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Je vous ai parlé au tout début de ce mois, d'un petit livre à la couverture rouge passion, écrit par Mélanie RICHOZ " Mue". Ce roman avait déclenché en moi un véritable coup de foudre. Il était venu me chercher au plus profond de mon âme, mon plexus, dans tous les recoins de mon corps comme un serpent qui cheminait en moi. Insinueusement. Une magnifique mue en somme.

Il était donc évident que je voulais lire "Tourterelle" premier roman de Mélanie RICHOZ.

Je l'attendais. Impatiemment, viscéralement.

 

 

Un désir farouche de le posséder, de me plonger dans l'écriture de cette auteure, dans ses peurs, ses troubles, sa fragilité, sa volonté de renaître, dans la musicalité de ses textes, charnel et sensuel, la puissance de ses mots.

Car Mélanie RICHOZ c'est tout cela : une écriture poétique, sonore, sans fioriture, simple, qui transporte, submerge, galvanise. Des histoires brèves, éphémères, intenses, denses, inavouables qui deviennent salvatrices. Une auteure que l'on a envie de rencontrer, des romans que l'on a envie de découvrir, de glisser sur l'étagère aux pépites.

Et Tourterelle, comme Mue sont deux petits et courts romans qui m'ont fait vibrer. Un vrai BOUM, BOUM, BOUM, BOUM, le coeur, le corps, l'âme, un uppercut, une claque magistrale toute en beauté. 

 

Ce sont les silences, les intervalles, qui créent la mélodie. Qui laissent un espace pour exister.
Pour sentir, ressentir.
Retenir, désirer, offrir.
Vibrer.
Un espace de vulnérabilité.
De liberté.
Qui laisse entrevoir la musique de la vie,
qui nous permet de la respirer, de s'en imprégner."

 

"Tourterelle" est la mise en abîme de l'identité d'une femme, de ses tourments, de sa quête, de sa chute, de sa reconquête, de sa naissance. Ce roman est une lettre qu'elle adresse à quelqu'un, à lui, ce jeune homme de vingt ans de moins, qu'elle a rencontré au détour d'un atelier de création musicale... C'est une lettre d'amour, mais c'est surtout une lettre qu'une femme s'adresse à elle même. Une lettre pour se prouver qu'elle est quelqu'un.

Tout commence sur un chemin : une silhouette, des mèches brunes bouclées, un bonnet, des pieds qui s'enfoncent dans la neige, un sac à dos noir, des lunettes rondes.

" Clic clac . Arrêt sur image. En noir/blanc. De cet instant de toi, de toi à cet instant, mon cerveau imprime un Polaroïd. Inutile de lutter."

Rose, 39 ans, mariage sans amour, femme docile-inutile, femme emprisonnée, docteur en gériatrie. " Je ne vis que pour les autres. A force d'empathie, je deviens inhumaine. Hermétique. Par réflexe de survie sans doute." Elle est le "je" de cette histoire.

Lui, jeune homme de 20 ans, musicien à ses heures perdues, aimant l'alcool comme on aime les volutes de cigarettes, la peau suintant la consommation excessive. Il est le "tu"de cette narration.

Un atelier de création de chansons, un espace-temps où tout devient possible. Un atelier où il devient facile de faire tomber le bouclier, de se défaire de l'armure lourde à porter. Un atelier où Rose peut enfin devenir quelqu'un, créer, avoir la rage et le besoin d'être enfin elle.

« Je veux vivre. Éprouver la
joie, la solitude, le doute, la douleur, l'inspiration, l'audace.
Choisir.
Échouer.
Exister.»

Entre deux gorgées de vins, deux cigarettes, deux accords,"l'émotion fait ricocher". Rose et lui (nous ne saurons jamais son prénom) vont se rencontrer, s'aimer le temps d'une chanson. L'atelier de création fait naître cette envie de liberté, d'évasion, d'ouverture, d'aventure, d'exploration de l'autre, de soi, la force des attractions, des possibles, une main sur la hanche qui s'aventure au delà, l'infinie exploration, la jouissance des corps.

De cet amour éphémère, Rose va se nourrir et apprendre à revivre. De la douleur de l'absence, elle apprend à savourer les instants présents comme on savoure un ballon d'oxygène. Femme maigre, triste, chiffonnée, raide, sans contour, elle s'arrondie, prend des formes, devient Femme. "Je m'ouvre au monde et le monde s'ouvre à moi". [...]. M Guiseppe, "petit tailleur italien de quatre vingt deux ans qui roule les r comme roucoule une tourterelle" devient son confident. LE confident de cette histoire impudique et improbable.

" Rares sont ceux qui me font parler.
Et encore plus rares ceux qui me font parler à mon insu. De moi,
de ce que je ressens.
De ce que je suis.
De ce qui me fragilise,
m'émeut..."

[...]." Vous avez les yeux hiumides, ma Rrrrose. Rrracontez-moi."

 

Bref Tourterelle de Mélanie RICHOZ est tout simplement magistral, magnifique, des fragments de vie, des Polaroïds (et que j'aime ce mot...), des uppercuts, des mots, une poésie... Un roman qui comme Mue restera dans ma mémoire.

Au même titre que " Désordres, lettre à un père" de Elsa MONTENSI, ces deux romans de Mélanie RICHOZ seront au sommet de ma bibliothèque, sur l'étagère aux diamants bruts, pépites de vie. Du beau, du grand, du magnifique Mélanie RICHOZ ! 

 

" L’essentiel n’est pas dans ce qui se dit mais dans ce qui se partage" 

 

Et juste parce que j'adore : le blog de Mélanie RICHOZ