Le blog du petit carré jaune

28 avril 2017

" Coeur de bois " Henri Meunier et Régis Lejonc

 

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«  Vous nous croyez-seuls ? Nous ne le sommes pas ! Avec votre fauteuil, je pousse vos crocs et mes blessures. Mais tour de roue après tour de roue, je me prouve que rien n’est jamais perdu.
Je vous rends visite parce que je suis là. Debout. Malgré vous. Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant. Et je prends soin de vous pour le croire toujours. » 

Comme tous les matins, Aurora force sur le trait de khöl et dépose deux gouttes de parfum à la naissance de son cou. « La quarantaine généreuse », Aurore a tout de la femme élégante, raffinée, n’ayant besoin d’aucun artifice pour afficher son apparence et son visage rayonnant. Quelque soit sa journée, ses habitudes, même pour une balade en forêt avec un vieillard impotent, cette minute de maquillage et de considération envers elle, est une nécessité, son moment d’intimité heureuse, sa perfection absolue.
Caban sur les épaules, béret sur la tête, Aurore s’enfonce, au volant de sa petite voiture rouge, dans les bois sombres et froid d’un mois de janvier neigeux. Tout en conduisant, elle pense à la vie qui passe, la fatigue de sa petite dernière, aux vacances qui se profilent, à sa cadette à prendre à la sortie de l’école.  Comme une longue liste de choses à faire dans un quotidien qui défile trop vite.
Au pied d’un sentier pédestre, boite de gâteaux achetée quelques instants auparavant à la boulangerie du village, Aurore se gare et marche vers une maison pavillon de chasse délabrée, « fantôme d’une superbe passée » située en plein cœur d’une forêt dense et engourdie par la rigueur de l’hiver. Nul bruit autour d’elle. Seul ses pas lents et réguliers se font entendre sur un tapis de feuilles mortes où se devine le passage de biches ou de chevreuils et de chouettes effraie.

Immobile, respirant profondément, Aurore s’avance vers la porte d’entrée où un vieillard impotent, désordonné, sale et disgracieux habite et l’attend.

 

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Depuis notre plus jeune âge on nous a appris à nous méfier des bois sombres, des branches qui égratignent les visages, des crocs qui viennent se planter dans le cou des enfants, des nuits sombres et des inconnus qui se profilent derrières les arbres. On nous a dit de nous méfier des paroles prononcées, de ces êtres inquiétants croisés au creux d’un chemin. On nous a répété, seriné l’histoire du petit chaperon rouge, de Blanche Neige, de Boucle d’Or… Et puis on  a connu les crocs, les égratignures, les cicatrices qui mettent un temps fou à se cicatriser.  
Or avec le duo Henri Meunier et Régis Lejonc, on entre de plain-pied dans l’ambigüité de nos contes d’enfance, des thèses émises et des émotions suggérées. Tout en ellipses, interrogations, en accord entre illustrations et mots, on entreprend de suivre Aurore, prénom oh combien sonnant dans ce récit, dans son histoire, sa résilience et sa bravoure déguisée.  

Les mots d’Henri Meunier sonnent juste et avec une grande douceur, tendresse, se contredisent l’espace d’un court instant, rebondissent dans le conte, le récit inventé, introduisent une part de mystère, de doute, de stupeur pour finir dans un bouquet de résilience tendre, doux, généreux. On entrevoit notre histoire, celle d’un vieux loup, entravé, handicapé, qui nous aurait croqués, une suite à nos vies, nos histoires. Rebondissement sans fin. Le loup de notre enfance n’est plus qu’un vieil animal solitaire ne pouvant se porter. Les rôles se croisent, s’inversent, le contre est terminé. Aurore n’a ni gagné ni perdu. Elle est devenue.  

« Je veux être assez forte pour pouvoir vous aimer. Même vous. »

Les illustrations de Régis Lejonc sont au-delà du sublime. On atteint la perfection, l’onirisme, le rêve cauchemar, la transition entre ce que l’on imagine et la réalité. L’extérieur et l’intérieur, la forêt et cette cabane maison délabrée se répondent, font monter crescendo nos interrogations. La pastelle devient grasse, les traits s’assombrissent, le loup se laissent deviner dans les traits d’un vieil homme usé. Les détails surgissent pour donner plus d’épaisseur à la scène, rendre le tragique, la tendresse et le sombre. Noir et rouge se disputent, vie et mort se traversent. L’atmosphère est angoissante, les paysages neigeux donnent le ton. Et puis comme par magie, au milieu du récit, la bête devient humaine, la belle devient puissante. Les rôles s’inversent. 

Fort, très fort par son récit et ses illustrations, un très bon récit, mi conte mi histoire onirique qui nous laisse sans vie, anéantis et nous procure frissons et cet irrésistible envie de le relire, de décortiquer chaque mot, scène, illustration et de retomber dans sa magie, sa fièvre, l’histoire lue, le cœur du bois charmé.  Un très très grand livre à mettre dans les mains d’adultes avertis afin de comprendre que le loup de notre enfance n’est plus celui qui nous a croqués mais bel et bien laissés en vie. 

 

Cœur de bois
Henri Meunier et Régis Lejonc
Editions Notari

 

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26 avril 2017

" L' amour est une haine comme les autres" Louis et Marty

 

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Cette bande dessinée n’avait pas grand-chose pour me plaire, visuellement parlant.  Une couverture certe attirante où se dissimulait un visage, un paysage bucolique, deux enfants, un air de nostalgie assez mystérieuse… Mais à l’intérieur, des illustrations assez violentes, un coup de crayon vif, hachuré, noir, à la limite des polars américains où le bon est bon et le méchant, ignoble. Des couleurs sombres peu attrayantes pour quelqu’un qui aime l’univers poétique.  
Bref très peu pour moi.

  • « Mon nom est Abélard. Mais tout le monde m’appelle Abe et je suis sur le point de mourir. La tête dévissée vers le ciel, pendant un bref instant figé dont j’ai le secret, je vois mon sang d noir transpercé par une pluie immaculée rendue blanche par la lune pleine. Instant poétique et métaphorique de ma vie qui me fait oublier le temps d’une brève évasion dans mes pensées que je ne suis pas seul.
    Retour sur terre, sur le ring. J’ai finalement tenu un round. Je ne miserai pas un billet sur un second car à peine au sol voilà que je m’envole à nouveau. »

Tout commence dans une contrée paumée de Louisiane en 1948. Il fait nuit, une nuit noire, une nuit de pleine lune. Au fond d’une impasse sans nom, au pied de l’usine Will’s Tools, un noir maigrelet, portant le nom d’Abélard, se fait tabasser par trois blancs rustres et pétris d’un racisme vulgaire, revanchard. Laissé pour mort sur le coin d’un trottoir, amoché par des coups de poings et de pelles, sa dernière vision va pour celui qui a été son seul et unique ami depuis plus 20 ans, Will qui, les poings serrés, la carrure d’athlète, la mâchoire carrée, ne bouge pas d’un pouce.  

             « C’est ce coup plus que tous les autres qui a eu raison de mes forces oui… Je suis mort ce soir-là. » 

On remonte l’histoire, leur histoire, celle d’une amitié entre deux garçons, un noir et un blanc, dans une Louisiane où le noir n’était qu’un vulgaire bon à rien, un voleur, un cancrelat qui devait servir les honnêtes blancs, ceux du Ku Klux Klan, ceux qui organisaient des pic-nic où ils étaient leurs victimes prioritaires. Des blancs au plus haut point de la suprématie des races, des blancs qui usaient et abusaient des mots comme des poings.
Il était donc impossible, impensable que deux enfants puissent devenir les meilleurs amis du monde. Impensable et impossible qu’ils puissent s’aimer au point de devenir frères de sang, d’idées à défaut de couleurs. Et pourtant c’est ce que fut Abe et Will. Les meilleurs amis du monde, de leur monde. Mais l'amitié peut-elle te tenir face à l'histoire, aux idées reçues, aux clivages, aux familles et à l'amour ?

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Il y a dans « L’amour est une haine comme les autres » un vrai sens de la mise en scène et du scénario. Il y a une vraie histoire qui commence comme un coup de poing, un uppercut violent et se termine dans l’oraison de jours à venir. Il y a du noir, très noir, extrêmement noir et au-delà de la couleur de peau évoquée. Il y a de la lumière, un  peu, quelques éclaircies sommaires mais il y a surtout oui une page d’histoire de l’Amérique qui a tendance à remonter à la surface ces derniers temps. Une page glauque, une page qui s’exprima dans la violence des mots et des actes. La haine et la déraison qui en découle.  

Cette bande dessinée aborde le thème du racisme, des noirs et des blancs, de cette Amérique puritaine qui est une Amérique qui pue, et qui n’a pas encore fini d‘enterrer cette histoire. Une histoire qui perdure encore, marquée par les mentalités qui donnent vainqueur cette race blanche, suprématie de l’intelligence et du fondement des Etats Unis d’Amérique. La pression sociale, économique, politique se fait sentir dans chaque page, chaque case. L’histoire est dure, poignante. L’atmosphère est irrespirable. Il n’y a pas de temps mort, pas de respiration possible. La violence est partout ou quasi, chez chacun des protagonistes. Elle se déguise sous les remarques acerbes et irraisonnées des blancs, sous les mots violents et la haine chez les noirs. Les coups fusent, la hargne aussi.
Et pourtant au milieu de tout cela, deux garçons aux caractères et carrures opposés vont se rencontrer, devenir inséparables jusqu’à travailler ensemble dans l’entreprise que l’un dirige, héritage d’un père membre du KKK et que l'autre aide.

 

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Louis nous embarque par sa narration. La violence est sous jacente, visible, prévisible. Il monte en crescendo l’histoire. Le suspens est à couper le souffle. On retrouve l’atmosphère des films américains abordant ce thème. Un scénario impeccable. Les mots sont durs, l'angoisse est partout ou presque.
Le graphisme est poignant lui aussi. Marty utilise une palette sombre, violente et à la fois, apparaissent dans les scènes de souvenirs, d’une jeunesse amicale, un tendre vert, des couleurs douces, bucoliques, des traits fins. En opposition à cette nostalgie, les codes caricaturaux sont utilisés pour affirmer les caractères, les scènes. Les paysages et les détails se dissimulent pour laisser place à l’histoire, à la violence raciale.  

Une bande dessinée qui a le mérite de remettre sur le devant de la scène, le racisme qu'il soit ordinaire ou écrit dans des lignes, ces jours où la suprématie blanche revient à la charge. Une bande dessinée qui réveille, suinte, donne le courage d’affirmer que rien n’est gagné, tout est toujours à combattre, à ne pas oublier que dans chaque nation, dans chaque Etat, le puritanisme se cache sous de jolis costumes, de belles robes mais qu’il n’en reste pas moins un racisme, le racisme d’une race contre une autre, d’une couleur contre une autre, d’une religion contre une autre, d’hommes qui s’opposent alors qu’ils sont semblables.  

La haine, le pire ennemi de l’amour, son plus grand fléau, son éternel associé. La haine de l’autre, la haine du noir, la haine des blancs, la suprématie et la violence. La haine qui est aussi une forme d’amour, en somme.  

 

L’amour est une haine comme les autres
Louis et Marty
Grand Angle

24 avril 2017

" Maestro " Cécile Balavoine

 

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Comment vous parler de cette histoire, l’histoire d’une rencontre, une histoire d’amour, une histoire comme il en existe peu. Une histoire où la musique s’écrit dans toutes les pages, développe ses gammes, monte en puissance, nous enveloppe de sa mélodie, de ses arpèges et sonates. Comment vous parler d’une histoire qui n’est que volupté, délicatesse. Une histoire où les corps se cherchent, trouvent celui qui le galvanise, l’oblige à se mesurer, à entendre sa petite musique prendre possession de son être.  L’histoire d’une passion mais pas n’importe laquelle, l’histoire d’une enfant de neuf ans qui découvre la musique, celle de Mozart, la Maitre, le Maestro d’une musique qui ne se lit pas mais se vit. 

« Mes doigts se posent doucement, respectueusement sur les touches. Mes mains s’unissent aux siennes. Nos mains se rencontrent par-delà les siècles, nos chairs s’effleurent et se caressent. Nos mains se rejoignent et s’épousent à travers la sonatine que je connais par cœur, les trois premiers accords de l’allegro dansant que je joue prestement, le petit andante si tendre. C’est la rencontre, l’union sensuelle, spirituelle, merveilleuse avec l’Homme. Miraculeuse. Impossible.
[…] Je cours à en perdre le souffle, je cours et crie à pleins poumons. J’ai joué sur le piano de Mozart. » 

Et puis il y a aussi cette autre histoire, celle qui se mêle, s’entremêle à Mozart, celle qui nous fait revivre la sensualité de sa musique, la mesure des corps qui se désirent, la délicatesse des voix qui se chuchotent, se tendent, s’appellent, la douleur des mots qui ne lisent pas, s’attendent, la prudence et la peur de ceux qui se sont là, la jouissance de la mélodie de l’amour.
Il y a l’histoire de Cécile, des décennies plus tard qui interview un homme, celui qui se fait appeler  Maestro. Son Maestro. Son Mozart revenu habiter son cœur, se faire une place sur son corps. Cet homme qui un soir s’est installé autour d’elle, en elle, ne l’a plus quitté. Il y a une histoire, celle de leur rencontre, celle de leur désir, celle qui devient musique, mélodie, une sonatine, un allégro léger, des triolets envoutants qui emportent loin.  

Il y a Cécile, Maestro et Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Celui qui les réunit et les réunira bien au delà de ce que la musique peut donner, offrir. Le trouble de l’amour. 

« Votre voix s’installe autour de moi. Sonore. Rassurante. Dans cette chambre d’hôtel aux rideaux entrouverts. Vous. Cette voix qui est la vôtre. Et aussitôt, à peine m’a-t-elle effleurée, à peine est-elle entrée dans mon corps qu’inévitablement, irrépressiblement, j’ai huit ans. Dans votre voix j’ai huit ans, Maestro… Et je ne sais pas pourquoi. » 

Il serait peu de dire que j’ai été submergée autant par cette histoire que par l’écriture. Quand on prend conscience que l’auteure écrit son premier roman, la mesure de ce qu’elle a produit, on réalise que Cécile Balavoine ne peut que continuer dans ce chemin, le chemin de l’écriture. Car il faut le dire Maestro est juste un pur bijou d’une très grande finesse et délicatesse, une grande qualité, maturité. Il est la réalisation de ce qu’est une lecture envoutante, précieuse, mélodique et littéraire.

D’une plume sensuelle, délicate, tendre, poétique, envoutante, elle nous décrit la musique de l’amour. Et c’est dans les silences, dans les corps qui s’appellent, se désirent, se cherchent, se mêlent que la beauté des arpèges se fait entendre. Mozart prend l’ampleur, sa place, devient ce troisième personnage qui est le premier, celui qui fait, celui qui est. Les lèvres s’entrouvrent et laissent passer le souffle, les notes de l’amour. La passion devient gamme, pureté.  

Il y a dans l’écriture de Cécile Balavoine, la pureté des silences, la vibration des mesures, la mélodie de la beauté. On se pose, on entend, on entre dans son livre, dans sa  captivante délicatesse, dans cette lumière d’un soir où des voix se reconnaissent, dans une aube où des corps se reposent. Il y a oui la beauté, la délicatesse, la fragilité, la lumière et l’explosion sublime d’une sonate jouée pour deux cœurs qui se sont trouvés. 

A la fin de ma lecture j’avais écrit ses quelques mots à l’auteur : « Cécile Balavoine, je viens de finir votre roman, votre Maestro et il reste en moi cette beauté, cette tendre rencontre, ce bouillonnement de notes, cette sensualité des corps qui se trouvent, cette musique qui devient symphonie. Je n’ai ni l’envie, ni la force de quitter vos personnages. Comme eux, ils deviennent mon oxygène, ma raison d’aimer, de vivre. Comme eux, j’attends qu’ils reviennent et m’emportent à nouveau dans la lente montée des croches et des triolets. Je glisse au delà de ce que je lis. J’entre et je ne veux en sortir. Envoutée. Il est beau votre roman, Cécile. Il est le silence, la passion qui électrise, la musique qui nous emplit. Il est l’amour et votre écriture en est sa plus belle preuve. » 

Je ne changerai aucun mot. Laurence Tardieu a été votre marraine, vous en êtes sa douce élève d’écriture. Continuer, vous avez la maturité et la beauté d’une écriture pour y arriver.
 

A découvrir chez Charlotte, Nicole, Mirontaine et les 68 premières fois, édition 2017.
 

Maestro
Cécile Balavoine
Mercure de France

 

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23 avril 2017

" S'aimer " Cécile Roumiguière et ...

 

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« Nous nous sommes tant aimés… Pourquoi, comment ? Qui sait au juste comment se conjugue le verbe s’aimer ? » 

Il y a tant de choses à dire autour de ce verbe. Tant de mots qui ne peuvent s’écrire, se tendre, s’entendre. Tant de gestes que l’on ose, que l’on refoule. Tant de sens qui s’installent, nous chamboulent. Tant de choses et de choses encore. 

Il y a les premières fois, la première fois où le regard se pose mais où le cœur ne ressent rien d’autre qu’une forme d’émotion indistincte. Qu’est-ce ? Et pourquoi ? Il n’y a rien à dire pourtant. Rien à voir. As-tu fais attention à ce regard, ce geste qui s’est posé sur toi, a t il fait attention à toi ? Un court instant, un espace temps où les mots, les gestes auraient pu s’échanger, s’ébaucher, se tutoyer. Peut-être alors nous serions nous embrassés. Peut-être aurions effleuré nos lèvres d’un simple baiser. 

« Va avoir pourquoi, ce jour-là, il ne s’est rien passé. On s’est à peine aperçu. » 

S’aimer, aimer, aimer l’autre. Ce jour où tout s’embrase, devient évident. On se croise, se décroise. On se rencontre, on se voile, se dévoile, se camouffle, se déshabille, se met à nu. Le silence s’exprime à travers les peaux qui se touchent, s’effleure, se respire. Le parfum, le regard, l’amorce du désir, du plaisir. 

« Comme une vague qui effleure le sable où l’on est planté. Et vient le creuser sous nos pieds, manière de nous faire tanguer. J’ai commencé par revoir tes yeux, ton regard, Jusqu’à ce qu’il m’obsède. On n’en savait rien, mais on était déjà porté par un courant plus fort que nous. » 

Et puis la solitude s’installe, on résiste à la pulsion, l’impulsion de se jeter dans ses bras. La tendresse manque, la douceur d’un amour qui se poserait là, juste à côté de soi dans la clarté d’un jour naissant, une caresse d’un vent qui porte, nous emporterait sur son passage.  

« Mais comment faire quand on ne se connait pas ? Tout devrait être simple, on se voit, on se parle, on s’embrasse, on s’aime, et voilà tout. Mais s’aimer, c’est bien autre chose ! » 

Et si s’aimer, c’était tenter l’aventure, se jeter à l’eau, sur sa peau, rapprocher ce fil qui se tend, s’enrouler autour, n’être qu’un, ne faire plus qu’un. Si s’aimer était construire ensemble et non pas séparément, accepter l’autre pour ce qu’il/elle est, sans se cacher derrière des raisonnements, des excuses. Un fil rouge, rouge vie, rouge passion qui se défile de page en page, de moment en moment. Le fil d’une vie qui passe, ensemble. Je t’aime, tu m’aimes. On s’aime.  

 

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Un petit livre qui se croque comme un bonbon, comme une tranche de vie, comme un amour avec lequel on a envie de finir sa vie ou du moins faire un bon bout de chemin. Un petit livre comme un diapason à nos histoires, notre histoire, celle d’amour, celle qui durera toujours. Avec lui, avec elle. Ensemble.

Dans une langue poétique, intime et universel, Cécile Roumiguière nous offre ces mots, les siens aussi, ceux de l’amour. Simple, sans fioriture, tendre, doux, le cœur battant on tourne les pages comme on effeuille les âges, les marguerites. Précieusement comme peut l’être l’amour, Cécile Roumiguière nous dévide ce fil et nous offre à pas feutrés ce qu’est « s’aimer ». L’embrasement et la vie, la passion et les liens, le lien qui nous unit à l’autre. Homme, femme, femme, homme, blanc, noir… l’amour rouge. Rouge passion, rouge fil, rouge tout court.
Accompagnés de 39 illustrateurs exploitant ce verbe, le conjuguent selon leurs pattes, leurs couleurs, ce petit livre nous montre l’absurdité de ne pas s’aimer, de ne pas comprendre que c’est dans ce mot que seuls les hommes et les femmes se rencontreront, se reconnaitront, deviendront verbe à leur tour, s’aimeront, sèmeront, se conjugueront. Une ode à l’amour, un poème de quatre sous qui se dévoile. Une valse à mille temps, un tourbillon de la vie.
Chaque dessinateurs entreprend de dévider ce fil rouge, de lui donner la couleur ou les doutes, d’exploiter la laine, la soie, le point, la rencontre, le mélange, l’union. Chaque illustration renvoie au texte qui répond par les mots au dessin. Une osmose entre les deux, un jeu qui se rencontre et devient qu’un.  

C’est beau, précieux, poétique. Un écrin dans un livre qui définit le mot s’aimer, dans un livre qui est dédié à tous ceux qui un 13 novembre 2015 ne se sont pas relevés, « qui ont pris de plein fouet ces actes de haine et l’absurdité monstrueuse de cette violence. ». Un livre où il fait bon s’aimer, décider de continuer ensemble, surtout et malgré tout. Continuer à s’aimer. 

« On s’est aimé. On a porté ensemble nos rêves d’un monde plus juste. Pas sûr qu’on ait changé le cours des choses, mais on a essayé. »
 

A retrouver chez Noukette qui m’a donné envie d’aimer ce livre, Parenthèse de caractère et Jérôme. Et l'histoire de ce livre sous les mots de Cécile Roumiguière 

 

S’aimer
Cécile Roumiguière et …
A pas de loups

 

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22 avril 2017

" Petit Pois " Davide Cali et Sébastien Mourrain

 

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Petit pois est tout petit et cela depuis sa naissance. Tout petit, tellement petit qu’il patauge dans la cuvette d’eau servant à lui faire sa toilette, dort dans une boite d’allumettes. Tellement minuscule que sa maman est obligée de lui confectionner ses habits et d’emprunter les chaussures aux poupées. Tout petit, Petit Pois.

En grandissant, il append à nager tout seul dans l’évier de la salle de bain, pratique la lutte ourson en habit de super héros, escalade sa tour de Légo, marche sur le fil de laine tiré entre les bords de la poubelle, et surtout il conduit sa voiture de course à ressort. Rien n’effraie Petit Pois. Car comme dit l’adage « petit mais costaud ».

Ainsi va sa vie entre jardins à explorer et paysages à rêvasser, imaginer. Doucement Petit Pois grandit à sa vitesse et sans contraintes, heureux d’être lui, un Petit Pois espiègle, un Tom Pouce malicieux, tendre.

Mais arrivent les premiers jours de l’école et Petit Pois réalise « qu’il était trop petit. Trop petit pour sa chaise, trop petit pour la flûte, trop petit pour la gym, trop petit pour son assiette ! » 

« Pauvre Petit Pois, que va-t-il faire, si petit ? pensait son professeur. » 

 

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Un superbe album qui donne envie de rencontrer Petit Pois, de le prendre dans ses bras ou te tenter l’aventure avec lui.

Un petit livre d’une poésie ravissante abordant sans fausse note la différence, la volonté, la beauté qu’il y a en chacun de nous, l’insatiable envie de trouver son chemin et de faire de sa vie un dessin, des mots, un art de vivre.
Le graphisme de Sébastien Mourrain est d’une très belle poésie. Il accompagne tout en douceur, couleurs, en dégradés de vert, et tendresse les mots de Davide Cali. Tout en rondeur, en petit détail, il nous amène à hauteur de ce Tom Pouce-Petit Pois et nous fait prendre la mesure de sa petitesse et sa grandeur d’âme. C’est beau, c’est tendre, malicieux et insatiable aussi.  

Bref quand un Petit Pois est aussi bien réussi cela donne juste envie de devenir son propre artiste, l’artiste de sa vie. 

« On n’est jamais trop petit pour être un grand artiste. »

 

Petit Pois
Davide Cali et Sébastien Mourrain
Actes Sud Junior

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