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 " Rosa a vécu 9588 jours. Lorsqu'elle est morte j'avais 10 852 jours. A partir d'aujourd'hui où je fête mon 20 440è jour, j'aurai vécu plus de jours sans elle qu'avec elle ; le temps a passé, on m'avait dit qu'il estomperait mon chagrin. Faux. la seule chose qui s'efface inéluctablement, c'est le portrait de ma soeur. A vrai dire, plus je cherche à reconstituer sa vie, plus elle m'échappe. [...] Je me souviens de sa joie mais pas de ses rires - et ma gorge est sèche maintenant."

"D'elle, ne me reste que le grain de sa peau de ses joues, aussi précisément que si je les touchais à nouveau avec mes lèvres. Rien d'autres, pas un seul souvenir précis."

 

Il y a des romans qui vous plonge dans un état second... Vous ne savez pas trop, ni comment en parler car ils sont comme des secrets, des secrets de famille enfermés dans un cocon, un frelon qui tourne autour d'une âme, un endroit où ils ne sortent pas, un lieu secret où seuls les initiés peuvent y rentrer.

D'Isabelle Monnin, je ne connaissais de nom que "des vies extraordinaires d'Eugène" et "Second tour ou les bons sentiments"... Déjà des romans "d'amour". Daffodil Silver est issu de ce même thème : l'amour pour une soeur, l'amour à la vie à la mort, l'amour quasi-gémellaire de Rosa et Lilas. Un secret sur la mort d'une soeur. Un secret qui va bouleverser toute une vie et toute une famille. Un secret qui pour contrer l'oubli de cette mort va devenir un fardeau, déclencher des batailles, devenir un roman, des musiques, une lumière, une naissance, une renaissance.

 

 

Daffodil Silver, est l'histoire d'une femme de quarante ans bientôt. Une femme qui ne désire plus qu'une chose : que sa vie commence. "Je la vois comme une montagne dont je viendrais terminer l'ascension. J'arrive courbaturée jusqu'à vous et pour tout vous dire assez fatiguée. Je suis à mi-chemin, la descente est encore longue et elle promet d'être belle. Je dois juste m'alléger avant de l'entamer. Disons que ma mère m'aurait laisser des affaires ici avant de poursuivre mon chemin. C'est elle qui m'a donné votre adresse. Votre bureau sera mon vestiaire."

Au décès de ces parents, Daffodil se confie à un notaire, dépositaire du testament parental et de secrets enfouis. Daffoldil, drôle de prénom..., drôle de vie..., drôle ... non pas drôle. Daffodil est une femme sensible au nom de fleurs printanières, une fleur au coeur jaune comme un soleil et aux pétales blancs laiteux. Une fleur qui aurait oublié de capter cette luminosité, qui aurait vécu à l'ombre d'une autre trop puissante, trop importante pour elle. Car oui Daffodil Silver est une femme au nom de fleur ayant vécu dans l'ombre de sa tante Rosa. Rosa, décédée à sa naissance (un être part, un enfant naît). Rosa, la soeur sacrée de sa mère. Rosa qui va prendre toute la place, capter toute la lumière et empêcher Daffodil de devenir une rose elle aussi. Rosa qui va faire de Lilas, mère de Daffodil, un être tourmentée par un secret que sa soeur tant aimée ne lui aurait pas dévoilé avant de décéder. Cette soeur tant admirée, cette soeur tant adulée. Cette soeur qui a pris toute la place dans le coeur de Lilas et de Seymour, les parents de Daffodil.

Pour la faire exister, Lilas, Seymour et quelques amis iront jusqu'à créer une association, une entreprise ayant pour but de faire connaître Rosa, de partager ses souvenirs, de la récréer et de la rendre encore vivante. Et d'oublier de regarder grandir Daffodil.

Et c'est où j'ai eu du mal à m'identifier aux personnages. J'ai aimé ce roman pour les mots, les phrases, l'histoire et le mystère qui s'en dégage. Mais j'avoue y avoir trouvé quelques longueurs, quelques passages qui auraient mérité moins de redondances, moins de lenteurs... Il est pourtant magnifique à lire, à découvrir, et telle Daffodil, a être mis dans la lumière d'une naissance. Une lumière printanière où les coeurs jaunes prennent leur véritable symbole. Ce roman est comme des sentiments à jamais inassouvis, perdus. Une main qui aurait oublié de dire à un enfant qu'elle l'aimait, une main qui ne l'aurait pas suffisamment aidé à grandir, à s'exposer aux lumières du soleil et à devenir une jonquille.

 

"Il faudrait pouvoir disséquer les deux secondes qui précèdent le moment [...]. En étudier l'incroyable épaisseur et l'extrême durée."

 

A découvrir la génèse, la naissance de Daffodhil : une chambre à moi, site personnel d'Isabelle MONIN.