Où comment tomber amoureuse d'oiseaux de mauvaises augures !

" Fanny Salmeron vit à Paris avec un chat étrange qui porte le nom d’une chanson de Bjork, et, tous les deux, ils sont bien contents de s’être trouvés. Son travail à plein temps, c’est de tomber amoureuse. Elle écrit dans la revue Bordel et lit en robe partout où on l’écoute." Voici un préambule découvert lors du salon du Livre de Paris qui me mit en joie.  Et puis, une amie, fan de la Million's team (éditeur des Étourneaux et du "voyage près de chez moi") m'a incitée, m'a collée de force ce petit roman entre les mains. J'ai couru de salons en salons pour trouver les Étourneaux, les capturer. Heureuses idées que ce fut...

" Les Étourneaux ", drôle de titre pour un roman emprunt d'une délicatesse, d'une noblesse et magnifique poésie, un conte, une fable pour adultes plus si adultes que cela, un conte pour enfants plus si enfants que cela.

 

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" Les Étourneaux "  est inexplicable car juste. Il puise sa force dans un poésie rare, une subtilité, une mélodie toute à la fois dramatique et joyeuse, une fin du monde et la naissance d'un autre, le chaos et l'harmonie. Une belle leçon d'humanité. Et c'est rare de découvrir cela dans un même roman. " Sous le banc où je me suis assise, une fourmi vivante transporte une fourmi morte. De temps en temps, elle la pose et part inspecter un rayon de quelques centimètres autour d'elle puis revient la chercher. Il s'agit peut-être de quelque chose de religieux, un rite de fourmis. Pendant l'une de ses rondes, le vent se lève soudain et emporte le petit cadavre. Elle le cherche un moment, ses mouvements rapides et répétés suggèrent de la panique et de l'angoisse. Mais on accorde ici trop d'humanté aux insectes."

"Les Étourneaux" est l'histoire d'une fin du monde. " Après une série d'attentats à Paris, Lodka Place, comédienne, Brune Farragio, Ari Saint Thomas et leur chien Ferdinand Griffon vont se réfugier dans une maison de campagne. Ils se pensent à l'abri tandis que dehors le chaos menace... ". Lodka, Brune et Ari, trois personnes aux caractères forts, marginaux, trois personnes au bord du précipice, du gouffre trois personnes en quête d'une humanité, d'une force de vivre et d'amour. Leur asile, la Frontière, maison de campagne de Ari, un lieu isolé de tout, un lieu de survie où ces trois êtres vont se rencontrer, se découvrir, s'humaniser, apprendre à aimer l'autre, un autre et revenir à la vie. Et tels les étourneaux... " la danse de centaines d'oiseaux, au coucher du soleil. Une tornade vivante. Les étourneaux se suivaient comme des poissons, faisaient demi-tour, montaient jusqu'au ciel en un opéra fantastique" ... " Chacun suit celui qui est devant lui en essayant de garder le rythme pour éviter le pire : se retrouver tout seul. Parce que dans la solitude, il y a toute la place pour se dire "j'ai la trouille". Alors on se colle, On s'agrippe. Surtout ne pas trébucher. Ne pas quitter la meute. "

 

Ce roman je l'ai dévoré dans un champ de pâquerettes par un bel après midi ensoleillé. Il m'a tellement accompagné dans cet univers bucolique qu'après avoir lu un passage où il était question de cerfs-volant... j'ai levé les yeux au ciel et en ai vu tourner au dessus de ma tête... Pour d'autres il a été lu en pleine douleur, en pleine détresse, en plein chaos. Et finalement je me dis que les Étourneaux regroupent tout cela : la dureté d'un monde, le deuil d'une vie et la renaissance à l'amour, à la vie.  

 

Pour le plaisir d'entendre chanter les étourneaux : 

- " A trois ans et demi, amoureuse transie, Brune Farrago accepta le monde tel qu'il était. Sa lourdeur et sa grâce, ses flaques et ses chutes, ses guêpes et son chocolat, ses compromis et sa comptine du soir. Le monde. Et puis grandir dessus. "
- " Ça devrait-être tous les jours la saison des tournesols. "
- " Brune voulait s'alléger. S'alléger infiniment. Elle voulait s'extraire du poids du monde. Flotter dans l'air. Éviter la lourdeur. Les regrets. Les indigestions. Le mal de dents. L'absence. Les flaques. Elles voulait devenir légère somme les plumes des paons du zoo; les très belles avec un œil bleu au bout.
Elle voulait être libre comme ces ballons colorés des fêtes foraines, ceux qu'il faut tenir très fort les ongles contre la paume sous peine de les voir engloutis par un ciel immense.
Voilà pourquoi elle ne mangeait pas."

 - et puis cette page 27 : "mais quel est notre pouvoir, quand on aime ? Et quelles sont nos limites ? Infinies, les limites, les barbelés entre les gens, c'est infranchissable. Se prendre dans les bras ne sert à rien, les frontières entre nous sont des précipices, chacun sur son continent. Et quand on est triste, quand on a peur, quand c'est bientôt la fin du monde, les autres avec tout les amours, toutes leurs promesses, ils sont bien jolis mais ils n'y peuvent rien.

Frustrant, d'aimer. Frustrant d'être attaché, frustrant l'empathie.

Inutile l'affection.

Parfois on essaie d'aller plus loin, on croit que faire l'amour, la chair nue contre sa chair nue, alors les barbelés se détachent  mais c'est faux. Se posséder ne donne rien. Jouir sous la peau de l'autre ne change rien. Frustration toujours. Frustration d'être un autre.

Vouloir être toi, bien sûr, être dans toi pour savoir où te consoler, comment sécher les larmes depuis l'intérieur. Vouloir être toi, te connaître par coeur et savoir les formules pour te faire sourire.

Ça ne fonctionne jamais. On n'est jamais rien d'autre qu'un autre. Incapable inutile et les bras ouverts impuissants. On ne sert à rien.

Je me réveille."

Il y a tellement d'autres que j'aurai pu vous recopier tout ce roman... Fanny SALMERON votre écriture est magnifique, votre plume sensible... Et heureux votre éditeur Stéphane Million d'avoir su dénicher vos étourneaux... Bien lui en pris "Bordel" ! Et pour le plaisir des oreilles ...

 

 

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