"Le Métro est un sport collectif " Bertrand GUILLOT

 

Il y a des petits livres qui sont de véritables joyaux, des chroniques de bonheurs, d'instants de vie, de tranches de gourmandise. Ces petits objets il faut s'empresser de les capturer, de les croquer, de les lire, de les aimer et de les partager. " Le métro est un sport collectif " en fait largement parti. Ces chroniques sont d'une beauté, d'une poésie rare, humaine, solidaire. C'est un lien social rétabli dans un univers souterrain, un happening souriant, enchanteur dans un monde où l'humain cherche une place, sa place. C'est beau, c'est magnifiquement beau.

 

IMG_0003

 

" Le métro est un sport collectif ", c'est d'abord et avant tout une rencontre à l'envolée des livres (Chateauroux 2013). C'est une petite lueur qui s'est allumée dans mes yeux à l'évocation de ces tranches de vie dans ces lieux si décriés. C'est l'amour de l'observation, du regard, du partage, des autres. C'est l'envie de se poser  de nouveau, quelque part, et d'observer avec bienveillance le monde autour de soi.

Bertrand GUILLOT m'a rappelé tous ces petits instants, toutes ces petites tranches d'espoir en l'humain qui sont importants pour moi, tous ces moments suspendus dans un lieu qui grouille, qui s'accélère. Un lieu où la violence se manifeste souvent  et qui pourtant reste un lieu de vie, d'humanité. C'est ici dans une gare, une station de métro, un aérogare, que se trouve l'âme de notre société. On y rencontre des personnes qui vous ne savez pas pourquoi ni comment, mais qui vous touchent, vous interrogent. Vous les observez, vous imaginez, vous partagez, vous voyagez. Parce que oui après tout c'est cela aussi les rencontres inopinées.

Et elles gagnent à être partagées, découvertes. Et cela malgré nos colères, nos rancoeurs, nos désespoirs. Oui, les belles rencontres se font sur un quai de gare, une station, un arrêt. Il faut juste savoir poser son regard, ne pas attendre (ou si le petit moment qui fait que), être ouvert aux autres et briser les idées. 

 

Bertrand GUILLOT nous raconte tout cela. Ces anecdotes sur son quotidien d'homme métropolitain sont authentiques, savoureuses, violentes, rieuses, amoureuses. C'est d'une poésie absolue. Même les évocations les plus dures (traduction simultanée page 136) sont empruntes d'un humaniste rare, d'une beauté qui nous laissent sans voix (ou voie allez savoir...). Et pour vous dire la vérité, à peine fini, je me suis replongée dans "le métro est un sport collectif". Je me suis replongée parce que ce monde oui je le connais et oui je l'aime tel qu'il est.

Pour cela et pour les souvenirs déclenchés (les bons, les très bons comme les plus durs), pour toutes ces rencontres que j'ai connu, partagé, gardé au fond de moi... Merci merci merci Bertrand GUILLOT. Merci vous avez réussi à faire en sorte que la lueur ne s'éteigne pas. Et pour tous ceux qui sont encore sur ce quai de gare, cette station de métro, cette plate forme d'aérogare, pour tous ceux qui attendent une rame, un train, un bus ou n'importe quel autres transports en commun, précipitez vous et osez lire " le métro est un sport collectif" : c'est de l'amour en barre.

 

Et parce que cette chronique est une des plus belles : Excusez-moi de demander pardon

Un homme saurait répondre à cette dernière question. 

Un homme dont la vie et l'oeuvre dessinent, une bière à la main, un manuel de savoir-vivre et d'élégance à l'usage des jeunes gens de tous âges.

L'homme qui pourfent sans perdre son humour ceux qui claquent leur strapontin, ceux qui débarquent dans la rame avec leur sandwich grec et les béliers en colère qui foncent tête baissée vers les places assises ("généralement les béliers ont des femmes de cinquante à soixante ans, ou des petits messieurs au crâne dégarni"), l'homme qui peut écrire une page entière sur la petite dame qui, station Anvers, a un jour ouvert sa barquette japonaise riz et brochettes.

Cet homme, c'est Philippe JAENADA.

Dans le très autobiographique Les Brutes, il écrit aussi cette phrase :

" Je fais le caïd (...) mais je passe mon temps à dire "Pardon" malgré moi à des boucs butés qui me bousculent dans la rue. "

Dans mes bras, frère de lutte ! Depuis longtemps, j'ai remarqué qu'en cas de croisement serré (sur un trottoir, dans un couloir, près de la porte du métro), lorsque l'un des acteurs se pousse (souvent les deux, d'ailleurs, les béliers ne sont pas si nombreux qu'on le croit), il y a deux écoles.

Ceux qui disent "Pardon".

Et ceux qui disent "Merci".

J'ai toujours été de la première école. J'ai demandé pardon à un nombre incalculable de gens. Même quand c'est moi qui poussais.

Souvent je me suis dit que dans une nouvelle vie, je dirais "Merci".

Ce matin, c'est encore tout frais, à la sortie de la station Charonne, un type m'a tenu la porte, je suis passé devant lui, j'ai dit "merci", il m'a répondu "de rien".

Je sens que je suis en train de gagner de grands combats. "

 

 

Et je vous invite fortement à visionner ce petit court métrage.... Le métro est un sport collectif - Bertrand Guillot