nos-vies" Je suis seule, je suis nue et j'ai mal. Tu souffres bien davantage, je le sais. Maintenant que la paix va t'être enfin accordée, je ne devrais pas tant gémir. Ce soir je cède à la douleur. J'ai tant résister. Chaque jour, une nouvelle lutte avec ma peur et je crains qu'un jour celle-ci triomphe de mes forces.
Mais était-ce encore ta vie, cette agonie de chaque jour qui va prendre fin ? Où es-tu, si loin de ce que tu as été ? Je n'ai pas eu la force ni le coeur de te voir ainsi. Pardonne-moi ma faiblesse.
Comme je voudrais être à la fin de cette nuit.
A cet instant, vois-tu, une seule question me hante et me glace. Allons-nous seulement nous reconnaître, mon amour ?"


Tout part d'une lettre reçue par François Vallier, pianiste virtuose de renommée internationale... 

" Bonsoir Monsieur Vallier,
Je visite souvent votre site et je me permets aujourd'hui de venir vous y témoigner ma reconnaissance. Grâce à vous, la musique fait partie de ma vie et je tenais à vous le dire. J'espère avoir la chance de vous entendre un jour en concert.Bien sincèrement, Philippe Margeret.
P.-S. : La façon dont j'ai découvert vos enregistrements vous surprendra peut-être : je suis infirmier psychiatrique à Valmezan dans les Hautes-Pyrénées et l'une de nos jeunes patientes écoute vos CD à longueur de journée, ceux de Schumann en particulier, et j'ai eu envie de les acheter."

Cette lettre c'est l'histoire de sa vie : Sophie, sa Sophie, son amour de jeunesse. François va, du jour au lendemain, tout quitter pour essayer de rattraper ses erreurs et le temps perdu. Il veut retrouver le temps, rejouer cette partition. " Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles...". Il se retourne, fait le point avec sincérité et lucidité sur son passé, pas tendre avec son caractère et avec lui. 

Ce roman peut être pris tel qu'il est : un acte manqué, une erreur de parcours, un mauvais concert, une musique stridente, des accords non mélodieux. : l'histoire d'un homme, égoïste, jaloux, abjecte qui à l'aube d'une nouvelle vie veut renouer avec son amour de jeunesse, un accroc dans sa vie. J'aurais pu m'arrêter là, je l'avoue. Mais Gaëlle JOSSE m'a entraînée dans la spirale de ses mots, dans la volupté de ses notes, dans la grâce sa partition, dans la musicalité de ses accords. 

J'ai succombé à ce roman. Au fur et à mesure de sa lecture, il s'est hérissé de post-it. Mon carnet s'est recouvert de mots, de phrases découvertes. C'est un petit bijou, un diamant à multiples facettes souvent mystérieuses, une peinture colorée où notre regard chavire et notre coeur puise une force insoupçonnable. C'est un tiroir à mémoire enfouie, un secret, une faille, une délivrance à notre capacité d'aimer, à partager, à s'abandonner à l'autre, à accepter l'inconnu, l'imprévisible. C'est la petite musique mystérieuse de nos vies qui se joue, une sonate, le carnaval de Schumann en fond sonore. 

Et cette phrase :" Elle ressemblait à un voyage, ou plus précisément à ce moment du voyage où, encore loin de la destination envisagée, tous les repères familiers et les habitudes se sont effacés, dilués à un point tel que l'on doute de leur existence. C'est un temps de flottement, d'incertitude, mais aussi de ravissement, de curiosité et de totale disponibilité. Nous habitions une poignée de mots. Nos océans.»

J'ai succombé à l'écriture de Gaëlle JOSSE... Et pour vous dire la vérité, je n'attendais qu'une chose : la rencontrer. C'est chose faite et je n'ai aucun regret. Gaëlle JOSSE est comme ces romans, d'une sincérité, d'une humanité, d'une bonté d'âme... Je m'empresserai donc de déguster son dernier roman qui m'attend sagement sur le haut de ma pile "Noces de neige" que nous pouvons retrouver chez L'insatiable Charlotte (encore une fois) ou chez mon amie Séverine qui sévit voracement sur Facebook (j'attends impatiemment la mise à jour de son blog).

 

Nos vies désacordées
Gaelle Josse
Autrement