"Un printemps à Tchernobyl" - Emmanuel LEPAGE

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, quatre lieues, quatre sentiers  .... "Un printemps à Tchernobyl " est la bande dessinée à posséder, à avoir d'urgence dans sa Bib à Bulles. Un gros gros gros coup de coeur du Petit Carré Jaune. Et, vous commencez à me connaître, quand le coeur du Petit Carré Jaune fait boum boum boum boum, c'est un signe d'excellence, d'émotions à fleurs de peau, de sentiments, de ressentiments... Bref de qualité extrême. Du grand, du très très grand art. J'ose, "Un printemps à Tchernobyl" est un véritable chef d'oeuvre.

 

Il faut dire aussi que NouketteLeiloonaJérôme, Miss Alfie, Antigone, Stéphie des mille et une page m'avaient mise l'eau à la bouche par leurs billets. Et j'avais encore en tête le très beau roman Elisabeth FILHOL, " La Centrale ". Je voulais donc découvrir absolument cette BD, cette oeuvre qui était soi disant magistrale. Mais je ne désirais pas pas non plus me ruer dessus (je me méfies tellement des coups de coeur, des déferlements d'émotions, des ouah...) Je me suis donc dirigée vers ma librairie préférée et ai été à sa découverte. 

Couv-Printemps-Tchernobyl-web

 

" Un printemps à Tchernobyl " aurait pu être une oeuvre noire, morbide, terrifiante, véhiculer les images les plus sordides, terribles sur ce monstre invisible, ce crocodile rampant, sur nos terreurs primaires liés au nucléaire. Il n'en ai rien, je peux vous le promettre. " Un printemps à Tchernobyl" est une ode à la vie, à la force qui nous pousse de toujours recommencer, à combattre le Terrible, le Terrifiant, l'Invisible.

L'histoire commence d'ailleurs de cette façon. Un long voyage en train vers l'inconnu, cette masse imposante qu'est Tchernobyl, son histoire, sa centrale nucléaire, sa catastrophe du 26 avril 1986 (Fukushima, caisse de résonance).

"Ferme les lucarnes... Il y a un incendie à la centrale. Je serai vite de retour. Les miliciens criaient : près des voitures. La radiation bloque les compteurs... Ne vous approchez pas ! Nombre de médecins, d'infermières et surtout d'aides-soignantes de cet hopital tombèrent malades... mourraient mais alors personne ne le savait. J'étais enceinte. Mais comment pouvais je le laisser ? Lui me supplie : pars sauve le bébé ! "

 

Dès les premièrILLU_LEPAGE_Printemps_a_TCHERNOBYL_a1es bulles, je suis éblouie. Dès la première page, je suis irradiée. Le Césium  137 en forte dose, contaminée. Je ne décroche plus, droguée, mis knockout ! L'histoire (l'association Dessins d'acteurs a installé une résidence d'artistes à Tchernobhyl), la narration (sous forme de carnet de voyage, de récit), les couleurs utilisées (du noir au blanc à la couleur via le sépia), la technique picturale, graphique (fusains, aquarelles, encre de chine, pastels, crayons...), tout m'a subjuguée. En transe...

 

Emmanuel LEPAGE a su nous retransmettre toutes ses émotions, ses sentiments, ses coups de coeurs, la vie, l'amour de ce bout d'Urkraine. Il ne s'est pas contenté de raconter son périple, non ! Il a fait plus fort, plus beau. Il nous a rendu la vie, les visages heureux des enfants, les partages, la générosité, l'âme slave (chère à mon petit coeur de Carré Jaune), les chants, (les citations d'une chanson d'Anne Sylvestre en fond sonore), la musique des bandonéons, des biaïnes, les silences, les craintes véhiculées par la catastrophe, les peurs, la fragilité, la lumière, l'humanité, la beauté des hommes, la beauté des lieux.

 

 

Et ces phrases, bon sang de Petit Carré Jaune, ces phrases...

 

" Écoutez, je ne peux plus rien faire ! Il y a des gens, des festivals qui ont donné de la nourriture, de l’argent pour que ce livre se fasse. Il y a des expos prévues, des Associations qui nous ont promis de prendre des livres. On s’est engagé, on compte sur nous… et moi je ne ramènerai rien, aucun dessin ? A quoi ça sert d’y aller alors ?"

" Les gens de Tchernobyl sont comme les arbres déracinés. Toute leur vie était là bas. " -

" J’avais imaginé dessiner des forêts noires, des arbres tordus, décharnés, étranges ou monstrueux… J’avais mes craies noires, mes encres sombres, mes fusains… mais la couleur s’impose à moi."

" Que révèle un dessin construit au rythme des pas ? Que reste-t-il d'un visage aperçu dans un mouvement de tête ?... J'explore les voies infinies du dessin retrouvé ".

" Mais non, ce n'est pas la mort que je suis venu toucher... Mais ce qui me fait peur, ce qui se dérobe à mon regard... L'inconnu... le mystère... Et c'est la vie qui m'a surpris..."

 

En bonus : les premières planches publiées chez digibi.com ...  Si avec cela vous vous ne ruez pas chez votre libraire préféré.

 

1813289936

 

printempstchernobyl 4