Le blog du petit carré jaune

23 février 2018

Christian Bobin "Le Christ aux coquelicots"

 

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« Tu viens quand plus personne ne peut nous consoler : tu enterres secrètement celui que nous aimons au fond de notre cœur – bien à l’abri du temps. »

J’ai ouvert ce petit livre à la couverture jaunie comme on ouvre un délicat trésor, une précieuse lettre vivante de mots, de consonnes et voyelles, de cet espace chantant, sensible, poétique, quasi divin.
J’ai ouvert lentement, découpant page par page, feuillet par feuillet. Là doucement, dans le silence du jour naissant, les phrases se dévoilaient dans la clarté naissante de l’aube. Bobin.

« Je t’écris dans la lumière. J’ai besoin de ta lumière pour écrire. »

Il y avait dans ces mots que je déchiffrais à la lumière du jour, une profonde inspiration, ce moment de pause que je retrouve à chaque fois, ce long silence qui s’installe en moi comme une respiration nécessaire, un apaisement à la vie, mouvant instant incandescent.
J’ai ouvert, lu et s’est posé en moi cette solitude nécessaire à la concentration, la retenue, l’inspiration, l’union. Bobin comme un baume, comme une île qui s’impose.

« Il y a des îles de nuit dans le plein jour. Des îles pures, fraîches, silencieuses. Immédiates. L’amour seul sait les trouver. »

Je lisais à pas de loup, à pas feutrés, pour ne pas déranger l’ordre des mots, l’étoffe soyeuse des phrases. Je lisais comme on trouve la beauté des riens, des tous, du silencieux silence, du tendre instant recueilli dans la brise neigeuse du moment. Dans un souffle long et nécessaire. Un souffle de vie. La feuille un peu plus épaisse, le coupe-papier posé à mes côtés, la phrase noire se découpant sur le fond jauni, le doigt crissant sous le granité de la page. Délicieux moment de ce qui fait une lecture savoureuse, tendre, délicate. Un pétale de coquelicot.
Comme je rentrais d’une vie agitée, d’une vie qui refuse de s’ouvrir au temps, au monde, j’entrais en moi, dans une maison, « je rentrais dans les yeux des gens. Je ne voyais pas le reste ». Qu’importe la voute céleste, la partition de la journée étoilée, les yeux vides de ceux qui ne regardent plus, qui n’entendent plus, j’ouvrais le temps de ce passage, de cette venue, arrivée.

« Maintenant nous sommes dans l’ère des yeux vides. Tout me blesse en dehors de ce temps que j’ouvre, pour que tu y passes. »

La vie possédait la clé, la porte était grande ouverte. Le souffle paisible entrait dans le jour naissant. « J’ai sonné à leur porte, celle où il y a une petite clochette au son si magnifique. Mais personne ne m’a ouvert. Toi seul. »
Nul bruit, nul présence, le monde autour de moi, autour de toi. La vérité généreuse du cœur, du vent, ce qui arrive lorsque les yeux s’ouvrent, lorsque les visages se réveillent au son du soleil montant. La blancheur de la ville raisonnait dans la lente résonnance de la flamme. La pensée renversait les sages, se reflétant à la lueur des timides, ceux qui retiennent leurs paroles, leurs pensées de peur de les voir troubler la flamme. La vie devenait contagieuse « traçant un chemin dans le sommeil doré des blés », ressuscitant le souffle du cœur, la chaleur fiévreuse de la brûlure de l’âme. « Ton cœur brûle à l’intérieur de ton silence, comme une bougie à l’intérieur d’une lanterne ». Dehors la pluie vrombissait de ses trompes d’eau glissant sur les carreaux, la poudreuse blanche heurtait les fenêtres et les barreaux. Le céleste se divisait et l’univers entrait dans les cœurs, « comme un rosier [enflamme] en l’absence d’un jardinier », « un tigre de douceur ».

Bobin tournoyait dans ses mots. Nul doute, la sagesse se tournait vers le divin, vers une rosée de coquelicots qui éclatait dans la vérité de la vie, du souffle, de la richesse et la fragilité des âmes. Un coquelicot parmi les autres. Ce que les hommes désirent de leur vie, de leurs chemins, de leur terre arrachée. Un recueil sur l’amour, sur le fragile pétale qui éclot et se meurt.

« Je veux bien souffrir, mais je ne veux pas désespérer. Je ne laisserai personne éteindre en moi la petite lampe rouge de la confiance. Chaque jour j’attends tout. »

 

 

Le christ aux coquelicots
Christian Bobin
Editions Lettres Vives


21 février 2018

Daishu Ma "Feuille"

9782917897195_cgUne ville où toute vie semble s’être arrêtée, où la moindre particule d’air semble s’être dissoute dans un semblant de canalisations transformées en un vaste réseaux de tuyaux urbains, où la poussière, la polluution, la saleté, les détritus prennent le pas sur le bruit sonore et ambiant, détruisant la nature, le vol des oiseaux et les feuilles restantes.

Une ville où le temps s’éternise, s’écoule au rythme lent de ce qui ne se passe plus, ne s’entend plus, ne se regarde plus. Une ville où finalement les habitants s’habituent à ne plus se parler, se voir qu’entre deux ampoules d’une clarté grisâtre bleutée vacillante, dans un brouillard dense qui obscurcie un ciel gris. Une ville où les feuilles des arbres tombent au gré d’une pollution présente, où les racines ressemblent à de longues griffes sortant des tuyaux sonores et capteurs de paroles, de feuilles volantes.

Emmitouflé dans son pull et écharpe, un homme marche dans la forêt et est interpellé par une feuille d’un bleu phosphorescent, translucide. La ramassant, il entre dans une autre dimension, celle du questionnement, du raisonnement, la raison qui lui fait décider de ne plus entrer dans cet engrenage, dans ce fil d’une tuyauterie-usine qui semble gouverner ce lieu, cette ville, sa vie, dans ce sentiment d’usure et de rythme pernicieux qui l’étreint.

 

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Un roman graphique muet captivant, envoutant, sur ce besoin de nature, d’air, de lumière qui nous entoure, nous envoute, fait réfléchir, agir, rêver, nous bouleverse, sauve, nous fait espérer un monde nouveau, un univers où la nature reprend ses droits et nous donne foi. Un roman graphique construit après le tsunami et la destruction de Fukushima, de la terrible mise en question de l’homme et sa responsabilité face à la nature, son pouvoir destructeur et sa motivation à faire naitre un monde nouveau.

Il y a quelque chose de poétique, d’interrogatif dans ce roman, un graphisme qui devient onirique et qui pourtant nous interpelle dans nos émotions, nos replis humains, dans nos questionnements face à notre monde, notre pouvoir destructeur et cette volonté qui nous réveille, nous procure un choc, un espoir à retrouver, à reconstruire un monde meilleur, un monde lumineux, un monde où les hommes se regardent, se comprennent, s’interpellent, s’humanisent, sont solidaires, se secondent.  

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Le crayonné est, quant à lui, d’une douceur et d’une poésie délicate, folle. Tout en finesse, en trait et crayon gras, pointe de mine grise, agrémentée d’une touche de ce bleu azur et d’un jaune éclatant. Tout en douceur, il raconte à lui seul ce monde qui nous entoure, nous interroge, nous pousse à regarder chaque case comme un trésor, une question, une remise en question face à la nature. Et si la feuille est une ramification, une naissance, un prolongement de l’arbre, cette feuille est aussi une image, une allégorie de la vie silencieuse qui nous pousse, nous interroge face à ce monde qui nous entoure, ces tâches quotidiennes, ces univers polluants, un monde sans vie ni oiseau, ni émotions.
D'une simple page ou de case se repandant en gaufrier, l'univers se tisse, se trame, donne, modèle ce monde fait de canalisations, tuyaux. Tout est en énigme, envoutement, mystère et comme les ombres des personnages, au fur et à mesure des pages tournées, la lumière jaillit, devient, illumine.

Un roman graphique qui demande attention, questionnement, fait réfléchir et mouvoir dans nos idées, nos pensées, nos idéaux. Un roman qu’on pourrait presque qualifier de politique si la poésie qui s’en dégageait n’était pas si délicate, si douce, tendre, juste. Mais n’est-ce pas aussi le rôle de la poésie de nous remettre en question et nous interroger, qu’elle soit faite de mots ou graphismes, de proses ou de traits.

Un roman graphique qui interpelle, fait songer à ces cycles de vie, qui se détruisent et renaissent au rythme des saisons et de la participation de l’homme à sa perte, sa destruction, sa construction.

 

Retrouver les BD de la semaine chez Stéphanie.

 

Feuille
Daishu Ma
Presque Lune

 

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18 février 2018

A Camus et M Casarès "Correspondance 1944 - 1959"

 

 

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«  lundi 6 février 1950 

Au fond, très au fond de moi, j'ai toujours gardé, naturellement la certitude de te retrouver ; sinon comment aurais-je pu supporter ces longues heures mornes qui passent, qui glissent impitoyablement dans leur course effrénée et devant lesquelles, je me suis arrêtée, stupide et épouvantée ? Oui, quelque chose de plus profond, de plus grave et de plus véritable que mon imagination déjà usée et impuissante, m'ont retenue à toi, à nous, à moi-même ; c'est la terre, le ciel, la mer, la respiration que tu as mis en moi ; c'est la vie même que je ne connais vraiment que depuis que tu es là, en moi ; c'est cette douleur sourde qui gronde au milieu de moi, cet étirement sans fin vers un but qui me semble chaque jour plus lointain, plus insaisissable, plus abstrait mais aussi plus nécessaire, plus vital. Par quel miracle dois-je t'aimer davantage à mesure que ton image s'éloigne de mon souvenir ? Je ne sais pas mais c'est ainsi, et je ne connais pas de pire souffrance que celle qui s'efforce en vain de recréer des chers disparus. 

m.V. »


On ne parle pas de ce livre, ce recueil, ces longues lettres écrites. On ne les résume pas comme on ne résume pas une vie. On le garde soigneusement en soi. On entoure ces  papiers parfumés d’un fin ruban de satin, les conservant précieusement dans une boite qu’on ouvre certains jours comme pour mieux se rappeler cet amour au goût et douceur d’éternité.
On ne parle pas de cette correspondance entre deux êtres aux caractères aussi déterminés que l’est la vie, que l’était Albert Camus et Maria Casarès.
On n’en parle pas, on s’en fait un manteau, un drap, une longue et généreuse lecture qui nous emmitoufle dans l’intensité de la relation, de la beauté amoureuse des mots, dans la singularité de la vie qui devient passion.
On ouvre au hasard et on ressent intensément cette communion, cette beauté passionnelle, cet amour intense, douloureux, vivant, fusionnel. On se délecte de chaque lettre, télégramme, mot, point ou virgule. 

On pourra me dire que ces mots sont d’une parfaite nostalgie d’un temps passé, qu’il ne serait plus possible de formuler de telles phrases dans notre ère numérique aussi frivole et incertaine. Qu’importe. Lire la correspondance de Camus et Casarès est comme un baume nécessaire, une écriture qui explose de désir, de lumière, de la souffrance des séparations et des éloignements, des désirs vitaux et nécessaire des retrouvailles, des forces et soifs qui animent. C’est le feu du volcan qui embrase les corps, les mots, les lettres. C’est la douceur de l’amour dense et réconfortant qui vient se frotter à votre cœur. C’est la volupté de la langue qui vous embrasse le cerveau, la langue, le corps tout entier.  

Je ne saurais vous dire tout ce qui me touche, me procure cette correspondance, tout ce qu’Albert Camus a pu glisser à Maria Casarès. Tout ce que je sais, est que ce recueil ne quitte pas ma table de chevet, qu’il m’est indispensable comme l’est l’air, la vie, la main, l’amour. Comme l’est une correspondance que l’on entoure d’un ruban de satin, que l’on glisse dans une boite et qui nous souffle que l’âme aimé est là, juste là, près de nous, à nos côtés. 

 

14 février 1950 – 15 heures 

Ah mon amour, que je t’aime. Tous mes sens, tout mon cœur te savourent et te caressent […] Chérie, chère amour, merveilleux, je bois ta bouche, comme alors. Et je me noue à toi pour toujours.

A. 

14 février 1950 – mardi soir 

Je t’aime. Je t’aime. Je voudrais aussi te tenir dans mes bras et te regarder dormir. Tu vois comme je suis chaste ! Malheureusement je crois que je te réveillerais doucement mais vite !
A demain mon chéri.

m. V. 

 

Correspondance
Albert et Maria Casarès
1944 – 1959
Gallimard

 

 

 

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16 février 2018

Cruschiform "Colorama"

 

A66653« Du bleu délicat d’un ciel découvert au rouge puissant du coquelicot, du vert des lichens au jaune musqué des engins de chantier, du plumage du flamant rose au violet de la betterave qui laisse ses empreintes, du kaki des uniformes militaires au beige duveteux des moutons, du noir parfumé d’ne pastille de réglisse au jaune orangé d’une perle d’ambre, du gris bleuté des torrents glaciaires au gris poli des galets sur la plage, du bleu profond d’une nuit étoilée au blanc immaculé des paysages enneigés… »

Qui a-t-il de plus beau que la richesse d’un univers coloré, une planète faite de mille couleurs resplendissant sous nos yeux, rosissant nos joues, s’épanouissant dans l’air tel un bouton d’or sous notre menton. N’est-il pas incroyable de voir cette capacité à colorier un monde et le rendre plus doux, sauvage, tendre, rieur, farceur, dur, nuancé. Un bonheur tout simplement. Un bonheur coloré comme le monde peut l’être, l’est.

Un imagier univers nuancier, univers ©Pantone, univers Cruschiform alias Marie Laure Cruschi, univers peinture et crayons de papier, feutres coloré. Un imagier  nous faisant parcourir un monde rose des sables (©pantone 049), le bleu pierre azur (©pantone 087) ou lapis lazuli, un bleu pétrole – du latin petra et oleum (en plus on apprend en s’amusant) (©pantone 113), un jaune pollen ou vient se poser quelques abeilles au cœur léger (© pantone 058)…

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Bref un vrai univers comme une chasse au trésor, des émotions, des sensations. Un univers qui nous ouvre l’horizon, met en balance nos impressions, contredit nos habitudes. Un graphisme des imagiers les plus inventeurs, doux, tendre, original. Les couleurs s’épanouissent et reflètent une palette incroyable, indéfinie allant du blanc neige (à différencier du blanc lait) au noir mine de plomb (autre que celui appelé communément réglisse) en passant par les roses cochon, les coquilles d’œufs, les bleus touareg, les diabolo-menthes, les violets d’évêque ou les rouges terre battue.

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Un inventaire de nos tubes de peinture, crayons feutres, de couleurs, pastels. Une source inépuisable de dessins tous plus beaux les uns que les autres, d’un graphisme recherché et à la fois très simple. Un graphisme qui rappelle automatiquement le pourquoi de cette couleur, son histoire, sa dimension. 

Un imagier qu’on a envie de chiper à nos petites têtes de couleur juste pour le plaisir de se balader de pièce en pièce chez soi, et de remettre de la couleur dans nos vies édulcorées. 
Banco … c’est gagné. D’ailleurs je vais de ce pas choisir un ©pantone page du hasard et redynamiser d’une touche de gaieté ce petit jaune carré (©pantone 055)


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« Toutes ces nuances font la richesse de notre univers. Il suffit de prendre le temps de bien les observer pur en percevoir toute la subtilité. Elles éveillent nos sens, suscitent des émotions, questionnent notre sensibilité… Et si l’on regarde le plus près encore, elles ouvrent de véritables fenêtres sur le monde ! »

 

Colorama
Imagier des nuances de couleurs
Cruschiform
Gallimard

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14 février 2018

Yunbo "Je ne suis pas d'ici"

 

Je-ne-suis-pas-d-ici« C’est au début de l’automne que j’ai quitté toutes ces choses familières… Et pour la premières fois de ma vie, je suis partie loin. Très loin. » 

Je suis rentrée dans cette bande dessinée sur la pointe des pieds, la pointe du crayon de papier qu’Yunbo utilise. Une couverture qui ne m’attirait pas, me laissait perplexe même, un dessin étrange entre manga et graphisme européen, un mélange d’univers, de mondes, de styles. Un quelque chose d’indéfinissable et d’étrange même.
Et puis je me suis prise au jeu, à la lecture, à ce rythme lent, intime, émotionnel et dépouillé. Un rythme comme seul savent le faire les mangakas, les maitres asiatiques. Ces histoires où les émotions surgissent à fleurs de peau, les dessins sont à la fois minimalistes et recherchés, fouillés. Je me suis laissée submerger par son histoire, son récit intime, sa quête d’une identité entre deux pays, deux nationalités, une Corée du Sud oscillant entre modernité et enracinement et une France emprunt d’ouvertures et de conventions bureaucratiques.

Oui je suis rentrée vraiment sur la pointe des pieds et au bout de quelques vignettes, j’étais renversée, subjuguée par ce récit, la poésie qui se décrivait, la mélodie lente et sensible, le crayonné hésitant et à la fois recherché, donnant à cette histoire son étrangeté, sa ligne de conduite, son fil dessiné.

Eun-mee est coréenne. A la recherche d’un nouveau souffle, une expérience culturelle et enrichissante, la jeune fille décide de partir en France pour étudier la langue, tenter de rentrer dans une école d’arts afin d’améliorer son crayonné et de revenir, une fois le diplôme en poche, en Corée pour décrocher un précieux sésame professionnel. Mais comment faire lorsqu’on ne possède que pour tout bagage, sa propre culture, un dictionnaire, quelques mots appris consciencieusement et des tonnes de différences sociales, culturelles et identitaires ? Une intégration quasi impossible quand on arrive dans un pays étranger sans connaitre quiconque, sans comprendre un traitre mot, où les règles d’usage, les coutumes habituelles sur laquelle nous ne faisons plus attention tellement elles sont ancrées dans notre quotidien, notre façon d’être.

Et on suit Eun-mee, sa mélancolie, sa solitude, sa recherche d’amis et d’intégration, ses questionnements basiques et recherchés, son identité qui se perd et prend l’apparence d’un chien,  cet animal docile et domestiqué. Une étrangère à tête de chien, qui ne sait plus si elle doit rentrer ou rester, être ou ne pas être, se rendre visible ou devenir transparente.

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Un album d’une magnifique mélancolie, d’une poésie aérienne et sincère, d’un trait fin et hésitant qui une fois accepté devient une ligne, un trait sensible, un envoutement dépouillé, doux et rejoint les esprits des mangakas. Yunbo retrace avec une délicatesse extrême la sincérité des relations humaines, la difficulté face à son identité et l’intégration, les codes sociétaux liés à sa culture et ceux qui en résultent sur le territoire français.
Elle aborde la question de l’enracinement et de son contraire, le déracinement, la dure réalité à assimiler le quotidien et le retour au pays d’origine. Comment être quand on est étranger dans un pays où on ne possède pas les clés et revenir chez soi, après une longue absence, et se rendre compte que rien n’a bougé à part soi. Casser les choix, les codes, les images, les visages, les identités. Le tout dans un récit d’une très grande délicatesse et d’une sensibilité qui nous fait tourner les pages, découvrir le/les personnages, s’attacher à eux, à son parcours.

Quant au graphisme, si au début j’éprouvais une très grande hésitation, il n’est ni plus ni moins le cheminement, la prolongation des questions/réponses, étrangeté dans lequel vit l’autrice, ce parcours emprunt de doutes et de crayonné hésitant, de cette invisibilité qui l’a gagne, de l’imperfection qu’elle ressent. Il y a à la fois une quête et une vraie démarche, une lenteur qu’on s’approprie comme on s’était approprié les codes de L’homme qui marche de Jiro Taniguchi. Une lenteur et des hésitations nécessaires pour entrer dans cet univers, cet étrangeté étrange d’être étranger.

« Ce matin, la curiosité, l’excitation et la confusion sont au rendez-vous. Tout m’intéresse : le paysage, les immeubles, les arbres, les odeurs. En Corée, j’étais la fille, la sœur, l’amie, l’étudiante qui aimait travailler toute la journée dans les cafés, manger dans les pojangmacha, discuter peinture ou cinéma et se promener dans la nuit des néons. C’était moi avant. Mais ici, qui suis-je ? »

 

Une belle découverte que je dois encore une fois à Steph et son bar à Mo. Les BD de la semaine sont à retrouver chez Miss Noukette et son superbe blog qui va encor une fois nous révéler des pépites (il faut le dire ce rendez-vous BD est fou et essentiel)

 

Je ne suis pas d’ici
Yunbo
Warum

 

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Posté par sabeli à 02:00 - - Commentaires [37] - Permalien [#]
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