Le blog du petit carré jaune

28 mai 2017

" Embrasse-moi " Ronan Badel - Jacques Prévert

 

 

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Poème issus de « Embrasse –moi », recueil de poésies réédité par Gallimard à l’occasion des 40 ans de la mort de Jacques Prévert.  

20 poèmes d’amour, 20 poèmes de beauté, 20 poèmes que l’on aime et illustrés par Ronan Badel qui joue avec les amants de Raymond Peynet et la patte de Sempé sans que l’on se lasse de lire et relire les mots reliés par Prévert.

 

 

Le bouquet 

 

Pour toi pour moi
loin de moi près de toi
avec toi contre moi
chaque battement de mon cœur
est une fleur arrosée par ton sang

Chaque battement c’est le tien
chaque battement c’est le mien
par tous les temps tout le temps


La vie est une fleuriste
la mort un jardinier

Mais la fleuriste n’est pas triste
le jardinier n’est pas méchant
le bouquet est trop rouge
et le sang trop vivant
la fleuriste sourit
le jardinier attend
et vous dit Vous avez le temps ! 

Chaque battement de nos cœurs
est une fleur arrosée par le sang
par le tien par le mien
par le même en même temps.

  

Il y a beaucoup de bonheurs de redécouvrir les poèmes de Jacques Prévert dans cette édition jeunesse. Beaucoup de bonheurs, de douceurs, de tendresses, de ce petit quelque chose qui est propre à la simplicité et le regard de l’homme poète. Beaucoup de bonheurs à entendre les mots, les lire, se les approprier avec gourmandise comme une madeleine que l’on savoure, comme les souvenirs que l’on avait un peu oublié.

 

Car lire Prévert est toujours un régal. C’est toujours ce regard sur les mots de l’enfance, ceux que nous a appris,  récités et que l’on redécouvre une fois l’âge adulte entrepris. C’est un vrai délice à se replonger dedans, à poursuivre ce chemin, à ré-arpenter les sentiers  de nos campagnes, lever le nez et entendre le gargouillis des ventres affamés d’amour et d’amitié. C’est juste, simple, vrai, sincère, sans fioriture ni tralala, comme ce diction qui dit que « pour vivre heureux, vivons cachés », comme ce poème de Prévert sans quatrain, ni vers mais où les mots sont un délice pour les cœurs gourmands. 

 

« un et nu c’est même
et nu et nue comme un et un font deux
font un quand ils s’aiment. » 

 

Accompagné de dessins dignes de Peynet ou de Sempé, on se laisse bercer par la ligne de Ronan Badel, ces douces couleurs, son trait fin et pastelisé. On pénètre des jardins cachés, secrets, on escalade des palissades, on s’assoit avec l’amoureux dans l’escalier. On est jeune, on s’aime, on aime et qu’importe le regard des gens, qu’importe leur air courroucé par l’amour déployé.  

 

Et comme nous suggère les mots qui referment ces douceurs «  Il n’y a pas cinq ou six merveilles dans le monde, mais une seule : l’amour ». Jacques Prévert. 

 

A retrouver le site officiel qui regroupe tous les évènements liés aux 40 ans de sa mort. Et si jamais vous passez par la Nord Cotentin, par ses petites routes et sentiers qui sentent bon la noisette, les genets, l’air marin, les pommes et la beauté des gens simples, arrêtez- vous dans sa maison et écoutez les mots, regardez la poésie de Prévert, savourez ses cadavres mots exquis. C’est bon, juste et tendre. Un repaire à la Prévert en somme. (et mettre en boucle Kent, Fersen, Barbara, Les Frères Jacques, Montand,  La Tordue, Gainsbourg, Ferré, Brassens, Tri Yann, Les Têtes Raides, Ridan, Thiéfaine, Les Inconnus... et tant d'autres encore)

 

 

 

Embrasse-moi
Jacques Prévert et Ronan Badel
Gallimard

 

 

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25 mai 2017

Amegraphique : "Livre" - le Petit Carré Jaune

On me demande souvent la genèse du Petit Carré Jaune, du pourquoi un blog, du comment et pourquoi les livres, pourquoi la lecture ? On me demande son histoire, son parcours, ses rencontres, ses habitudes, sa vie. Et j’ai beau chercher ou tenter de trouver une réponse cohérente, je ne sais pas le pourquoi, le truc qui lui ferait un vrai costume, une véritable identité à lui tout seul, sans moi derrière. Je sais le comment de sa naissance, ses deux marraines de cœur (L’insatiable Charlotte et la facétieuse Lucie) et d’un peu plus encore mais je n’ai toujours aucune définition exacte à vous soumettre au pourquoi un blog. 

 

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Qu’est qu’un blog ?  

C’est vrai finalement. Qu’est ce qu’un blog, qu’est ce que blogguer ? Si je prends la première définition trouvée sur internet, « un blog est une page personnelle ou d’entreprise comportant des avis, des liens ou chroniques périodiquement crées par son ou ses auteurs sous forme de posts. » (Source L’encyclopédie illustrée du marketing).
Cela serait donc un produit conçu à des fins commerciales ou/et de communication. Une forme de story-stelling de nos lectures, puis que littérature nous y parlons. Donc blogguer ou bloguer, suivant les sources, serait ni plus ni moins parler d’un livre dans le cadre d’une promotion.  

Vu sous cet angle, blogguer n’est pas ma motivation, ni ma conviction de l’histoire du Petit Carré Jaune, ni des lectures que j’aime et du partage que j’ai envie d’effectuer. Car pour moi, la première chose indispensable pour comprendre mon univers, est le partage, la générosité, l’ouverture d’esprit et de livres, la complicité, la sensibilité, l’émotion que procurent la lecture, ces moments uniques et merveilleux de découvrir un livre, les mots, la complexité de la phrase, la facilité de l’histoire, le ressenti, l’ivresse, le jeu de construction, la volupté, la tendresse, le phrasé, le fond et la forme. 

 

Car qu’est ce qu’un livre avant tout ? 

Sans ceux-ci il n’y aurait pas de blogs littéraires et donc par anticipation pas de Petit Carré Jaune (non ne pleurez pas, il est encore bel et bien là). Juste lire est un véritable besoin, un loisir, un passe-temps comme nous aurait dit il y a quelques années nos parents, une manière de s’enrichir, de se cultiver.
Oui mais il n’est pas que cela. Le livre est aussi un acte de résistance, une insoumission à croire tout ce que l’on nous dit, à se forger son opinion, sa quête, tenter de comprendre les mécanismes de notre monde, se laisser porter par le rêve l’histoire, contribuer à développer son imagination, être curieux de l’écriture, des sons et des émotions qu’il nous procure.  

Lire est donc un véritable besoin, un véritable objet de stimulation et d’ouverture à la vie. C’est à cela que doit servir un livre, à s’ouvrir, à partager, à ouvrir les portes et les clés des autres univers, hommes, mondes. Le livre comme un véritable outil à la générosité et d’humilité, à la gloire des mots et des lettres offertes, aux émotions éprouvées.

 

Et c’est cela qui fait la nature même de ce blog, du Petit Carré Jaune. Le partage d’un objet, de mots et de celui, celle qui les a composés, mis en musique, alignés sur la portée de la page blanche. Ces mots qui sont devenus histoire, poème, illustré, roman ou autre…. Une histoire, un partage, une rencontre. Un livre, un blog, une union. Un Carré Jaune. Petit.

 

Le Petit Carré Jaune.
Le Livre. Son Amegraphique.

 

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Sabine

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Sabine

Ce moi ci, ce fut Camille et moi-même qui avons ouvert notre librairie d'AmeGraphiques Livresques !!
Et pour être livresques, elles y furent. Des livres en veux-tu, en voilà ! Des livres partout, sur les murs, sur les étagères, dans des lits, sur des tables ou des canapés, des lecteurs ou lectrices mis à nus au moment de leur captivante randonnée littéraire.
Des livres comme s’il en pleuvait !! 

 

Laetitia : chut c’est l’heure de se coucher. Oui mais jamais sans mon livre. Non mais !! D’ailleurs que lisent-elles pour être aussi bien absorbées ?

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Laetitia 

Ennalit : Tel l’aventurier solitaire, Bastien le roi de la Terre…. et de l’univers livresque, preux chevalier à l’armure feuillets ! 

Gaelle : Ma Libraire… Voilà c’est dit. Avec elle, les mots tiennent chaud, les pages tournent et nous lecteurs… on entre dans sa danse de passeuse de rêves, passeuse d’histoires belles.

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Gaëlle 

Manika : où la petite bibliothèque voyageuse. Une fine lectrice qui ne s’arrête de lire que pour dormir. (et encore je la soupçonne de lire dans ses rêves) 

Céline : où le rat (enfin la souris plutôt) de bibliothèque !!

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Céline 

Martine : attention séquence poésies, mélancolie et beauté. Chez Martine on aimerait juste des fois y mettre le bout de son nez, sentir la chaleur et piquer dans sa bibliothèque, ces livres qui lui ont fait battre son cœur. 

Christine : je l’ai toujours dit que mes amies de Romandie ne faisaient jamais les choses à moitié. Chez eux lire est un exercice périlleux à faire hors des conventions et des cadres imposés (de préférence à la manière de Heidi en chantant des yodels.

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Christine

Blondie : « C’était une douleur pour rien, de celles dont on ne peut même pas faire un poème. » – « Je vais continuer d’égrener mes années, sans nostalgies mais d’une voix précipitée. Ce n’est pas de ma faute si les mots se bousculent. Il faut faire vite, ou alors ne n’en aurai plus le courage. »

Camille :
A deux grandes passions dans sa vie. La première lire, des livres e encore des livres (et pis écrire aussi mais pas que..) et depuis peu photographier et là croyez moi la donzelle se débrouille comme une Queen. Une vraie Extra-Terrestre, ma zébrette à moi !!

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Camille

Victoria : Victoria c’est l’âme québécoise du groupe et donc qui dit Québec dit littérature et ce petit accent que nous autres âmes bien française, adorons entendre chanter, lire, imaginer, chercher, feuilleter.

Et comme l’été arrive c’est avec un thème estival que je vous invite à Amegraphier. Liberté absolue mais en rapport avec une histoire de tongs, de parasol, de chaussures de rando, d’apéro et de petits légumes frais, de crème solaire, de lunettes noires, de maillots séchant au soleil, de coups de chaud, de vagues, de bouée, de montagnes vertes, de roulottes ou de caravanes, de doigts de pieds en éventail… Bref … thèmatique estivale exigée !! 

Rendez vous le 29 juin pour commencer à tout oublier…  (Vacances, j’oublie tout…)

 

Livre
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Le petit carré jaune

24 mai 2017

" Mon coeur pédale "

 

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«  Maman est belle mais elle n’arrive pas à la cheville de ma tante Chantal, sa petite sœur de 24 ans. C’est dur à battre : Chantal est élancée et a des cheveux peroxydés. Sa repousse brune est très jolie. Ça donne du caractère à sa féminité. J’aime autant le blond artificiel de sa chevelure que la racine terreuse. Elle maitrise très bien le look Samantha Fox. Elle chante un peu comme Samantha Fox d’ailleurs. Elle œuvre a capella. Elle a toujours son walkman sur les oreilles et tout ce qu’on entend,  c’est la justesse de sa voix totalement décomplexée. Touch me I want to fell your body your heart beat next to mine. Touch me touch me now. »

Je m’appelle Simon. 1988, un été comme les autres. Enfin presque. Depuis que Maman s’est disputée avec sa sœur Chantal, rien n’est comme avant. Je m’ennuie, seul dans la grande piscine hors sol qui ne recueille plus que les feuilles mortes de l’hiver passé.
Maman travaille chez un concessionnaire de voitures GM. Maman est belle. Tous les matins, elle se vêt de son costume de vendeuse de voitures rutilantes. Elle est trop forte ma mère. C’est la meilleure de tout le garage. Et en plus elle sent bon le char neuf, « l’odeur colle à ses vêtements, comme mes cuisses nues collent après le cuir de notre causeuse quand je regarde un film en costume de bain, l’été. ». Maman est tellement la meilleure vendeuse de voitures qu’elle a gagné un dictionnaire Larousse, « celui avec le pissenlit fané qui se désintègre dans le vent comme la ouate vaporeuse. »
Quand à Papa, lui, il sent le pétrole qui sert à fabriquer les plastiques de son usine. Et pour lui pas de costume, juste un bleu de travail, une chienne comme on dit ici.
Des fois Maman m’emmène à son job. J’aime bien. Je peux essayer toutes les chars que je veux et devenir un petit mec viril qui contrôle sa vie comme il contrôle son auto. Je suis un homme. Un vrai. Un qui met son bras sur la portière en lorgnant les pépées. Mais ce que je préfère, c’est m’assoir sur le siège passager et poser ma joue amoureusement sur le dossier du conducteur. D’un seul coup je me sens grand et amoureux, loin du garage et de ma vie d’adolescent pré-pubère. D’un seul coup, je n’ai plus 11 ans.

Cet été, Maman et Papa ont décidé de partir en voyage à Paris, un pays qui s’appelle la France et qui est situé en Europe. C’est loin. Le dictionnaire qui me l’a dit. Et malgré le fait que Maman et Matante Chantal soient en bise-bise, c’est Matante qui va venir me garder. Et ça, ça me rend vachement content, parce que Matante Chantal, elle est franchement canon et j’aime quand elle se prend pour  Samantha Fax ou une baigneuse qui se noie dans Alerte à Malibu ou quand elle conduit son car bleu turquoise décapotable. Dans ces instants-là, « mon cœur pédale. »

 

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Une bande dessinée tout en poésie, en petit coup de cœur et au cœur. C’est doux, beau, joyeux et divinement nostalgique. On se revoit adolescent(e) en train de chanter dans sa brosse à cheveux ou à dents du Samantha Fox, de croire que le monde serait beaucoup plus chouette si David Hasselhorff venait nous secourir vêtu de son short rouge et de sa bouée jetée négligemment sur l’épaule (ça c’est pour le côté I have a fun) et on se rappelle ses soirées chocottes devant les premiers Freddy et ses griffes acérées.

« Mon cœur pédale » a ce goût de petite madeleine de Proust, ce charme désuet des années 80, de nos années ado. Tout est fait pour mettre la larmichette à l’œil, les souvenirs plein la tête.
En douceur, en tendresse, on effeuille les pages comme on effeuille notre jeunessse. En nuance, en dégradé et estompé, on tourne les pages et on se revoie, retrouve les joies et la mélancolie de l’adolescence. On se souvient ces moments où on se cherchait, les doutes et les espoirs, les transformations qui nous hantaient, les mots et les états qu’on n’arrivait pas à comprendre, exprimait, cet intimité que l’on avait du mal à parler, à comprendre, à gérer.

 

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Comme une suite de Jane et le Renard ou Louis et les spectres, « Mon cœur pédale » explore ce monde pas toujours facile, l’innocence juvénile qui disparait et fait place à de nouvelles questions, les premiers émois, les espoirs.

L’écriture de Simon Boulerice est toute en nuance, poétique, tremblante. On s’identifie toute de suite à Simon, ce petit garçon binoclard qui ne s’aime pas beaucoup, se trouve trop gras, trop petit, trop laid. Et ce qui pourrait paraître comme léger devient grave, soucieux, nous dans ces années où on se cherchait, doutait beaucoup, parfois de manière injustifiée.
Comme en funambule, sur un fil de couleur, une trame pastelisée, on avance, se mêle à ses souvenirs et reconnait dans cette évaporation, cette évanescence dessinée, ces couleurs un peu flashy, ces turquoises et roses fluo qui correspondaient si bien à cette période. Emilie Leduc nous dessine des personnages attachants, tendres dans lesquels les mouvements, les élans se jouent du temps.

En sortant de cette lecture, on a plus qu’une envie, se remémorer ces quelques années où l’incertitude était en nous mais où le bonheur cognait à la porte. Ces années où on chantait à tue-tête  «  Touch me I want to fell your body your heart beat next to mine. Touch me touch me now. »

 

A découvrir chez Mo qui accueille cette semaine le mercredi BD

 

Mon cœur pédale
Simon Boulerice – Emilie Leduc

Edition La Pastèque

 

Et en cadeau :

 

 

22 mai 2017

" Principe de suspension " Vanessa Bamberger

 

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Me voilà bien coincée. Coincée oui pour vous parler de ce roman. Impossible de vous en dégager des lignes, de vous en raconter la trame, de vous ébaucher un semblant de résumé. Comme le titre, je suis en suspension, me sentant piégée entre une manipulation manichéenne et une apparence de simplicité d’un monde qui part à la dérive, qui se trouve suspendu dans le vide d’une existence qui se cherche.
Me voilà bien en peine pour vous dire mon ressenti, pour vous parler de cette intimité dévoilée dans un couple qui s’asphyxie, manque d’air, frôle la crise d’asthme et se retrouve face à des tubes et des cathéters branchés comme on redonne vie et souffle à un corps qui ne respire plus.
Je ne sais quoi vous dire sur cet homme couché dans un lit d’hôpital, relié à la vie par le regard de sa femme soumise à un quotidien étouffant, peu reluisant, ennuyant et des machines qui le ranime lui qui était justement patron modèle d’une Petite PME concevant des produits d’aérosol pour asthmatiques. 

Que vous dire, oui, sur ce livre, ce premier roman singulier, ce « Principe de suspension » qui m’a laissée une tache sur le cœur, un manque d’air, un étouffement propre à l’histoire, une indicible empreinte d’un mal d’un siècle qui n’en finit pas de laisser des traces chez les salariés comme les patrons, ce burn-out, cette crise de l’angoisse liée à l’effort, l’action, le rendement, l’action face à la voracité d’un mode qui en veut plus, toujours plus. « 10% de talent, 90% d’effort » comme un slogan, un parcours du combattant.
Le fragile équilibre d’un monde du travail face à la mondialisation, à l’actionnariat, à la contrepartie d’un monde qui ne reconnait plus la valeur humaine mais la valeur financière, nouvelle planche de salut. Le fragile équilibre d’une région qui part à vau-l’eau, qui se voit rayer de la carte, ultra mondialisation en tête.
Le fragile équilibre d’un couple à la dérive, d’une existence qui s’éteint, manque de souffle face à des existences photoshopées, réseautées où tout est beau, luxuriant, riche à souhait, oubliant les valeurs primaires de la vie d’un couple de tous les jours, de ces petits patrons qui tentent de garder la tête haute afin de sauver leur entreprise comme on sauve son couple. Une réussite manquée du bling-bling qui s’active en souterrain dans les familles, la société. 

Un roman qui bouscule, interroge, extermine nos espoirs, nous suspend entre l’envie incroyable de rester en équilibre précaire ou d’avancer. Que dire ? Que faire ? Que croire ? « Principe de suspension ».  

L’écriture de Vanessa Bamberger est ciselée, parfaite, peut-être trop même, détailléeet à la fois sans fioriture, directe mais elle ne m’a pas atteint, parlé. J’ai accroché par des phrases qui me portaient, puis décroché par l’accumulation de personnages, de détails, d’amoncellement de catastrophes qui semblaient nous entrainer dans une chronique d’une mort annoncée.
J’en retiens un dernier chapitre, lumineux, flamboyant où enfin j’ai respiré, réussi à me dépêtre de cette morosité, de ce pessimiste et déclin, où l’écriture de Vanessa Bamberger a réellement pris son envol, sa densité.  

Je ne sais pas si j’ai réellement aimé ce roman. Il ne me restera, je crois, pas grand-chose ou peut-être ce manque d’air, de souffle, d’aspiration-respiration. Comme les campagnes, les villes de moyennes densités, les provinces oubliées où se retrouve les chômeurs, les sans riens, je suis restée à la marge, sans arriver à entrer dans l’histoire, sans m’identifier aux acteurs. Je suis restée en suspension, entre une réalité qui me prenait à la gorge et un roman où l’étendue des dégâts économico-sociétaux se dévoilait. C’est peut-être là que voulait m’emmener l’auteur. Je ne sais pas. Peut-être finalement après réflexion était-ce cela : me mettre moi aussi en suspension, dans un principe que je ne maitrise pas.  Dans ces conditions, ce roman est réussi même si je me sens délaissée par une histoire où la crise économique a laissé des marques dans les couples, des coups de couteaux aiguisés, tranchés.  

Un roman noir, un roman où la vie se guette, où la mort affronte le monde dans tous ses rouages, où l’économie a pris le pas sur la simplicité de l’existence, sur la rentabilité nécessaire de la beauté primaire. Un roman introspectif qui m’a laissé sur le côté comme on peut retrouver tous ces hommes et femmes laissés pour compte dans une société qui joue des coudes, des finances comme on joue des vies. En suspension sans principe.

Un billet écrit dans le cadre de l’opération menée par l’insatiable Charlotte et des 68 premières fois, éditions 2017. Retrouver sur le blog des 68 premières fois, toutes les chroniques liées à ce roman.

  

Principe de suspension
Vanessa Bamberger
Editions Liana Levi

 

 

logo 68 premières fois édition 2017

 

19 mai 2017

" La vache de la brique de lait" Sophie Adriansen et Mayana Itoïz

 

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« Il  y a une vache dans la brique de lait. Aucun doute possible.
Sur la boite des petits pois sont dessinés des petits pois, sur la  boite des sardines sont dessinées des sardines, sur le paquet de céréales sont dessinées des céréales. Donc, puisqu’une vache est dessinée sur la brique de lait, c’est qu’il y en a une à l’intérieur »

On a tous plus ou moins entendu cette fameuse phrase « Papa c’est quoi cette bouteille de lait ? ». Mais sait-on déjà demander ce qu’il y avait dans une brique de lait ? Avons-nous pensé un jour qu’une brique de lait pouvait renfermer une vache au même titre qu’une boite de petit pois conserve des petit pois et qu’un paquet de pâtes garde au sec des pâtes qu’elles soient spaghetti ou torsades. 

Alors oui pourquoi il n’y aurait pas une vache dans la brique de lait ? Hein oui ? Pourquoi pas ?  

Bien sûr des vaches, il y en a dans les champs. Vu de loin, elles sont de la bonne taille pour entrer dans une brique. Noires et blanches ou limousines, qu’importe une vache est une vache et elle donne du lait. Et le lait ça aide à grandir, à devenir fort. Fort comme un bœuf ! Fort comme une boite !
Alors si on se penche sur la brique de lait, qu’on se met à regarder par le bec verseur, peut-être qu’avec un
  peu de chance, on apercevra la queue ou le museau de la vache ? Allez savoir. Vous avez déjà essayé ? 

Une irrésistible petite histoire de Sophie Adriansen mise en couleur et tendresse par Mayana Itoïz. Une jolie bulle de joie et de gaieté qui nous fait revenir en enfance, envisager sous un autre jour ce qu’est cette fameuse brique de lait, cette boite de carton de 1L au liquide blanc que l’on verse dans nos bols au chocolat, ce liquide qui nous redonne ce goût de l’enfance, des petits déjeuners espiègles, l’ami premier bien avant le fameux Ricoré chicorée.  Cette boite qui une fois vide devient un objet à recycler
Tout en rire et en malice, Sophie Adriansen nous invite à voyager dans le pays des vaches et du lait. On entre dans l’espièglerie, la malice et on en vient nous aussi à nous poser des questions : où se trouve la vache qui fabrique le lait, comment est-elle entrée dans cette brique rectangulaire, où paitre – elle lorsque la dîte brique est enfermée dans le frigo aux parois froides ? … Irrésistible. 

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Irrésistible de fraicheur, de gaieté, de petites phrases qui nous font replonger illico presto en enfance, avec son lot de question auxquelles nous adultes, nous ne savons quoi répondre alors qu’il est si simple de croire en effet, que dans chaque brique de lait, une vache s’y est glissée.  Irrésitible aussi de modernisme, de questions écologiques et logiques. Que faire de la vache quand la brique est vide ?

Illustrée et colorée par Mayana Itoïz (la Mayana du Loup en slip, référence suprême en matière de rires), « la vache de la brique de lait », est un univers à elle toute seule. On retrouve son coup de crayon, sa force et sa tendresse dans chaque page. Joyeuse, l’histoire est remplie de petits clins d’œil à nos petits déjeuners farceurs. Le trait est tonique et à la fois fin, doux, tendre comme peut l’être l’enfance. On y retrouve tout l’univers de la décoration vache à souhait, le côté désuet et moderne de la vache et ses briques cartonnées. Des vaches en veux-tu en voilà même dans les rêves, mêmes sur les tables ou dans les déchetteries. Des vaches bio, des vaches propres, des vaches rigolotes. 

Bref avec la vache de la brique de lait, je sais dorénavant une chose «  c’est qu’avec les vaches, on n’est jamais à l’abri d’une surprise. » Et juste pour cela, je plébiscite dès demain et à tous les petits déjeuners de regarder au fond de la brique ou la bouteille de lait, si une vache ne s’y trouve pas en train de meugler. 

Meuhhhhhh !!!
 

La vache de la brique de lait
Sophie Adriansen et Mayana Itoïz
Frimousse

 

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