Le blog du petit carré jaune

07 mars 2019

Déménagement

Le 26 mars 2013, j'ai pris mon courage a deux mains et je me suis lancée dans l'aventure d'un blog (bon il faut dire que je venais de rencontrer 2 fées devenues des amies très précieuses et des anges un peu, beaucoup démons aussi avec qui j'aime buller). Donc il y a 6 ans je ne me doutais absolument pas où je mettais les pieds, ni les mains et encore moins le coeur qui chez moi, vous le savez tous, est un vrai instrument de musique orchestre symphonique fanfare.

Le petit carré jaune prenait vie.

En six ans, j'aurais navigué sur pas mal de romans, de livres, de bandes dessinées, de poèmes et poésies, de photos, de récits, de textes, d'été jaune solaire, d'âme graphique, de poésie.
En six ans, j'aurais rencontré de multiples visages, mots, mains, auteurs, écrivains devenus pour certain(e)s des instants gravés, précieux, des amis.
En six ans, j'aurais partagé des moments, des piques niques improvisés, passée des boucles à Besançon, trinquée au pied d'un couvent, merlieusé chez Merlieux Lison Liseron, pataugée dans la gadoue dans des champs d'été tourangeaux, restaurée festoyée dans un logis du Poitou, voyagée d'un pays à un autre, passée des frontières, traversées de lacs et pris des trains.
En six ans, j'aurai 68 premières fois comme jamais, 68 premières fois comme la première fois, la toute première, celle des uniques et des "qu'on garde au chaud dans son coeur". Ces liens d'amitié précieux.

En 6 ans, on s'use aussi. Un peu, parfois. Beaucoup aussi.

Il m'aura fallu du temps. Des essais, des poses, des lumières et contrastes, des interrogations et contre jour, des champs et hors champs, des réponses. Il m'aura fallu des mots (merci Charlotte), des conseils (merci Nathalie Magrez), des regards (merci Sébastien) et des images, celles qui me ressemblent tant.
Et puis il m'aura fallu un livre. Un de ceux qui t'autorisent, qui te dictent "ce vas-y". Il m'aura fallu ces mots et ces photos, ceux de Gaëlle Josse et de Vivian. (Un merci infini)

 

Et parce que les mots et les photos, les images me sont intimement liés, un nouveau petit carré jaune est né.

 

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03 mars 2019

Thomas Vinau - Ferme ta gueule s'il te plait je suis en train de t'écrire un beau poème d'amour

 file« Tu ranges
Je dérange
On s’arrange »

Des fois on ne sait pas pourquoi on n’y arrive plus. Plus de jus, plus de dynamo pour éclairer au loin comme au près, plus de lampe frontale, la lumière s’épuise.  Le carburant est mort, le café se disperse, le thé se renverse.  Plus d’envie, plus de grâce, plus de mots qui se surlignent, se glissent sur le post-it du matin, s’arrondissent dans la to do liste du soir pour le lendemain. Raz de marée coefficient  116.

Plus rien. 
Tout de
travers.

On a juste qu’une seule envie de crier, de dire et répéter « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t'écrire un  beau poème d'amour ».  Oui mais dans la bouche de Thomas Vinau le ferme ta gueule s’il te plait devient pêché de beauté, calice de délice, caresse de tendresse, verre de gourmandise, siphon de rire, vers qui grime.

« Où es-tu partie cette nuit
Pour revenir
Si loin de moi ? »

On tourne les petits carrés soigneusement découpés. Un par un. On tombe dans les petits miracles de la vie où les émotions se tissent, les sentiments se dessinent à hauteur d'une poésie de rien, de bien, de tout, des mots d’amour qui ne sont pas de l’amour mais des ribambelles de phrases qui partent en fumée comme partent en fumée tout ce à quoi on se raccroche lorsque l’amour et le corps sont fatigués.

« Tu me connais
comme si tu m'avais
défait»
 

Parce que oui « ferme ta gueule s’il te plait », c’est ce petit billet qui se glisse sous la porte, se dépose dans la main lorsqu’elle s’empare de celle adorée. Ce sont des mots qui s’écrivent dans la rosée du matin et se liset le soir au crépuscule du jour. C’est le cri du beau, de l'amour, du tendre, l’épine qui devient dorsale, matrice du corps, tatouage à la cheville, parcelle de peau. C’est la pulpe de tes lèvres qui s’empourpre sous les mots et les caresses malicieuses, mélodieuses, tendres et gourmandes, la maladresse qui surgit parce que soudain la timidité s’épanche, se déhanche. 

« Ma sauvagerie
s’arrondit
sous tes doigts »

Alors pour ces jours où la lumière faiblie, où plus rien ne tient, où la dynamo se rouille au contact du pneu lisse. Pour ces jours de rien, de tout et surtout de celui, de celle, de cette main, de ton sourire, de tes sourcils froncés comme un bouquet d’orties. Pour la beauté de l'objet qui a lui seul vaut tous les papiers, les origamis ouverts et décorés, les cocottes en papier. Pour les sérénades qui ne perdent dans l’orée des bois et des fossés, les soleils qui se cachent dans le rayon de ta fossette gauche. Pour tout ce qu’on arrive plus à dire, mais juste à lire, à deviner, ressentir, sentir, trembler, rire, sourire, pleurer… « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t’écrire un beau poème d’amour » est la plus belle et délicate pensée, la tendre et déclarante beauté d’un homme amoureux face à sa dulcinée, des matins chantants et des soirs lumineux au gré d'une lune malicieuse.

Bref Un Vinau sinon rien. A prendre en vers, rimes ou proses, matin, midi et soir. S'en resservir une bonne louche la nuit en cas d'insomnies régulières.

« Je m’oublie
dans ta main » 

 

« Je n’écris pas vraiment
de haïkus

tu n’es pas vraiment
une princesse qui rote

ta sueur n’est pas vraiment
un sérum de vérité

mais les lions
n’ont pas peur de la neige »

 

 

Ferme ta gueule s’il te plait je suis en train de t'écrire un beau poème d'amour
Thomas Vinau
Editions Les Venterniers

27 décembre 2018

68 premières fois - édition 2018

Les 68 premières fois, ces premiers romans qui nous procurent tant de frissons, de découvertes d’un auteur, d’une plume, d’une histoire. Ce quelque chose d’impalpable car nouveau, novateur pour certains. Ce quelque chose qui va plus loin même que la littérature, qui procure des frissons lors des rencontres, des émerveillements et des picotements dans les yeux et les cœurs. Ce quelque chose qu’il est difficile de nommer tellement la force des mots est là.

Les 68 premières fois et ces lectures qui nous donnent cette envie de continuer, poursuivre ces primo-romanciers.  

Et puis surtout les 68 premières fois pour Charlotte, Nicole, Eglantine, la team qui gravite autour Sophie, Joëlle, Claire, Amélie, Philippe et puis vous, vous les lecteurs qui nous suivez, les primo romanciers qui osent, les maisons d’éditions qui jouent le jeu, les attachés de presse, la SGDL qui nous soutiennent. Un grand merci à vous tous. Un grand merci. Sans vous les 68 premières fois ne pourraient franchir les hauts murs des centres pénitenciers, sans la volonté de Charlotte, on ne pourrait ouvrir les portes et croire en la liberté des mots, leurs puissances évocatrices et leur poésie.

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Gaëlle Pingault
Il n’y pas internet au paradis
Edition 2017

De par son écriture enlevée, touchante, les mots choisis, l’angle donné, Gaëlle Pingault (qui se définit comme raconteuse d'histoires) nous plonge dans cette terrible histoire d’une mort programmée avec son rire, son humour, ses petits délices radiophoniques qu’elle nous glisse, nous réchauffe, les bulles du quotidien qui relèvent la sauce, rendent incroyablement humain cette lente destruction, ce lien contemporain qui lie Aliénor à Alex au monde. Elle décortique les rouages, la lente érosion et perte de confiance, d’identité, de confiance, l’estime qui s’effrite, se perd dans les labyrinthes, couloirs et bureaux des Grands Dirigeants.

« Un jour, je ferai la liste de tout ce que je dois à la beauté de l’art. De toutes les fois où elle m’a sauvé du désespoir. Il se  pourrait que la liste soit longue. »

 

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Lisa Balvoine
Eparse

Chacun se débrouille avec ses traces, ses rires, sa vie, ceux qui restent, ceux qui partent, les ex, les actuels, les enfants qui grandissent, les parents qui vieillissent, le temps, la solitude, celle qui surprend un jour alors qu'on ne s'y attend pas. Chacun se débrouille avec ses mots, les phrases qui s'emmêlent, ne se disent plus, les regards qui s'éloignent, reviennent, les rêves, l'espoir, les peurs qui se racontent, celles qui se taisent, celles qui se partagent, celles qui demeurent. Chacun croit, se moque de soi, ironise, essaie de se faire confiance, faire confiance, d'aimer un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Chacun avance dans son puzzle, alignant les pièces qui transforment ce visage, dessinant son contour, son regard.
Pulsations.
Aorte et ventricules. Gauche. Droit.
Veine cave supérieure...
Cicatrices et vie.

«  Et de garder au fond de moi l'assurance qu'un jour les regrets peuvent devenir de doux souvenirs»

 

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Isabelle Carré
Les rêveurs

Isabelle Carré nous emmène dans ses souvenirs, dans les pans de l’enfance qu’elle nous dévoile, nous offre, ces personnages complexes, désarticulés, décalés qui ont partagé sa vie, une mère absente, un père qui avoue son homosexualité, des murs-cicatrices-fenêtres que l’on rêve d’ouvrir, des 33 tours références d’une existence fragile et sensible, des frères fragiles, une danse qui devient scène théâtrale, une réalité transposée au cinéma, joue avec son image, des fragilités qui échappent et structurent, bâtissent, chavirent d’une simple brise légère, du jour au lendemain, sans signe avant-coureur détectable.
Un charme qui se dévoile dans la légèreté opaque d’un contre-jour,  dans la poudre des yeux qui détectent cette part de lumière qui nous habille. Un conte, une tolérance, une belle aux bois dormant qui endosse un costume de scène, se dévoile, parfume avec tendresse, grâce.

« On devait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander  un engagement au vendeur – certifiez moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans,  sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux, qui grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance. »

 

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Odile D’Oultremont
Les déraisons

L’écriture d’Odile D’Oultremont a cette puissance du ridicule qui ne tue pas, de l’absurde qui fait mouche, de la patte d’oie qui rend diablement belle. Laissez-vous glisser, séduire par cette tragédie comique, cette tendresse que l’on ressent pour chaque mot emballé dans un papier cadeau-bonbon, cette bizarrerie que l’on rêve de sublimer et de répartir dans chaque pore de sa peau. Il y a du génie en elle, un génie des temps anciens qui vivrait dans notre modernité égoiste sans chercher à devenir. Il y a du génie swinguant, rieur et désinvolte mais surtout il y a du génie terriblement attachant, terriblement tendre, attentionné, aimant. 

« A l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe »

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Adeline Baldacchino
Celui qui disait non

Adeline Baldacchino a écrit un récit, roman, ouvrage qui est à la fois terrible à lire par les images que l’on se crée, qui sont ce passé qui fait mal, qui rebondit de fenêtres brisées, en cœurs arrachés, et à la fois d’une poésie, d’une écriture qui envoute, se dore d’un romantisme absolu qui nous rappelle les grandes œuvres de Goethe ou de Rilke. Il y a une écriture à suivre, qui ne demande qu'à s'enflammer, à s'écrire et lire. On entre dans une vision apocalyptique, en enfer, tout en sentant la force et la beauté des mots, des sentiments, de cette résistance farouche et sauvage d’un homme qui aimait une femme, la sienne. Puissance poétique.

 « Il vaut toujours la peine d’avoir aimé, même à la folie comme d’être insoumis, même à la folie, ce qui revient peut-être exactement au même. »

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Laurine Roux
Une immense sensation de calme

Une écriture comme une fable, une légende que l'on nous raconte, le soir, assis auprès d'un feu, comme un réceptacle à ce besoin immense de s’unir dans « une immense sensation de calme », de se laisser séduire par les mots, le calme, d'oublier l'espace d'un instant notre cocon. Un monde loin de tout. Et une écriture magnétique, envoutante qui nous propulse auprès de ceux qui connaissent l'amour et la mort, le côtoiement infime et la lumière qui amène vers la paix en soi.

« Il y a des gens qui sont bâtis pour exister toujours, leur corps éblouissant érigé pour résister aux assauts du temps, de la maladie et de la mort. Des anatomies de soleil et d’éclat. »

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 Guillaume Para
Ta vie ou la mienne

« Ta vie ou la mienne » est un roman qui traite de ceux que la société renie, oublie. Il y a le chic des banlieues dorées où les cris se taisent et les sourires rutilent, où les possibles sont plus qu’une certitude, où devenir est certain avec le foot qui devient le passeport d’une vie, la jeune bourgeoisie qui encourage le labeur et les rêves. Et puis il y a les différences qui malgré tout, restent.  L’impossibilité d’échapper à son destin, à ce visage de jeune de banlieue, à ces stéréotypes de caïd et malfrat. Une peinture sociale de notre époque hélas plus que présomptueuse et classée.

« La colère rend prisonnier, c'est la pire des cages. »

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Gabrielle Tuloup
La nuit introuvable

La nuit introuvable est ce livre que l’on pose, découvre entre deux pans de notre mémoire cachée, un livre qui nous fait redresser la tête, apercevoir et voir ceux qui nous sont proches, nos aimants, nos parents, nos aïeuls. Un livre comme un talisman, un puissant viatique qui nous restitue chaque caresse, odeur, silence, geste. Comme un baume, il nous console, nous apaise de la peine, cette culpabilité qui nous assomme, nous brouille la vue, l’amour. L’émotion nous saisit, les sentiments demeurent, se regorgent et nous entraine dans ce vaste temps d’un amour apaisé, retrouvé, dans ce sas où les impossibles deviennent non pas possible mais sereins, calmes, doux, forces, vie, dans une nuit enfin retrouvée.

« Il y a des espaces de sa vie que l’on n’habite pas. Des espaces où on aurait dû apprendre à accueillir sûrement. »

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Nathalie Yot
Le nord du monde

Une écriture brute, qui nous embarque sans nous laisser le temps de souffler, respirer. Comme dans la fuite vers ce Nord, on court après une vie qui se perd dans l’errance. On marche à la dérive. Sans boussole. Sans pause et arrêt. Des mots comme un enchainement glacial, dramatique, euphorisant de griseries et de libertés extrêmes. Une écriture comme un scalpel qui entaille les chairs, ouvre les plaies, gratte. Des phrases fortes comme des diamants bruts, purs, sans la moindre poussière ou résidu nous amenant vers l’absolu, la faute ultime, la folie des résistances, le glissement glacial, la perte des repères.
Du grand art. Du très grand art pour un premier roman. Une claque. Un diamant d’une extrême rareté. Et un nom à retenir, celui de Nathalie Yot, écrivaine à n’en pas douter, poète à découvrir absolument.

« L’amour quand il prend toute la place, c’est l’ennemi. On ne pense plus à être honnête. Ni avec soi-même, ni avec personne. »

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Peire Ausssane
Deux stations avant Concorde

Et il y a « deux stations avant Concorde », deux stations où l’on accepte enfin d’entrevoir autre chose, de changer notre destin, de comprendre les remparts, les peurs et craintes que l’on se dresse, de tendre la main vers soi, de prendre pleinement conscience de cette compassion qu’on ignore. Deux stations comme  un rendez vous avec soi, un instant où l’on tend la main vers autre chose que la souffrance, la douleur,  qui nous étreint. Deux stations comme une lumière qui se diffuse, infuse et laisse percer ce qui est le plus beau et le plus fort de soi, ce qui nous anime, nous laisse entrevoir que sans cette lumière, sans ce soi, nous ne pourrions poursuivre notre voyage.

«  Je suis la matière, l’asphalte de mes semelles qui luttent contre l’eau, l’air frais du matin que mes mains balaient en rythme, les larmes ou les sourires que je devine derrière le masque des gens que je croise. Je suis l’un des milliards d’atomes qui constituent le spectacle de la vie en même temps que ce spectacle se joue tout entier en moi. »

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Julie Estève
Simple

Il y a un vrai souffle qui se dégage de ce deuxième roman de Julie Estève, un souffle comme le mistral qui emporte tout, nous laisse béat et muet, au bord de ces rivages caillouteux, arides, secs et pourtant si beaux, naturels, forts de leurs histoires et passés. Il y a la force des éléments, la minéralité du lieu et des mots, la poésie du chant du vent et des personnages qui  entrent en action, la brutalité des rencontres et d’un monde qui rejette la faute sur les innocents qui ne peuvent se défendre, ceux qui n’ont comme arme, que leur cerveau fissuré, ébréché, ceux qui se promènent avec des cailloux, grimpent aux arbres pour embraser la vue, la vie, se prennent d’amour pour la première femme venue qui leurs accorde une oreille passagère, un regard ou un pas de côté. 

« C’est pas parce qu’on est abîmé qu’on est plus bon à rien. »

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Olivier Liron
Einstein, le sexe et moi

 Olivier Liron fait de ce récit, une histoire pied de nez où l'humour vient déposer sa tendresse, où l'amour de la vie se fait plus fort, doux, lumineux, où les émotions se vivent intensément et font de cet homme, un homme à part entière, sa part à lui, son soi, son simple soi. Un homme autiste Asperger mais avant tout un homme. 
La différence ne se voit que parce qu'on la désigne, la vit. A chacun de faire en sorte de n'être jamais dans un moule et de faire de sa vie, une fête tendre, la plus tendre possible et de rester insoumis contre ce qui nous révolte.

«  Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n'y a plus qu'attendre la mort en essayant d'être tendre avec soi, le plus tendre possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête. »

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Vincent Villeminot
Fais de moi la colère 

Parler de « fais de moi la colère » est narrer ses émotions, exprimer ce qui ne s’exprime pas mais se ressent au plus profond de soi, secoue, fait ressurgir de multiples images et conflits, amours et douceurs, désirs et beautés sauvages quasi primaires. C’est indéniablement un roman qui se vit dans sa chair, ses entrailles, engloutit et relève, farfouille et donne à apercevoir la folie humaine, la quête des sens, de l’humanité.
Il nous happe, nous emporte loin des rivages, de nos rivages, vers des fosses inexplorées, là où la bête, la sauvagerie, sommeille en nous, en l’homme. Il est un Léviathan, un monstre marin dont on ne connait la tête, sa monstruosité et qui surgit des enfers, se révoltant contre l’homme et sa quête absolue de convoiter les biens, l’orgueil. 

 

« Sommes-nous tous ainsi, habités par des monstres ? Sommes-nous encore des hommes et des femmes ? Sommes nous pires que cela ou simplement cela ? »

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Delphine Roux – Qu Lang
[Konkoro]
Edition 2015 – réédition 2018

[Kokoro] est une pépite. Une de celle que l’on se surprend à relire, à retrouver avec toujours cette même beauté, ce raffinement, cette douceur suprême propre à la culture japonaise, à cet envoutement enveloppant, renouant avec la vie, l’instant d’un bonheur partagé, une enfance qui n’est plus mais qui permet d’avancer. Il est comme un fil conducteur, un fil de vie, une approche lumineuse et d’une douceur lovante, caressante, pénétrante. [Kokoro]  est de ces lectures que l'on note pour ne pas oublier.

« Je savais qu'il faudrait du temps pour que les chocs de toutes ces années sourdes se muent en cicatrices douces au toucher. »
« Du courage alors. Oui j’en aurais. A ma petite façon. »

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Guy Boley
Quand Dieu boxait en amateur

Dieu qu’il est beau, ce roman. Dieu qu’il est beau ce dernier fils de Dieu, ce Dieu aux gants de boxe et au cœur remplit d’humanité. Dieu qu’il est beau cet amateur du ring et du théâtre, cet être au pagne de papier maché qui vit et donne tout dans ce qu’il est, sa chair, son cœur, ses tripes, son amour, son armure de fragilité. Dieu qu’il est beau et vivant de l’entendre, le voir suer, devenir cet être qui le sanctifiera à jamais aux yeux de son fils, aux yeux de celui qui devient cet homme écrivain, cet homme d'encres. Dieu qu’il est fort comme un boxeur au cœur bien plus grand que tous les Dieux vivants et morts.  Ce père, ce héros.

« Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore. » 

 

68 premières fois
Le petit carré jaune

 

Composition 2 pele mele auteurs

 

 

 

 

25 décembre 2018

Un été jaune carré 2018

 

Difficile de ne pas avoir envie de vous souhaiter un joyeux Noël sans vous parler de cet été jaune carré. Je ne sais comment parler de cet élan de générosité offert, ce temps où j’ai ouvert le blog à d’autres plumes, des écrivains, auteurs, poètes, des amis, ceux qui m’enchantent, me protègent, m’interrogent, me font rire, pleurer aussi.
Je ne sais comment dire que leurs mots m’ont particulièrement touché cette année, que leurs textes ont été une belle aventure, une histoire que j’ai pu partager avec ceux qui avaient la curiosité de venir se poser un instant, de découvrir autres choses que ce que vous laissez dans vos romans, vos écrits, vos récits.  

C’était vraiment bon de vous avoir à mes côtés, à leurs côtés, de faire « ricocher » vos textes, vos voix, vos images et dessins. Un bel été jaune carré. Un doux et chaud été. Un été à votre image, à la mienne, à ce qui me fait dire que les mots et les photographies seront toujours la base d’histoires à partager, à offrir et laisser partir.

 

Ma plus belle histoire d'amour,
c'est vous ....

  

Gilles Marchand  
« petit texte estival »

Abigail Seran
« Fenêtre sur mer »

Julie Moulin et Nathalie Magrez
« Variation autour de Kafka »

Loulou Robert et Erwan Larher 
« Photographies d’un été jaune carré »

Isabelle Flaten 
« Devenir mère »

Amélie Muller 
« Quand avez-vous été émus par la beauté pour la dernière fois ? »

Claire Barré 
« Rio secret »

Anne-Sophie Monglon 
« Le Sud remonte en moi comme une mère »

Adeline Baldacchino 
« Ce qu’il faut c’est la haute mer » :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
 épisode 7

Gaëlle Pingault et Benoit Didier 
« le vide »

Arnaud Dudek 
« La grande cabane »

Mélanie Richoz 
« Dimanche »

Marcelline Roux et Nathalie Magrez
« Vita Nova Solo »

Catherine Rolland
« Dessous »

Karine Le Nagard
« Un pacemaker à mon cœur »

Charlotte Milandri
« Le gouffre des possibles »

Maryline Martin 
« 1998 – 2018 »

Camille et Mathilde
« histoires à découvrir »

Gaëlle Josse
« ce qu’on entend parfois »

Nicole Grundlinger
« L’été d’après »

Mélanie Chappuis
« Je veux revenir prophète en mon pays »

Sophie Lemp et Lucile Bordes –
«  Les cabanes à mots » :
carte postale 1
carte postale 2
carte postale 3
carte postale 4
carte postale 5
carte postale 6
carte postale 7 

 

Un été jaune carré 2018
Le petit carré jaune

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07 décembre 2018

Tiffany Tavernier - Roissy

 

Roissy

« Ici, je suis en sécurité. Personne ne peut me trouver, pas même ce type croisé devant les portes du Rio. Qui à la surface, pourrait imaginer que des hommes ont choisi de vivre à plus de huit mètres  sous terre dans des galeries souterraines ? Boyaux qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sous l’aéroport. » 

Elle erre. D’un terminal en un autre terminal, d’une zone d’attente à une zone d’embarquement, d’un sas à un autre. Seule. Seule parmi les autres, parmi tant d’autres. Ces autres justement. Touristes d’un jour, d’un voyage, homme ou femme d’affaire, mère, sœur, maitresse, épouse.
Elle erre. Sans but ni recherche. Elle fuit même.
Elle se fuit, fuit ces autres qui lui rappellent un passé qui n’existe plus, s’est effacé, comme on efface les souvenirs dessinés à la craie sur une vielle ardoise rayée, cabossée, cassée.
Elle erre et fuit. Traverse les pistes, les couloirs, emprunte des portes que personne ne voit, les dérobées, évite les agents de sureté, la police, les douaniers. Ne s’adresse qu’à ceux à qui elle peut mentir, s’inventer une vie, des vies, faire semblant. Partir au Brésil, à Djakarta, Londres, Tokyo, Pékin ou pourquoi pas Djibouti. Mentir pour rêver. Mentir pour vivre.
Elle erre dans ce terminal qui jamais ne s’éteint, ne s’endort, qui jamais ne s’est qui est qui, qui fait quoi, d’où il/elle vient et où il/elle va.

« Terminal 2B. Transie. Assise depuis combien de temps ? Derrière les vitres, face aux tapis tournants, grappes d’hommes et de femmes cherchant du regard leurs valises. Seuls ou par petits groupes ils sortent, mains serrées sur la barre de leur chariot, se retenant à quoi ?  » 

Elle erre. Et cela fait 8 mois. 8 mois d’errance sur ce sol propre, lessivé, nettoyé par une équipe qui doit faire de ce lieu un paradis, un rêve de paix, un espace à la sérénité, une invitation au voyage, sur ces bancs sièges qui ne permettent pas de se poser, se reposer, dans ces magasins où le luxe s’étire à l’infini, où la richesse s’étale devant le profit. Sans cesse en mouvement, une ligne de fuite, en bout de course. Bagage dans une main un matin, valise dans l’autre le soir, sac sur le dos le lendemain. Elle traverse inlassablement la zone A, leT2, s’aventure. Mais jamais trop loin. Jamais en dehors de ce périmètre qui est sa sécurité.
Elle erre. Improvise. Tient sa tête hors de l’eau. Pourquoi, comment, avec qui, depuis combien de temps, que cherche-t-elle, qui cherche-t-telle, que fuit-elle, d’où vient-elle, où va-t-elle, pour combien de temps ? Invisible aux yeux de tous, indécelable. Sauf pour ceux qui comme elle. Errent. Errent de terminal en terminal. Errent sans cesse. Errent jusqu’à faire péter leur bulle de vie, de survie. La bulle qui les maintient en vie. 

« Pour eux comme pour moi, ce monde est notre dernière chance. Le quitter, ne serait-ce qu’une seule fois, ce serait renoncer à tous les voyages, à toutes les identités, perdre, en somme le peu de matière qu’il nous reste, rompre définitivement le fil qui nous tient encore en vie, briser la magie par laquelle chacun de nous ici s’invente hors la violence du monde. » 

Il y a des livres qu’on croise et pour lequel on prend le temps de lire, de traverser les zones, de laisser construire ces visages, ces êtres non plus cabossés mais invisibles. Des humains. Des hommes et des femmes que le monde a abandonné, que la vie a oublié, que la lumière a omis d’éclairer. Des visages qu’on ne regarde plus et qui pourtant vivent là, près de nous, dans des espaces ouverts au monde. Des lieux de vie. Une vie où tout passe, rien ne reste, ne se transmet sauf l’ivresse d’un vol, d’un voyage réussi grâce aux mille et une possibilités que nous offre les banques, les free shop et autres duty-free. Une vie de réussites et d’espaces qui n’en finissent pas, des vols qui traversent un monde qui bouge, bouge trop vite, bouge en oubliant ceux qui sont devenus des invisibles. 

Dans ces livres, on y croise ceux qui sont indécelables. Ceux qui se masquent, se déguisent pour ne plus se faire être visible, se rendre invisible, des indétectables. Ils errent et rendent ce monde transparent tout à coup beaucoup plus humain, d’une humanité bancale, émouvante, terriblement fragile. Fragile comme l’est un moment de grâce, un moment où la grisaille, le désespoir s’offre à celui, celle qui sait le regarder, le lire autrement que par la pitié, la gêne, la souffrance, l’humiliation ou la haine.
Et c’est cela qui fait la beauté de ce roman, du roman de Tiffany Tavernier. Cette façon de mouvoir sa plume, de déplacer notre regard, notre axe de vision, de nous emmener à côtoyer cette femme, son errance dans un Roissy soudain humanisé, fait d’êtres où le sang afflue derrière les maquillages, les costumes et uniformes, les badges au nom d’emprunt pour éviter  les agressions gratuites, les sans domiciles fixes, les errants. C’est cela que nous tend l’autrice, la vie dans une fourmilière, la vie auprès d’une femme éparpillée, cabossée, perdue, échouée comme on échoue dans ces lieux qui sont des centres de vie mais où personne ne vit.  

Tiffany Tavernier nous donne la matière, l’émotion, la pièce d’un puzzle que l’on n’arrive plus à lâcher. On lit le roman, on entre dans le ventre de l’ogre, on pousse les portes, s’engouffre dans les boyaux, tombe sur des culs de sac ou des toilettes qui deviennent l’espace de quelques instants des Eldorados. On rêve, on ment, on s’évite, on se travestit comme pour mieux échapper à ce qui nous fait peur, ceux qui nous font peur. Avec une extrême pudeur, une générosité à fleur de mots, une sensibilité aigue elle nous fait rencontrer une femme, sa peau, son âme. On devient elle, on erre nous aussi. On rencontre, on fuit, on aime, on craint.
Et lorsqu’on termine ce livre, on redresse la tête, regarde autour de nous, on ouvre ses bras vers ses autres. Ceux que l’on oublie de regarder, ceux qui sont venus simplement se poser quelques instants, histoire de se réchauffer, de se retrouver en vie, de voir la vie, de rêver à une autre vie, de bousculer d’un coup de valise ou de sac, son errance quotidienne. Et se pose la question alors inévitable : où vais-je et qui je suis ? Qui sont-ils et où vont-ils ? 

« Je reste encore un long moment à regarder le flot des passagers. J’imagine leur vie, leur métier, leur invente des destinées que j’aimerais coucher sur le papier, ce que je ne ferais pas par superstition, comme si écrire sur eux pourrait influer le cours de leur existence. »

« Quand on meurt pour de vrai, on hurle. » 

 

Roissy
Tiffany Tavernier
Sabine Wespieser Editeur