Dorothy Shoes " Django du voyage "...

A tous ceux qui, pour des raisons de sécurité, décident de se risquer

 

couvDjangoweb" - Je suis gitan, je suis affreux, gras, et toi tu viens là pour me tirer l'portrait ?

- Non , Django, je te trouve très beau, et je ne viens pas pour te tirer l'portrait, je viens pour prêter ma voix à ta communauté. Elle n'est pas très forte, je ne suis pas sûre qu'on l'entende, et dans mes poches, je n'ai aucune promesse.

- Mais pourquoi tu veux faire ça ? On ne se connaît presque pas.

- Parce que j'aime détruire les murs.

- Tes bras n'ont pas l'air très costaud.

- Non, c'est vrai, tu as raison, je manque souvent de force et il arrive que je m'épuise... Mais je préfère de loin la fatigue à l'asphysie.

 

 

En 2011 est sorti un petit bijou rempli de poésie photographique fantaisiste et sensible signé par Dorothy SHOES, photographe française qui " fabrique de toutes pièces des histoires vraies ". Ce petit joyau brut et fragile, c'est Djando du Voyage, un hymne à la tolérance, la différence, à l'humain, à la beauté, la sensibilité, à l'univers des gens du voyage.

Django du voyage est né pendant la polémique lié à la politique sécuritaire mise en place pendant l"été 2010 autour des gens du voyage et des roms. C'est donc un album engagé par son contenu. Mais c'est avant tout un livre, un carnet de route somptueux tant par les photographies que par les textes les accompagnant. C'est délicat, poétique, fantaisiste, grave, humain, profond, fragile. C'est beau.

" - Tu vois la route ? Sur cette route, il y a un chemin, tu vois, un chemin qui se précipite à droite vers les arbres. Prends-le. Et puis il y aura un tournant, un deuxième, des herbes hautes, puis un pont où passent les trains. Nous dormons juste là, sous le ventre des trains. "

Django du voyage est issus de la rencontre entre Dorothy Shoes, globe trotteuse lumineuse et humaniste, et Django, gitan à l'âme attachante, désarmante, tendre et brute aussi. Et c'est cette rencontre qui est belle, juste. C'est cette mise en lumière qui nous offre une émotion, une tendresse au personnage et sa famille.

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Car Django est avant tout un être qui "allume grand la lumière", qui capte l'énergie solaire et la retranscrit de tout son être. Et Dorothy Shoes a l'art de déclencher son appareil, de prêter sa plume pour illuminer Django et lui de faire entendre sa voix, son histoire, son quotidien, son monde. "Django craint les autres, tous les autres. Par habitude... L'habitude d'être toujours celui sui se trouve au bout du doigt. [...] Django, oui c'est sûr, préfère être sous les branches qu'au bout des doigts". Les clichés, les tabous tombent les uns après les autres. Elles racontent les histoires tatouées sur les bras, les corps des gitans de ce camp, " C'est comme un cadeau que l'on vient à peine d'ouvir..."


Django du voyage c'est aussi une confrontation de notre monde de confort et monde du nomadisme. "Le poids du monde sur les épaules est incontestablement à pesée variable".  C'est les corvées pour aller chercher l'eau, c'est les survols des hélicoptères qui surveillent le camp, c'est les rites religieux à célébrer, c'est les kilomètres non parcourus pour un homme qui n'a jamais vu la mer, c'est l'analphabétisation, la difficulté face à l'ordre dicté, les condamnations, les regards.

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A travers le prisme de l'appareil, à travers son regard et son écriture de fée clochette, Dorothy SHOES nous interroge, nous questionne, nous oblige à tomber les clichés, les préjugés et à nous humaniser. "Tu sais, la beauté, il faut parfois ouvrir les oreilles pour la voir".

 

Juste pour la beauté et la poésie des mots

" A la maison, je regarde l'eau couler et fais bouillir le thé. Peu d'images dans la boîte, beaucoup sous les paupières, j'ai envie de les fermer. Pas pour dormir. Non. Pour rester éveiller. "

" Django a une maison sur roues qui peut l'emmener partout, et il ne dépasse pas les quarante kilomètres au compteur... Et puis, il veut un pavillon pour y mettre un garage pour y mettre la mer "

 

Et juste parce que j'ai une tendresse infinie pour Dorothy SHOES... merci. Juste merci. Et pour celles et ceux.... exposition inédite au Centre d'art de MoulinSart du le 29 juin au 25 aout 2013 à Fillé sur Sarthe

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