"Noces de Neige " Gaëlle JOSSE

 

Il  y a des auteur(e)s sans vous sachiez pourquoi (ou du moins si vous le savez trop bien), qui vous attirent comme un aimant, comme une plume sur du papier. A la lecture de leurs romans, vos yeux s'embuent, vos mains tremblent, votre âme trouve un réconfort et vos oreilles vous remercient pour cette douce musicalité des mots dévorés. Fatou DIOME et Gaëlle JOSSE en font parties.

 

Gaëlle JOSSE, je l'ai découvert dès son premier roman "les heures silencieuses" subtil tableau digne des peintures de Johannes Vermeer, puis ce fut "nos vies désaccordées", mélodique petite musique du coeur. Rencontrée lors du Salon du Livres à Paris (merci, merci, merci pour ce magnifique partage), je me suis empressée de lui acheter son dernier roman "Noces de neige" (avec un joli cadeau de sa part). Et je n'ai aucun regret... ! " Noces de neige " est tout simplement encore et encore un magnifique roman, un magnifique livre pansement.

 

" Noces de neige "... J'aurai très bien pu vous racontez l'histoire de ma Grand Mère Anna (et oui ça ne s'invente pas) venue de Russie dans les années vingt du siècle passé, fuyant la misère de l'empire soviétique. Je pourrais vous narrez l'histoire de sa naissance, des guerres fratricides qui firent éclater l'Empire Austro-Hongrois, en firent devenir une fille de Russie puis de Pologne, redevenir Soviétique, puis Russe et enfin femme d'Ukraine... Vaste champ labouré, meelting-pot de mes multiples racines.  Je pourrais vous narrer sa venue en France mais est ce vraiment cela qui vous interesse ? Non, nous sommes d'accord. 

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Que vous dire... Gaëlle Josse m'a encore envoûté. Elle a l'art de raconter les histoires, de m'amener avec douceur à prendre un train, à m'enivrer de sa plume. C'est de la poésie, de la tendresse, des émotions à fleurs de mots... Comme ce fameux train dans lequel elle nous fait monter. Le départ est lent. Je prends le temps de m'installer dans ce compartiment de seconde classe du Moscou - Nice, dans ce train couchette qui relie Nice à Moscou. Je pose mes valises et observe à la dérobée mes voisins de voiture. Je m'octroye un sourire, une illusion, un voyage.

Puis sortie de gare, le train commence tout doucement à prendre de la vitesse. Moi aussi. Je déguste les mots, je happe l'histoire, je m'enivre des tourments de Anna, jeune aristocrate russe de la fin du 19ème siècle et de Irina, jeune femme de vingt-six ans du début du 21ème... Deux destins de femmes qui se croisent, deux destins qui se télescopent dans ce trajet Nice - Moscou pour l'une et Moscou - Nice pour l'autre. Deux destins à deux siècles d'écart. Deux vies différentes et pourtant une histoire commune. " Le train part, enfin. Nous voici à bord, à la fenêtre encore ouverte de nos compartiments. Les employés de la gare s'agitent, l'un d'entre eux siffle en agitant un curieux drapeau."

Prise de vitesse, je ne peux reposer ce roman, valsant au son des plus belles danses hongroises et autrichiennes, tournant tel les derviches. Les personnages prennent de l'épaisseur, les affres, les tourments, l'attente, l'angoisse, l'amour toujours, la jalousie, la passion, les corps, les tensions, l'étouffement, l'envie, la tendresse, les responsabilités, les aigreurs, les vérités, l'amour encore.

Tel le tangage ferroviaire, je suis saisie de vertiges...Tchac, tchac, tchac... Vertiges des voyages, vertiges des illusions ou désillusions, vertiges des rêves, vertiges des amours... " je m'aperçois qu'en fin de compte cette vie nomade me plaît, ce lieu entre deux lieux, ce déplacement rectiligne et cadencé à travers plusieurs pays, il donne la sensation que le monde nous appartient, mais je dois vous avouer qu'il me tarde tout de même d'arriver chez nous."

Et je me laisse aller à cette douce mélancolie, à cette douce rêverie. J'imagine, je rêve, l'âme slave m'envahit "... l'espace, la vie, le silence et la neige, la liberté, la violence de la Nature sur nos terres quand arrive l'été, nos infinis et nos interminables forêts de bouleaux, dont il faut des heures, des journées parfois à cheval pour voir la fin." Tendresse inconsolable. C'est beau, c'est bon, c'est doux. Je suis dans ce train, installée moi aussi dans ce compartiment. Je suis à la fois Anna et Irina, l'une et l'autre, l'une ou l'autre. Je rêve.

Et puis tout s'accélère, l'accident arrive. Celui qui me réveille brutalement de cette tendre " âme slave ". La révolte gronde. Je le savais pourtant que ce voyage ne serait pas qu'une simple poésie... Je le savais qu'au détour d'un tunnel, la lumière, les paysages ne seraient pas les mêmes. Les grandes plaines russes, les monts de L'Oural, l'Ukraine, Moscou, St Pétersbourg sont aussi des lieux de conflits historiques qui se heurtent aux conflits des personnages de ce roman. Anna commet l'irréparable par amour pour le beau Dimitri. Quant à Irina, arrivée à Nice, elle s'engage sur un autre chemin que celui prédéfini, une autre arrivée. Sergeï... Changement de direction. Le tumulte des arrivées, crissements de freins, une fin peut être...  Je me réveille, me bouscule, cherche celui qui m'attend. Personne.. peut être..." Nous sommes deux perdantes, que l'essentiel unit, et que tout sépare."


La vie ne tient qu'à un billet de train, un départ, une arrivée ! Le tout est de voyager et avec Gaëlle JOSSE le voyage est un vrai régal, une vraie poésie et mon âme slave a été bien chahutée. Pour cela, merci infiniment. Merci, j'ai lu ce livre comme on met un pansement sur une plaie jamais cicatrisée. Il est beau et d'une douceur infinie, une tendresse, une beauté. Et lorsque l'auteure m'a adressée ces quelques mots... " J'ai tenté de m'approcher de quelques personnages en quête d'un regard bienveillant, d'un regard d'amour posé sur eux. Ce regard que nous attendons tous je crois et qui change notre histoire de vie. ", j'ai su que j'avais eu raison de succomber à " Noces de neige ", j'ai su que ma grand mère m'avait accompagné dans ce trajet.

 

Pour le plaisir des phrases

- " Par la vitre de son compartiment, Irina regarde les voyageurs remonter vers le wagon-restaurant, comme les saumons remontent le courant. "

- " La nuit fait resurgir des pensées oubliées, des idées que les activités du jour mettent à distance, auxquelles le cours des heures ne laisse pas le temps de s'installer."

-" Je ne sais pas briller. Sentir les regards sur moi s'apparente à un véritable chemin de croix. Je ne sais que rougir, baisser les yeux, les mots s'étranglent dans ma gorge, ils parviennent en désordre à mes lèvres et lassent l'interlocuteur le mieux disposé"

 - " Elles voulaient dormir, dormir pour oublier toutes ces images et ces pensées qui tournent dans sa tête comme des énervés par le vent".

- " Prends ce que tu peux ma belle, prends et arrête de te faire des noeuds au cerveau"

- " J'ignore ce que me réserve la vie maintenant, et cela m'importe peu. Lorqu'on a traversé le pire, même le très difficile paraît clément."

 

Billets à retrouver chez l'Insatiable Charlotte, Clara les Mots, Blablabla mia et le site de Gaëlle Josse