Avis aux moussaillons d'eau douce, cette bande dessinée, journal de bord est faite pour vous. Avis aux marins chevronnés, larguez les amarres et cap vers les terres Australes, connues sous le nom "les Iles de la Désolation" et les 40èmes rugissants.

Cette Bande dessinée est tout simplement impossible à résumer tant je me suis noyée dans les planches d'une beauté à couper le souffle, une bourrasque d'iode, un voyage au delà des mers du Sud. Moi qui n'ai pas le pied marin pour deux sous (marin d'eau douce à la limite) mais qui aime par dessus tout cet esprit de territoires lointains, je me suis régalée.

 

carteTout commence comme une boutade " L'idée d'un voyage dans les Terres Australes et antarctiques françaises était venu de Caroline, journaliste à l'hebdomadaire le marin... [...] : on pourrait faire un livre qui associerait photos, textes... et dessins, blog, une expo, une bande dessinée, des articles de presse ? " d'un souvenir et un rêve d'enfant " Ker-gue-len : un mot qui racle la gorge puis se couche sur le palais. Ker-gue-len, un nom breton égaré en antarctique." Emmanuel LEPAGE, le breton qui ne connait la mer que de la côte, va embarquer sur le Marion Dufresne", "un navire conçu spécialement pour ravitailler les bases scientifiques subantarctiques." Son but : comprendre la mer et savoir la dessiner, la sentir, la ressentir, la vivre.

 

" Partir voyager à nouveau. Ce qui est étrange avec le voyage, c'est qu'on ne comprend qu'après - et encore pas toujours  - ce qu'on est allé chercher."

 

 marion dufresne en pleine merEt c'est le départ pour deux mois. La vie à bord s'organise. Emmanuel LEPAGE sort rapidement ses carnets à dessin, ses crayons à mine de plomb, ses fusains, ses aquarelles, ses pastels " le dessin inspire la bienveillance. C'est un sésame qui déverrouille les hiérarchie, les classes et les âges. Dessiner c'est ma façon d'être au monde."

Les Terres australes : îles de Crozet, d’Amsterdam, de Saint-Paul et, la plus connue, de Kerguelen, jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’iles et d'empires, égarés dans l’immensité de l'océan Indien, à des milliers de kilomètres de toute terre habitée. Îles inconnues, sauvages, inhospitalières, mystérieuses.

 

Battues par les vents violents, ces îles ne comptent d’humains que les scientifiques, de quelques militaires et autres missionnaires chargés de faire fonctionner les bases d’habitation et de travail.

 

yavn lemeurEmmanuel LEPAGE croque la vie à bord du Marion Dufresne, les repas, les machines, les hommes, les coursives, les manoeuvres, la mer encore et toujours, les paysages de ces îles lointaines...

Tout est prétexte à dessins... y compris le mal de mer et les angoisses qui surviennent face à la solitude maritime, l'éloignement "que vais je rapporter de ce voyage si je suis incapable de dessiner sans avoir le coeur au bord des lèvres".

La solidarité opère. Les hommes apprennent à se connaître et à s'apprécier. Le dessin devient vecteur de rencontres, de partages, de confidences aussi.

 

 

"Malgré leur courage les hommes du bord et le pilote ne peuvent que lutter contre les éléments. Ces terres enseignent l'humilité".

manchots


Et c'est l'aventure, les débarquements et les croquis dessinés à la va-vite, les manchots, les albatros, les éléphants de mer, les pétrels... " Le temps est suspendu. Dessiner oblige à se poser.[...] Je dessinerai néanmoins l'île de l'Est qui continue de m'interroger. J'abandonnerai quand la pluie s'en mêlera. Je crains aussi que le carnet soit emporté."

La faune et la flore sont menacés par l'homme qui a introduit tout au long des siècles de colonisations des espèces européennes. A but scientifique, celles-ci ont détruit en partie les animaux, végétaux des îles de la Désolation. Des questions écologiques se posent aussi et le réchauffement de la planète se fait ressentir avec la disparition des certains glaciers.

 

 

retour

 

Et c'est le retour  « Etrange, là où le temps ne veut plus dire grand chose »... La difficulté de revenir, la difficulté de quitter ces terres australes et ces hommes et femmes qui forcent le respect.

"C'est entre les mots rares échangés ce jour-là en marchant à leur rythme en silence. Alors qu'un soleil maigre nous caressait la peau que j'ai cru apercevoir ce que ces hommes avaient pu vivre pendant ces longs mois au bout du monde. Ce fut une journée parfaite, le plus belle de ce voyage, un instant d'harmonie et de fraternité, un fragment d'éternité."

 

 

Bref vous comprenez que j'ai eu un coup de coeur pour cette bande dessinée. J'avais déjà découvert Emmanuel LEPAGE dans "Un printemps à Tchernobyl". J'avais été séduite. Et de nouveau, je n'ai pas regretté de tenter l'aventure et d'embarquer vers ces terres de la Désolation. Et depuis je n'ai plus qu'une envie folle : reprendre les pastels et  croquer de nouveau les visages et les beautés des sites qui nous entourent. Et cela quelque soit les vents, quelque soit les courants... Cette BD est une beauté, un rêve, un appel à prendre le large...

Le site de cette aventure : cap sur les terres australes

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