste, le goût des larmes. Il y a des petites incisions dans ma peau et j’y colle les lèvres. »

« Je n’ai pas de mémoire, et pourtant, il y a un endroit où tout cela reste vivant. L’enfance n’habite pas la mémoire. Elle habite notre chair et nos os. Même abîmés par elle, dressés contre elle, nous sommes faits de notre enfance, adossés à ses murs sombres. Elle est tout ce qui reste à ceux dont on dit qu’ils n’en ont pas eu. »

 

Neverland fait parti de la sélection des 68 premières fois, édition 2017. A retrouver sur le site, toutes les chroniques des éditions passées et de celles en cours ainsi que les diverses opérations menées. (Ps : juste pour info … à la fin de ma lecture, mon stock de sticks et mémos était en rupture de stock.) (Reps... à rattacher au très beau roman de Sophie Lemp : Le Fil et Leur séparation)

  

Neverland
Timothée de Fombelle
L’Iconoclaste.

 

 

logo 68 premières fois

13 septembre 2017

L'Eté Jaune carré

Difficile de reprendre le chemin du blog après un Eté Jaune Carré si bien entouré. L’heure est la rentrée et à la floraison de titres et de romans qui s’étale, telles des feuilles, sur les tables des librairies. Et malgré tout, ce sentiment d’être encore dans vos mots, de ne pas tourner tout de suite la page, de ranger immédiatement vos textes dans un nuage virtuel ou une bibliothèque poussiéreuse. Cette envie de vous relire, de vous retrouver, de poursuivre vos partages, ce que vous avez mis de votre cœur et votre générosité, vous les auteurs qui avez accepté d’écrire sur le Petit Carré Jaune, vous les lecteurs qui avez séjourné le temps de quelques instants ici, auprès d’eux.

Parce que l’été ne se termine qu’au 21 septembre ; parce que l’Eté Jaune Carré continue encore un peu et continuera au gré de mes envies et des vôtres ; parce que vous avoir ici, c’est comme un été qui ne finit pas, ne finira jamais, j’aimerai vous adresser à tous un immense merci.

 

  • L’Eté Jaune Carré 2015

Gaëlle Josse – « chronique : Open city »
Macha Seruoff – « chronique : la femme éclaboussée » 
Fabienne Rivayran
– « Le manteau du marché » 
Charlotte Milandri – « Une minute d’avance sur le bonheur »
Marilyne, lire et merveilles – « Aux feuilles mortes »
Amandine, Marquise de Merteuil – « Tremblée »
Marilyne, lire et merveilles – «  Orpheline » 
Nathalie Magrez – « Dentelle PhotoGraphique »
Mélanie Richoz – « Le sac à dos »
Mélanie Chappuis – « Deux jours en été »
Pierre Crevoisier – « L’homme sans nez »
Louise Anne Bouchard – « Imagine »
Mélanie Chappuis – «  Deux mois et demi »
Arnaud Dudek – «  Contibution à la théorie des résidus cubiques »
Lionel Bottero-Clément - « l’histoire du livre qui ne voulait pas voyager »
Elsa Montensi «  Poussière d’étoiles »

  • L’Eté Jaune Carré 2016

 

Marianne Brun – «  Sève »
Angélique Villeneuve – «  Comme un lundi »
Coline Piérré – « on ne range pas le passé »
Fanny Saintenoy et Claudie Rocard Lapperousaz – «  Lepidoptère »
Frédérique Germanaud – « Journal pauvre (extrait)
Cécile Guivarch – « La petite »
Julie Moulin – « Tissu de mensonge »
Sabine Faulmeyer – « Dans les allées du jardin des plantes"
Arnaud Friedman – « Le petit carré jaune »
Charlotte Milandri –«  C’est cela grandir »
Sigolène Vinson – « Prequel de courir après les ombres »
Sandrine Roudeix - «  Momo »
Gwénaëlle Péron - «  La fenêtre »
Loïc Demey – « Projet XXW#6 »
Julie Bonnie - « Boulder creek »
Camille – « Pot de colle »
Sophie Lemp – « L’insouciance »
Constance Joly Girard – « L’oiseau »
Silvia Härri – « cette chambre à soi »
Marie Charrel – « Enfants d’exil »
Nathalie Magrez - « Haikus chamaniques »
Stéphanie Pelerin – « Nissa Bella »
Eloïse Lièvre – «  Avec la langue » , lecture brève 
Gaëlle Josse - « Tout à fait mon genre » 

 

  • L’Eté Jaune Carré 2017

 

Delphine Bertholon – « Des ombres »
Madeline Roth – « Je veux tout »
Lucie Rochas – « Smiley et Emoticônes »
Marianne Brun et Sandra Reinflet – « Je leur ai donné aux oiseaux »
Thomas Giraud – « (En) chantier »
Isabelle Bonat Luciani – «  A la vie à la mort »
Sophie Adriansen – « Belle prise »
Mathilde et Camille P. – « La petite fille et le clown »
Cécile Balavoine – « Pépère »
Sophie Gautier – « L’envolée »
Sigolène Vinson – « Presque un wagon »
Kriss F Gardaz – « photographie »
Laetitia Cuvelier «  Montagnes frontières – Les volets fermés »
Nicole Grundlinger – « Carte postale d’Amorgos »
Sonia David – « Pour Cm, dit IC »
Maryam Madjidi – « Les vacances »
Jérôme Attal – « Poésie »
Sophie Lemp et Lucile Bordes – « A quatre mains » carte 1, carte 2, carte 3, carte 4, carte 5, carte 6, carte 7
Déborah Levy Bertherat – « les livres photographiés, lecture de lectures »
Gaëlle Josse – « Couleurs du temps »
Charlotte Milandri – « Elle avait abrité mes jeux d’enfant »

 

Un chaleureux et grand merci à vous tous et après tout, qu’importe l’automne qui arrive, ce qui est lu peut encore se lire au gré de nos envies. 

 

L’Eté Jaune Carré
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(Boubat)