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Cette bande dessinée, quand je l'ai terminée, je n'avais qu'une envie : vous faire partager ma belle et merveilleuse surprise, un somptueux cadeau... Et je vais être franche, directe, sincère.... "une histoire d'hommes" est une magnifique bande dessinée. WAOUH, sur le cul, c'est pô possible (comme dirait Titeuf). Et je suis encore sous son charme, sous le choc tellement je me suis laissée embarquer par cette histoire de bad boy, loser, post-adolescent, rockers nostalgiques de leurs belles années.

 

Pour moi Zep, c'était cette image pré/post-ado pubère, la morve au nez et les épinards de la cantine. Titeuf, sa mèche blonde rebelle, Nadia, son éducation sexuelle, ses "pô juste" et son "Tchao" reprit comme une litanie. Des skechts, des couleurs acidulées, revisités à chaque nouvelle rentrée d'école, une bande dessinée et des histoires qui me laissaient au coin de la classe, seule et sans forcement appartenir à cette bande de gamins frondeurs. Un belle bande d'accord mais bon voilà...

 

Et puis est arrivée cette vague, ce tsunami de copié/collé, BD, films, livres, jeux vidéo tirés de ce succès de cours d'école. Marketing et derivés quand tu nous tiens... Là j'ai décroché de Titeuf, une indigestion de têtes d'oeufs. Je le laissais volontier à mes potes de cour de récré, préférant découvrir l'histoire de Aya de Yapougon des sublimes Clément OUBRERIE et Marguerite ABOUET.

Puis Zep a grandi... Il a entrepris un "Carnet intime", un carnet de voyages aux tons subtils et à la délicate poésie. De Paris au Népal en passant par la Tanzanie, je découvrais un nouveau visage de Zep, un visage emprunt d'une nostalgie et d'une beauté délicate. Un bel objet que ce "carnet intime". Une évasion, une ode à la tendresse et à l'émotion. Une belle intimité. Premiers pas dans un univers où Zep s'autorisait à grandir, à changer de registre, une maturité dans le dessin et le scénario.

" Petit, je préférais le monde dessiné au vrai... les maisons étaient plus belles... les voitures plus rondes... les ciels plus doux. J'ai compris plus tard que ce que j'aimais... c'était le regard des artistes qui transformait le réel."

 

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Et là voilà de nouveau que le maitre Zep (ça y est je suis contaminée...) a décidé de publier un nouvel album, une belle bande dessinée. J'ai plus que succombé, contaminée à la Zep adulte, la Zep maturité. Renversée, fan, groupie...

Voilà c'est dit oui "une histoire d'homme" est plus que magnifique. Je suis séduite, oui Zep m'a envoutée. Belle, très très belle surprise.  J'aime cette histoire d'hommes, cette histoire mélancolique sur les années qui passent. 

" Pendant longtemps je ne me suis pas autorisé à faire autre chose que de l'humour, comme si je n'en avais pas le droit. Depuis toujours, j'écris des choses plus mélancoliques. J'avais déjà commencé en publiant chez Gallimard mes carnets, tout en pensant que les gens n'allaient pas me lire. Je crois que ça m'a ouvert la porte. "

 

L'histoire... oh somme toute assez banale. Quatre anciens potes rockers, ancien groupe promis à un avenir plus que brillant, se retrouvent le temps d'un week end chez l'un d'entre eux, Sandro, pour remémorer le passé faste et glorieux de leur jeunesse. Adulés par les foules en délire, à la porte d'une tournée internationale, les Tricky Fingers se sont séparés sur une mauvaise note de musique, un désaccord rock'n rollesque, une ligne de coke en trop. Des quatre, seul Sandro a continué. Vedette du groupe, il est devenu une star dans le show-biz. Et la philosophie de la vie a fait le reste. 

Et c'est là qu'est le génie de Zep. Au détour de flash back, de merveilleuses scènes madeleines de Proust, il nous propose une histoire où les événements, la découverte, la rencontre, le partage, la fraternité, la douleur, l'amour vont amener nos quatre hommes, nos quatre anti-héros, à comprendre que l'amitié est une valeur noble, qui peut évoluer au fil des ans, au fil des âges, au fil du monde, mais qui peut rester fidèle malgré les tourments.

"Il y a de moi dans chacun des personnages. Pour les créer, je me suis inspiré des gens que j'ai côtoyés en trente ans de musique. Un groupe, c'est un microcosme passionnant, une famille, avec ses liens étroits, ses haines, ses jalousies. Mais je n'ai jamais eu l'impression de devoir choisir entre le dessin et la musique."

Cette bande dessinée est donc une vraie merveille non seulement sur le style du scénario mais aussi par l'usage de la palette graphique, les couleurs, le ton et le style donné. C'est un véritable enchantement et chaque page : un sens du graphisme, des dessins. On retrouve la patte de Zep, de Titeuf mais sous un regard neuf, adulte, adoucit. La palette de couleurs évolue sur des tons sépia, bleus encres de chine, des verts, lies de vin, violines aquarelles. C'est juste subtile et magique. Une belle leçon d'illustration, une belle leçon de bande dessinée, une belle leçon de maitre. 

" Je dis toujours que mon cerveau est comme un immense grenier où le bordel règne... Dès que je déplace un objet, je trouve des idées que j'ai envie de raconter. J'avance de cette manière depuis mes débuts. " 

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