Le blog du petit carré jaune

07 mars 2019

Déménagement

Le 26 mars 2013, j'ai pris mon courage a deux mains et je me suis lancée dans l'aventure d'un blog (bon il faut dire que je venais de rencontrer 2 fées devenues des amies très précieuses et des anges un peu, beaucoup démons aussi avec qui j'aime buller). Donc il y a 6 ans je ne me doutais absolument pas où je mettais les pieds, ni les mains et encore moins le coeur qui chez moi, vous le savez tous, est un vrai instrument de musique orchestre symphonique fanfare.

Le petit carré jaune prenait vie.

En six ans, j'aurais navigué sur pas mal de romans, de livres, de bandes dessinées, de poèmes et poésies, de photos, de récits, de textes, d'été jaune solaire, d'âme graphique, de poésie.
En six ans, j'aurais rencontré de multiples visages, mots, mains, auteurs, écrivains devenus pour certain(e)s des instants gravés, précieux, des amis.
En six ans, j'aurais partagé des moments, des piques niques improvisés, passée des boucles à Besançon, trinquée au pied d'un couvent, merlieusé chez Merlieux Lison Liseron, pataugée dans la gadoue dans des champs d'été tourangeaux, restaurée festoyée dans un logis du Poitou, voyagée d'un pays à un autre, passée des frontières, traversées de lacs et pris des trains.
En six ans, j'aurai 68 premières fois comme jamais, 68 premières fois comme la première fois, la toute première, celle des uniques et des "qu'on garde au chaud dans son coeur". Ces liens d'amitié précieux.

En 6 ans, on s'use aussi. Un peu, parfois. Beaucoup aussi.

Il m'aura fallu du temps. Des essais, des poses, des lumières et contrastes, des interrogations et contre jour, des champs et hors champs, des réponses. Il m'aura fallu des mots (merci Charlotte), des conseils (merci Nathalie Magrez), des regards (merci Sébastien) et des images, celles qui me ressemblent tant.
Et puis il m'aura fallu un livre. Un de ceux qui t'autorisent, qui te dictent "ce vas-y". Il m'aura fallu ces mots et ces photos, ceux de Gaëlle Josse et de Vivian. (Un merci infini)

 

Et parce que les mots et les photos, les images me sont intimement liés, un nouveau petit carré jaune est né.

 

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Gaëlle Josse - Une femme en contre-jour

53145818_2179908495657108_6017648454740738048_n« Je suis  comme Vivian Maier, fascinée, obsédée par les visages. Par ce qui s’y lit, ce qui s’y dérobe. Approcher un parcours de vie, un chemin, une histoire. Approcher le grain de peau, le battement du cœur, du sang, le souffle, la sincérité d’une expression, le surgissement d’une émotion, suivre le tracé d’une ride, d’un frémissement des lèvres, d’un battement de paupières. Saisir les conflits intérieurs qui s‘y jouent, les passions qui y brûlent, les douleurs qui affleurent, entendre les mots qui ne seront pas dits. Accompagner quelques êtres qui courent vers leur destin et nous interrogent sur le nôtre. » 

D’elle on ne sait quasiment rien. Ou du moins pas grand-chose. Des détails, des personnages, un flou, une silhouette anonyme, un masque, une invisibilité, des silences, quelques films ou récits sauvegardés et des milliers de photographies retrouvées, un secret, un effacement, des pointillés. « Une force intérieure, brûlante, fiévreuse, que rien ne peut contraindre. »
De cette femme au regard caché, au corps effacé sous un manteau, des robes chemisiers, on sait juste qu’elle était photographe, ou du moins qu’elle photographiait derrière sa cape de nurse, de domestique, de fille au pair, de nounou comme il y avait beaucoup dans ce New York d’après guerre, ce New York des trente glorieuses. La puissante pomme. Celle qui attirait ceux qui ne possédait plus rien, ceux qui dormait sur les trottoirs ou derrières les stores baissés des magasins. Les démunis. Les émigrés de la vieille Europe. Ceux qui avaient l’espoir chevillé au corps de participer à la construction d’un pays nouveau, d’une vie nouvelle. Ceux qui fuyaient un pays qui ne voulait plus d’eux. 

Vivian.
Vivian Maier.
Une femme en contre-jour.

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Une femme qui n’ « était » rien. Comme effacée des vies, effacée de la vie, la sienne, effacée des champs et hors-champs qu’elle immortalisait lors de ces longues traversées dans un New York désenchanté. Une femme comme une photo qu’elle aurait prise : invisible. Des clichés perdus dans des cartons retrouvés au détour d’une vente aux enchères. Une silhouette, comme un élément du décor, une âme solitaire caché derrière un appareil Kodak ou un Rolleifleix, un jeu de miroir et des pauvres par milliers.  

« Où sont-ils, que sont-ils devenus, d’ailleurs tous ces clichés pris chaque jour pendant ces dizaines d’années, par milliers, par dizaines de milliers ? Elle n’en a pas vu beaucoup. Tout dort dans des boîtes, des cartons, des valises, au fond d’un garde-meuble  qu’elle ne peut plus payer depuis des années, dont elle a oublié l’adresse. Tout a-t-il été jeté, vendu ? C’est sans importance maintenant. C’est le passé ? Un temps d’avant dont quelques fragments épars surnagent peut-être dans l’océan enténébré d’une mémoire oscillante, fugitivement embrasés, par instants, comme sous le faisceau d’un phare à éclats. Ses doigts raides, engourdis, ne presseront plus jamais le déclencheur, ses yeux fatigués ne feront plus la mise au point, il ne chercheront plus le cadrage, la composition, l’éclairage, le sujet, le détail, l’instant parfait qu’il faut saisir avant qu’il ne disparaisse. » 

Des milliers de photos, clichés, planches, pellicules jamais développées qui marquent le mystère et l’empreinte, l’histoire de Vivian Maier, l’histoire d’une Amérique d’après guerre. Des clichés en noir et blanc immortalisant des regards perdus, une densité et une force des démunis, une vie terrible, tendre, insolite, des destins de presque rien, de pas grand-chose. Des visages comme une intuition, une réponse à des questions ou plutôt une question à des réponses. Des portraits, des autoportraits. Sans complaisance. Cadrés. Lumineux et sombres. Attentionnés. Présents. Comme si de ces images, leur vie dépendait.

Alors qui est cette femme ? Un mystère, un secret, une alcôve invisible, un silence, un effacement rétinien, identitaire, un jeu d’ombres et de lumières ? Un cadrage portrait, autoportrait ? Une folle ou schizophrène ? Une photographe de génie ? Une histoire que nul ne peut dire, tracer, comme une vague que la marée une fois achevée, laisse mourir au pied de la plage, cette même plage où Vivian Maier, elle même, a photographié des corps allongés, fatigués ? Comme une photo jamais développée et retrouvée au fond d’une boite, d’un tiroir, un jour, ce jour où il faut accepter de se séparer de ce qui était un secret.  

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De cette femme et ces photos je ne pourrais me lasser. Me lasser de ces regards vus, de ces regards qui se sont infiltrés en moi, en ont fait un chemin, une empreinte rétinienne et digitale, un regard, une façon de regarder le monde, mon monde, frontalement,  de m’approcher de ceux/ce qu’on ne regarde pas, plus, de ces zones d’ombres et de lumières qui parsèment l’histoire et ont font des champs et hors-champs, des cadrages et focales, des déclenchements, des émotions.  

« Quelque chose de fascinant et d’évident qui s’installe. La sensation, presque physique, d’entrer dans chacune de ses photos, tout entière, et non comme spectatrice passive, appréciant le sujet, le cadrage, la composition. Non davantage l’impression de me glisser à la place de l’objectif, de superposer mon regard à celui de la photographe en le reconnaissant comme mien avec une troublante similitude. » 

Je ne pourrais me lasser de tous ces clichés vus et revus, ces expos, ces images retrouvées, ces livres que je feuillette souvent sans pouvoir m’en lasser, ces sites que je compulse comme pour mieux m’imprégner de son travail, son regard, sa force et sensibilité, sa fragilité et son mystère. 

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Vivian Maier comme un modèle, une trace.
Gaëlle Josse comme des mots qui lui donne acte, vie, grâce, naissance, identité. 

De Vivian Maier, Gaëlle Josse nous retrace un destin, non pas une biographie mais un récit hommage, une mise en abime de ses portraits retrouvés au fond d’une boite. Elle écrit sur sa vie, lui donne relief et densité, complexité et complicité, nous ouvre les tiroirs qui gardent ce secret effacé. L’empathie de l’écriture devient amie, soutien,  aide au regard et à la création, aux reflets de la personnalité de Vivian. Comme dans ses photographies, Gaëlle ne cherche ni à plaire ou déplaire, elle trace, brode le vivant, déclenche l’histoire, donne naissance aux portraits. L’image nait et donne identités, présences, valeurs à celle qui était invisible, effacée, mystère. Elle recompose, et développe, réinvente et recompose, donne naissance à la silhouette qui marchait dans ce New York désabusé, délaissée. Elle crée celle qui a crée son destin, elle tire les photos et écrit sur celle qui n'était qu'effacement. Vivian Maier.

« Le travail de Vivian Maier me renvoie, de façon frontale, impérieuse, à ce que je poursuis en écrivant. Faire passer un peu de lumière dans l’opacité des êtres, dans leur mystère, leur fragilité, ans leurs errances, et dire ce qu’on entrevoit, ce qu’on devine, ce qui se dérobe. Assemblage unique, pour chacun, de chair et de rêves. Au détour d’une phrase, parfois, surgit de notre nudité. Qui va n nous faire face dans le miroir ? Quels anges déchus et quelles enfances oubliées ? » 

Deux femmes qui cheminent côte à côte à quelques années d’intervalles. Deux femmes qui ont ce même respect des ombres et des lumières, cet engagement d’une invisibilité mis en lumière, le constraste des regards, des silences qui sont des trésors et des puissances sonores, visuelles  délicates, sensibles. Deux femmes qui font de l’effacement une mise en avant, un jour comme un contre-jour, un champ dans le hors-champs. Des effacées magnifiques. Dans l’empathie et la juste mesure des mots, des notes. Dans la fragmentation d’une vie, d’un vécu, un éclat retrouvé, une poésie donnant vibration au texte,  sincérité à l’image. Gaëlle Josse comme densification au personnage de Vivian, à cette femme secrète devenue légende. Une émotion sensible comme peut l’être une pellicule. Donner corps, sincérité, tonalité à Vivian. 

« Peut-être qu’écrire, comme tout acte de création, n’est rien d’autre que marcher dans un tremblement de terre, le sol ouvert sous les pieds, d’avancer dans les décombres, dans le dévasté, dans le feu et le bruit. C’est convoquer la mémoire des morts, appeler sur nous des lambeaux de notre histoire et de l’histoire de tous les hommes. C’est tenter de faire de tout ce vacillement œuvre de lumière, de jouissance, œuvre de merveille, d’en faire quelque chose qui dise à chacun de nous, au plus près de la pulsation de son sang, dans ses veines, ce qui fut cette vie, ce que nous y avons poursuivi et ce qu’il est advenu de nos rêves.»

Regarder encore une fois cette photo floue, prise par un inconnu : une femme de dos, dans une rue, une silhouette invisible, voûtée, cassée, un long manteau, une jupe de travers, un chapeau.  

Percevoir l’écho. 

 

Une femme en contre-jour
Gaëlle Josse
Notabilia

 

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03 mars 2019

Thomas Vinau - Ferme ta gueule s'il te plait je suis en train de t'écrire un beau poème d'amour

 file« Tu ranges
Je dérange
On s’arrange »

Des fois on ne sait pas pourquoi on n’y arrive plus. Plus de jus, plus de dynamo pour éclairer au loin comme au près, plus de lampe frontale, la lumière s’épuise.  Le carburant est mort, le café se disperse, le thé se renverse.  Plus d’envie, plus de grâce, plus de mots qui se surlignent, se glissent sur le post-it du matin, s’arrondissent dans la to do liste du soir pour le lendemain. Raz de marée coefficient  116.

Plus rien. 
Tout de
travers.

On a juste qu’une seule envie de crier, de dire et répéter « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t'écrire un  beau poème d'amour ».  Oui mais dans la bouche de Thomas Vinau le ferme ta gueule s’il te plait devient pêché de beauté, calice de délice, caresse de tendresse, verre de gourmandise, siphon de rire, vers qui grime.

« Où es-tu partie cette nuit
Pour revenir
Si loin de moi ? »

On tourne les petits carrés soigneusement découpés. Un par un. On tombe dans les petits miracles de la vie où les émotions se tissent, les sentiments se dessinent à hauteur d'une poésie de rien, de bien, de tout, des mots d’amour qui ne sont pas de l’amour mais des ribambelles de phrases qui partent en fumée comme partent en fumée tout ce à quoi on se raccroche lorsque l’amour et le corps sont fatigués.

« Tu me connais
comme si tu m'avais
défait»
 

Parce que oui « ferme ta gueule s’il te plait », c’est ce petit billet qui se glisse sous la porte, se dépose dans la main lorsqu’elle s’empare de celle adorée. Ce sont des mots qui s’écrivent dans la rosée du matin et se liset le soir au crépuscule du jour. C’est le cri du beau, de l'amour, du tendre, l’épine qui devient dorsale, matrice du corps, tatouage à la cheville, parcelle de peau. C’est la pulpe de tes lèvres qui s’empourpre sous les mots et les caresses malicieuses, mélodieuses, tendres et gourmandes, la maladresse qui surgit parce que soudain la timidité s’épanche, se déhanche. 

« Ma sauvagerie
s’arrondit
sous tes doigts »

Alors pour ces jours où la lumière faiblie, où plus rien ne tient, où la dynamo se rouille au contact du pneu lisse. Pour ces jours de rien, de tout et surtout de celui, de celle, de cette main, de ton sourire, de tes sourcils froncés comme un bouquet d’orties. Pour la beauté de l'objet qui a lui seul vaut tous les papiers, les origamis ouverts et décorés, les cocottes en papier. Pour les sérénades qui ne perdent dans l’orée des bois et des fossés, les soleils qui se cachent dans le rayon de ta fossette gauche. Pour tout ce qu’on arrive plus à dire, mais juste à lire, à deviner, ressentir, sentir, trembler, rire, sourire, pleurer… « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t’écrire un beau poème d’amour » est la plus belle et délicate pensée, la tendre et déclarante beauté d’un homme amoureux face à sa dulcinée, des matins chantants et des soirs lumineux au gré d'une lune malicieuse.

Bref Un Vinau sinon rien. A prendre en vers, rimes ou proses, matin, midi et soir. S'en resservir une bonne louche la nuit en cas d'insomnies régulières.

« Je m’oublie
dans ta main » 

 

« Je n’écris pas vraiment
de haïkus

tu n’es pas vraiment
une princesse qui rote

ta sueur n’est pas vraiment
un sérum de vérité

mais les lions
n’ont pas peur de la neige »

 

 

Ferme ta gueule s’il te plait je suis en train de t'écrire un beau poème d'amour
Thomas Vinau
Editions Les Venterniers

30 décembre 2018

B Reiss, J Nakamura - Notes découpées du Japon

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« C’est le premier beau  jour du printemps et nous décidons de faire une balade à vélo dans le quartier. Nous quittons l’avenue et prenons le chemin piétonnier qui passe dans le dos des maisons et coupe à travers des ruelles et des sentiers étroits. Des  marches en bois ou en pierre descendent des jardins sur la voie. Les maisons sont dissimulées par les arbres et les haies de bambous. Leur entrée officielle, plus large et plus sérieuse, se trouve de l’autre côté.
Par-dessus les murets et les barrières, dans les jardins, les vêtements et es draps sèchent sur des fils dans les coins de soleil. »

 

 Comme une bise qui viendrait nous caresser la joue. Comme des volutes de thé s’échappant de la tasse et procurant ces instants de bien-être, comme ce voisin qui en semaine porte le costume gris réglementaire et qui le dimanche venu endosse la tenue paysanne pour s’occuper de sa potager. Comme ces minuscules gouttes de pluie qui tambourinent la vitre et se fondent au paysage laissant découvrir entre deux éclaircies le Mont Fudji.  Comme ces flaques d’eau dans lesquelles se reflètent les escaliers cachés par les bambous et les feuilles de fougères, la brume et les toits brillants. Comme cette grand-mère qui se cache sous un sac net et propre et laisse échapper ses rides jusqu’aux oreilles découvrant un sourire inoubliable. Comme ces cartes postales déposées sur un présentoir dont les dessins ne représentent rien de précis, un champ, une forêt, une mer avec un point rouge, un na vire ou un ballon…

« Je passe un moment penché sur le présentoir à regarder ces cartes postales : sur chacune la vision se dérobe, glisse, chaque image est en même temps plusieurs, et je sens qu’à force de les examiner, ces cartes ouvrent en moi un passage par où s’échappe un faisceau de désirs ; il va dans toutes les directions, vers toutes les rencontres possibles »
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Comme ces quelques instants où le fugace s’entrevoit et vient déposer sa poésie cachée, celle qui communique, celle qui se laisse entrevoir, se ressentir et donne à rencontrer cette facette du japon, quelques notes égarées des stéréotypes et autres grandes idées.
Rien de grandiloquent ou de somptueux, juste la délicatesse, la communion qui s’opère entre le rien et le soi, entre l’aérien et le concret. Des notes comme une réflexion sur ce que l’on devient, ne voit, ne s’exprime mais laisse en soi ce gout indéfinissable de beauté.

Notes découpées du Japon est une œuvre poétique, un objet que l’on regarde autant qu’on lit, intemporel et pourtant, oh combien, dans un temps défini. Il vibre au son des mots posés par Benoit Ress, comme un regard sur la vie quotidienne, sur ces petits jardins cachés entre deux immeubles ou bureaux, des escaliers qui mènent au pied d’un cerisier mais dont ne prend garde.
Des mots justes, des mots qui décrivent les riens, donnent une dimension au peu et grandissent les néants. Des notes comme des instantanés, des polaroïds capturés d’une vie nipponne que l’on ne regarde plus. Des moments doux, suaves, rieurs ou tristes qui font revenir des sensations, des émotions. 

« En équilibre sur les fils de l’étendoir, les couches de neige se dressent fines, merveilles infimes élevées flocon après flocon. »

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Un petit livre que l’on découvre par fragment, juste un texte par ci, par-là, dépouillé, ciselé, simple, sans se dévoiler ou en dévoiler les mots, les esprits, les émotions ressenties. Un petit livre où chaque mot déposé est une note de musique, une saveur ressentie. Comme des haikus ou des poèmes, une estampe ou calligraphie, une poésie du quotidien, de la vie dont les encres de chine de Junko Nakumara qui accompagnent chaque texte, vient révéler ce clair-obscur, cette part de mystère qui émane, sert de légende à un Japon disparu, à un Japon dont on ne parle plus.

« Si un jour tu veux raconter le Japon, prends des ciseaux, coupe des petits et des grands morceaux et jette tout en l’air »

 

 

Notes découpées du Japon
Benoit Reiss, Junko Nakamura
Esperluète éditions

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27 décembre 2018

68 premières fois - édition 2018

Les 68 premières fois, ces premiers romans qui nous procurent tant de frissons, de découvertes d’un auteur, d’une plume, d’une histoire. Ce quelque chose d’impalpable car nouveau, novateur pour certains. Ce quelque chose qui va plus loin même que la littérature, qui procure des frissons lors des rencontres, des émerveillements et des picotements dans les yeux et les cœurs. Ce quelque chose qu’il est difficile de nommer tellement la force des mots est là.

Les 68 premières fois et ces lectures qui nous donnent cette envie de continuer, poursuivre ces primo-romanciers.  

Et puis surtout les 68 premières fois pour Charlotte, Nicole, Eglantine, la team qui gravite autour Sophie, Joëlle, Claire, Amélie, Philippe et puis vous, vous les lecteurs qui nous suivez, les primo romanciers qui osent, les maisons d’éditions qui jouent le jeu, les attachés de presse, la SGDL qui nous soutiennent. Un grand merci à vous tous. Un grand merci. Sans vous les 68 premières fois ne pourraient franchir les hauts murs des centres pénitenciers, sans la volonté de Charlotte, on ne pourrait ouvrir les portes et croire en la liberté des mots, leurs puissances évocatrices et leur poésie.

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Gaëlle Pingault
Il n’y pas internet au paradis
Edition 2017

De par son écriture enlevée, touchante, les mots choisis, l’angle donné, Gaëlle Pingault (qui se définit comme raconteuse d'histoires) nous plonge dans cette terrible histoire d’une mort programmée avec son rire, son humour, ses petits délices radiophoniques qu’elle nous glisse, nous réchauffe, les bulles du quotidien qui relèvent la sauce, rendent incroyablement humain cette lente destruction, ce lien contemporain qui lie Aliénor à Alex au monde. Elle décortique les rouages, la lente érosion et perte de confiance, d’identité, de confiance, l’estime qui s’effrite, se perd dans les labyrinthes, couloirs et bureaux des Grands Dirigeants.

« Un jour, je ferai la liste de tout ce que je dois à la beauté de l’art. De toutes les fois où elle m’a sauvé du désespoir. Il se  pourrait que la liste soit longue. »

 

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Lisa Balvoine
Eparse

Chacun se débrouille avec ses traces, ses rires, sa vie, ceux qui restent, ceux qui partent, les ex, les actuels, les enfants qui grandissent, les parents qui vieillissent, le temps, la solitude, celle qui surprend un jour alors qu'on ne s'y attend pas. Chacun se débrouille avec ses mots, les phrases qui s'emmêlent, ne se disent plus, les regards qui s'éloignent, reviennent, les rêves, l'espoir, les peurs qui se racontent, celles qui se taisent, celles qui se partagent, celles qui demeurent. Chacun croit, se moque de soi, ironise, essaie de se faire confiance, faire confiance, d'aimer un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Chacun avance dans son puzzle, alignant les pièces qui transforment ce visage, dessinant son contour, son regard.
Pulsations.
Aorte et ventricules. Gauche. Droit.
Veine cave supérieure...
Cicatrices et vie.

«  Et de garder au fond de moi l'assurance qu'un jour les regrets peuvent devenir de doux souvenirs»

 

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Isabelle Carré
Les rêveurs

Isabelle Carré nous emmène dans ses souvenirs, dans les pans de l’enfance qu’elle nous dévoile, nous offre, ces personnages complexes, désarticulés, décalés qui ont partagé sa vie, une mère absente, un père qui avoue son homosexualité, des murs-cicatrices-fenêtres que l’on rêve d’ouvrir, des 33 tours références d’une existence fragile et sensible, des frères fragiles, une danse qui devient scène théâtrale, une réalité transposée au cinéma, joue avec son image, des fragilités qui échappent et structurent, bâtissent, chavirent d’une simple brise légère, du jour au lendemain, sans signe avant-coureur détectable.
Un charme qui se dévoile dans la légèreté opaque d’un contre-jour,  dans la poudre des yeux qui détectent cette part de lumière qui nous habille. Un conte, une tolérance, une belle aux bois dormant qui endosse un costume de scène, se dévoile, parfume avec tendresse, grâce.

« On devait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander  un engagement au vendeur – certifiez moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans,  sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux, qui grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance. »

 

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Odile D’Oultremont
Les déraisons

L’écriture d’Odile D’Oultremont a cette puissance du ridicule qui ne tue pas, de l’absurde qui fait mouche, de la patte d’oie qui rend diablement belle. Laissez-vous glisser, séduire par cette tragédie comique, cette tendresse que l’on ressent pour chaque mot emballé dans un papier cadeau-bonbon, cette bizarrerie que l’on rêve de sublimer et de répartir dans chaque pore de sa peau. Il y a du génie en elle, un génie des temps anciens qui vivrait dans notre modernité égoiste sans chercher à devenir. Il y a du génie swinguant, rieur et désinvolte mais surtout il y a du génie terriblement attachant, terriblement tendre, attentionné, aimant. 

« A l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe »

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Adeline Baldacchino
Celui qui disait non

Adeline Baldacchino a écrit un récit, roman, ouvrage qui est à la fois terrible à lire par les images que l’on se crée, qui sont ce passé qui fait mal, qui rebondit de fenêtres brisées, en cœurs arrachés, et à la fois d’une poésie, d’une écriture qui envoute, se dore d’un romantisme absolu qui nous rappelle les grandes œuvres de Goethe ou de Rilke. Il y a une écriture à suivre, qui ne demande qu'à s'enflammer, à s'écrire et lire. On entre dans une vision apocalyptique, en enfer, tout en sentant la force et la beauté des mots, des sentiments, de cette résistance farouche et sauvage d’un homme qui aimait une femme, la sienne. Puissance poétique.

 « Il vaut toujours la peine d’avoir aimé, même à la folie comme d’être insoumis, même à la folie, ce qui revient peut-être exactement au même. »

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Laurine Roux
Une immense sensation de calme

Une écriture comme une fable, une légende que l'on nous raconte, le soir, assis auprès d'un feu, comme un réceptacle à ce besoin immense de s’unir dans « une immense sensation de calme », de se laisser séduire par les mots, le calme, d'oublier l'espace d'un instant notre cocon. Un monde loin de tout. Et une écriture magnétique, envoutante qui nous propulse auprès de ceux qui connaissent l'amour et la mort, le côtoiement infime et la lumière qui amène vers la paix en soi.

« Il y a des gens qui sont bâtis pour exister toujours, leur corps éblouissant érigé pour résister aux assauts du temps, de la maladie et de la mort. Des anatomies de soleil et d’éclat. »

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 Guillaume Para
Ta vie ou la mienne

« Ta vie ou la mienne » est un roman qui traite de ceux que la société renie, oublie. Il y a le chic des banlieues dorées où les cris se taisent et les sourires rutilent, où les possibles sont plus qu’une certitude, où devenir est certain avec le foot qui devient le passeport d’une vie, la jeune bourgeoisie qui encourage le labeur et les rêves. Et puis il y a les différences qui malgré tout, restent.  L’impossibilité d’échapper à son destin, à ce visage de jeune de banlieue, à ces stéréotypes de caïd et malfrat. Une peinture sociale de notre époque hélas plus que présomptueuse et classée.

« La colère rend prisonnier, c'est la pire des cages. »

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Gabrielle Tuloup
La nuit introuvable

La nuit introuvable est ce livre que l’on pose, découvre entre deux pans de notre mémoire cachée, un livre qui nous fait redresser la tête, apercevoir et voir ceux qui nous sont proches, nos aimants, nos parents, nos aïeuls. Un livre comme un talisman, un puissant viatique qui nous restitue chaque caresse, odeur, silence, geste. Comme un baume, il nous console, nous apaise de la peine, cette culpabilité qui nous assomme, nous brouille la vue, l’amour. L’émotion nous saisit, les sentiments demeurent, se regorgent et nous entraine dans ce vaste temps d’un amour apaisé, retrouvé, dans ce sas où les impossibles deviennent non pas possible mais sereins, calmes, doux, forces, vie, dans une nuit enfin retrouvée.

« Il y a des espaces de sa vie que l’on n’habite pas. Des espaces où on aurait dû apprendre à accueillir sûrement. »

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Nathalie Yot
Le nord du monde

Une écriture brute, qui nous embarque sans nous laisser le temps de souffler, respirer. Comme dans la fuite vers ce Nord, on court après une vie qui se perd dans l’errance. On marche à la dérive. Sans boussole. Sans pause et arrêt. Des mots comme un enchainement glacial, dramatique, euphorisant de griseries et de libertés extrêmes. Une écriture comme un scalpel qui entaille les chairs, ouvre les plaies, gratte. Des phrases fortes comme des diamants bruts, purs, sans la moindre poussière ou résidu nous amenant vers l’absolu, la faute ultime, la folie des résistances, le glissement glacial, la perte des repères.
Du grand art. Du très grand art pour un premier roman. Une claque. Un diamant d’une extrême rareté. Et un nom à retenir, celui de Nathalie Yot, écrivaine à n’en pas douter, poète à découvrir absolument.

« L’amour quand il prend toute la place, c’est l’ennemi. On ne pense plus à être honnête. Ni avec soi-même, ni avec personne. »

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Peire Ausssane
Deux stations avant Concorde

Et il y a « deux stations avant Concorde », deux stations où l’on accepte enfin d’entrevoir autre chose, de changer notre destin, de comprendre les remparts, les peurs et craintes que l’on se dresse, de tendre la main vers soi, de prendre pleinement conscience de cette compassion qu’on ignore. Deux stations comme  un rendez vous avec soi, un instant où l’on tend la main vers autre chose que la souffrance, la douleur,  qui nous étreint. Deux stations comme une lumière qui se diffuse, infuse et laisse percer ce qui est le plus beau et le plus fort de soi, ce qui nous anime, nous laisse entrevoir que sans cette lumière, sans ce soi, nous ne pourrions poursuivre notre voyage.

«  Je suis la matière, l’asphalte de mes semelles qui luttent contre l’eau, l’air frais du matin que mes mains balaient en rythme, les larmes ou les sourires que je devine derrière le masque des gens que je croise. Je suis l’un des milliards d’atomes qui constituent le spectacle de la vie en même temps que ce spectacle se joue tout entier en moi. »

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Julie Estève
Simple

Il y a un vrai souffle qui se dégage de ce deuxième roman de Julie Estève, un souffle comme le mistral qui emporte tout, nous laisse béat et muet, au bord de ces rivages caillouteux, arides, secs et pourtant si beaux, naturels, forts de leurs histoires et passés. Il y a la force des éléments, la minéralité du lieu et des mots, la poésie du chant du vent et des personnages qui  entrent en action, la brutalité des rencontres et d’un monde qui rejette la faute sur les innocents qui ne peuvent se défendre, ceux qui n’ont comme arme, que leur cerveau fissuré, ébréché, ceux qui se promènent avec des cailloux, grimpent aux arbres pour embraser la vue, la vie, se prennent d’amour pour la première femme venue qui leurs accorde une oreille passagère, un regard ou un pas de côté. 

« C’est pas parce qu’on est abîmé qu’on est plus bon à rien. »

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Olivier Liron
Einstein, le sexe et moi

 Olivier Liron fait de ce récit, une histoire pied de nez où l'humour vient déposer sa tendresse, où l'amour de la vie se fait plus fort, doux, lumineux, où les émotions se vivent intensément et font de cet homme, un homme à part entière, sa part à lui, son soi, son simple soi. Un homme autiste Asperger mais avant tout un homme. 
La différence ne se voit que parce qu'on la désigne, la vit. A chacun de faire en sorte de n'être jamais dans un moule et de faire de sa vie, une fête tendre, la plus tendre possible et de rester insoumis contre ce qui nous révolte.

«  Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n'y a plus qu'attendre la mort en essayant d'être tendre avec soi, le plus tendre possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête. »

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Vincent Villeminot
Fais de moi la colère 

Parler de « fais de moi la colère » est narrer ses émotions, exprimer ce qui ne s’exprime pas mais se ressent au plus profond de soi, secoue, fait ressurgir de multiples images et conflits, amours et douceurs, désirs et beautés sauvages quasi primaires. C’est indéniablement un roman qui se vit dans sa chair, ses entrailles, engloutit et relève, farfouille et donne à apercevoir la folie humaine, la quête des sens, de l’humanité.
Il nous happe, nous emporte loin des rivages, de nos rivages, vers des fosses inexplorées, là où la bête, la sauvagerie, sommeille en nous, en l’homme. Il est un Léviathan, un monstre marin dont on ne connait la tête, sa monstruosité et qui surgit des enfers, se révoltant contre l’homme et sa quête absolue de convoiter les biens, l’orgueil. 

 

« Sommes-nous tous ainsi, habités par des monstres ? Sommes-nous encore des hommes et des femmes ? Sommes nous pires que cela ou simplement cela ? »

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Delphine Roux – Qu Lang
[Konkoro]
Edition 2015 – réédition 2018

[Kokoro] est une pépite. Une de celle que l’on se surprend à relire, à retrouver avec toujours cette même beauté, ce raffinement, cette douceur suprême propre à la culture japonaise, à cet envoutement enveloppant, renouant avec la vie, l’instant d’un bonheur partagé, une enfance qui n’est plus mais qui permet d’avancer. Il est comme un fil conducteur, un fil de vie, une approche lumineuse et d’une douceur lovante, caressante, pénétrante. [Kokoro]  est de ces lectures que l'on note pour ne pas oublier.

« Je savais qu'il faudrait du temps pour que les chocs de toutes ces années sourdes se muent en cicatrices douces au toucher. »
« Du courage alors. Oui j’en aurais. A ma petite façon. »

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Guy Boley
Quand Dieu boxait en amateur

Dieu qu’il est beau, ce roman. Dieu qu’il est beau ce dernier fils de Dieu, ce Dieu aux gants de boxe et au cœur remplit d’humanité. Dieu qu’il est beau cet amateur du ring et du théâtre, cet être au pagne de papier maché qui vit et donne tout dans ce qu’il est, sa chair, son cœur, ses tripes, son amour, son armure de fragilité. Dieu qu’il est beau et vivant de l’entendre, le voir suer, devenir cet être qui le sanctifiera à jamais aux yeux de son fils, aux yeux de celui qui devient cet homme écrivain, cet homme d'encres. Dieu qu’il est fort comme un boxeur au cœur bien plus grand que tous les Dieux vivants et morts.  Ce père, ce héros.

« Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore. » 

 

68 premières fois
Le petit carré jaune

 

Composition 2 pele mele auteurs