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Je sais : ce livre je vous en parle depuis le mois de mai (comme un magnifique cadeau)... Je vous en parle car pour moi il y a des livres qui méritent plus que ma simple parole, mes simples mots... Il y a des livres qu'il faut lire, aimer, choyer et ranger au rayon des pépites dorées, celles qui laissent des merveilleuses cicatrices littéraires à vie, celles qui font qu'un blog doit exister, celles qui font que les mains tremblent lorsque vous tournez les pages, celles qui font que les yeux s'embuent, celles qui font qu'à chaque fois que vous en ouvrez un, vous avez votre cœur qui s'emballe.

«  Désordres, lettre à un père » de Elsa MONTENSI, c'est cela pour moi. Ce livre d'une petite centaine de pages est puissant, fort, émouvant, terriblement aimant, vivant. Il est un de ces romans qui vous touchent, vous imprègnent, vous laissent à sa sortie une marque à vie, une belle cicatrice, un bouquet de bonheur, un plaisir immense, une envie folle de vivre. Vous ne savez plus où vous êtes, qui vous êtes. Mais qu'importe, vous avez lu, découvert, aimé, vibré à la plume d’une auteure !

 

Ce livre je l'ai lu en apnée, les yeux embués façon aquarium modèle grande profondeur, le cœur à la limite de l'implosion. BOUM BOUM BOUM BOUM. A peine terminé, je n'ai eu qu'une envie, le relire, le relire et encore une fois le relire. Ne pas l'oublier, le savourer, l'aimer.

Et je peux vous promettre que ce ne fut pas des larmes de tristesse ou d'un quelconque désarroi. Non, lire « Désordres, lettre à un père » de Elsa MONTENSI, ce fut pleurer des larmes de bonheur, de grâce devant une plume. Ce fut pleurer d'émotion devant les mots, aimer l’auteure pour se qu’elle a mis d’elle dans ce recueil, ce livre. C’est juste ce que j’appelle découvrir une main qui a osé braver ces maux et les coucher par des mots. C’est fort, très fort, admirable. Et Elsa MONTENSI est une merveilleuse main, une plume de poète, cachée derrière un magnifique recueil, témoignage.

Lire ce livre m’a provoquée plus qu’un désordre, une véritable émotion, un magnifique vertige, les tympans et oreilles internes, l’âme en « mode électro choc »…  Un "atelier des Miracles" pour celles et ceux qui ont lu le roman de Valérie Tong Cuong.

Elsa MONTENSI a eu le courage de tremper sa plume dans sa chair, dans son cœur, dans son corps. Et que c'est bon de la lire, de lire cette histoire d'amour entre un père homosexuel et sa fille. Un amour construit sur la honte, le rejet, une " pantomine ", un leurre. Une histoire qu’elle raconte sans ombrage, sans gloire, sans voyeurisme. Et moi, simple lectrice, je suis touchée, je coule, je nage, je garde la tête hors de l’eau et replonge dans les mots, avidement, tendrement... Vous pourriez dire que j’ai peut être le cœur délicat, sensible, mais comment ne pas succomber à ce recueil paru il y a maintenant un peu plus d’un an, ce recueil passé totalement inaperçu alors qu’il décrit une naissance, une renaissance, une ode à la vie. Lisez-le et vous m’en reparlerez.

«  Ecrire déchire la compulsion de répétition du passé dans l’âme. A quoi sert d’écrire ? A ne pas vivre mort. » Pascal GUIGNARD (La barque silencieuse).

Voilà comment commence « Désordres, lettre à un père ». Première citation, premiers mots et déjà je souffle, respire, souffle, respire. Mon cœur palpite,  ma caboche fissurée s’entrouvre, mes mains tremblent, signe de vie ! Je souffle et oui respire !

Pour l’auteure, les fissures ont cette qualité, qu’elles laissent entrer la lumière« Désordres, lettre à un père » c’est cela. Un nectar, un baume que l’on applique sur ces cicatrices, ces fissures. Le lire c’est faire rentrer cette lumière, accepter de laisser sa part d’ombre de côté, s’éloigner des ravins et précipices, laisser la place aux mots… « Les mots ne m’ont pas laissée le choix. J’ai écrit un texte sur la honte ressentie enfant pour une émission. De là, tout c’est enclenché, j’ai résisté, les mots ont été les plus forts. ». Heureux combat lorsque les mots terrassent les maux. La paix avec soi, avec ses ombres.

 

Elsa MONTENSI nous livre son histoire. L'histoire d'une relation, d'un mariage qui n'aurait jamais du avoir lieu. L'histoire d'une naissance qui n'aurait pas du se faire. L'histoire d'une union de 12 ans basée sur le mensonge, sur une « existence de pacotille ». L'histoire d'un père homosexuel. L'histoire d'une honte. L'histoire d'une enfant de quatre ans qui endossent le rôle d'adulte, « le poids d'une fausse imaginaire qui ne m'appartenait pas ». Elsa MONTENSI nous prend par le cœur, la main. Et c'est fort, puissant, terriblement juste. En peu de mots, elle nous transporte dans son univers troublant. C'est magnifique. Et moi simple lectrice, je suis son chemin. Un chemin qui côtoie les ténèbres. Mes cicatrices s'entrouvrent de nouveau, mes yeux me piquent, des larmes coulent à sa lecture et je chausse les lunettes noires pour ne pas que l’on devine mon âme. Je ne peux me détacher de ses maux, de ses mots. Oui je la suis. Mes mains tremblent, mon cœur bât la chamade, mes yeux s'embuent de nouveau. Je ne respire même plus, je m'engouffre, je renais. 

Car Elsa MONTENSI ne culpabilise pas, ne juge pas. Elle poursuit son itinéraire, sa quête de trouver son chemin.

Elle ne nous épargne ni les mensonges, les non-dits, les images illicites, les mots d'amour jamais avoués, les gestes à jamais retenus, les corps meurtris, les impossibilités d'aimer. Le corps en langage, Frida KAHLO et sa colonne brisée comme image. C'est " émotionnellement " très fort, très beau. En aucune façon, il n'y a de haine, de rejet. Au contraire, sous les mots tendus on sent l'amour d'une enfant pour ce père rejeté par sa famille, la société, les tabous  «  A l'école primaire, une mère refuse que sa fille continue à s'assoir à côté de moi. Sous prétexte que mon père est homosexuel, je pourrais être lesbienne, dévergonder sa progéniture ».

Elle s'arme de sourires, se drape de discrétion, se tait « un moyen comme un autre de me frayer un chemin dans une vie où je ne trouve pas ma place ».

Pour y parvenir, elle brise les barrières, les « liens toxiques » qui l'unissent à ce père, elle sort des ténèbres, marche vers la lumière. «  Vingt deux ans à rester fidèle à cette règle, ne pas faire de bruit, obéir et me taire, c'est tout ce que l'on attendait de moi. Je ne dis rien, j'écoute. Ma vie est à ce prix. Mes larmes et mes colères, enfouies derrière la douceur d'un visage lisse. Parce que les enfants endossent le poids de la faute de leurs parents, qu'elle soit réelle ou imaginaire, il faut trouver une solution pour racheter une dette qui ne s'effacent pas » […] « Ma vie est à ce prix. Je trahirai. Le bonheur sera ma rébellion ». Elle démine son « champ de ruine ».

 

J'ai rarement lu un livre aussi puissant, aussi fort, aussi passionnant, aussi passionné, aussi aimant. J'en ai versé des larmes de bonheur, j'en ai versé et même si cela s'est vu... C'était juste des larmes, des larmes de joie, des larmes de vie. Encore une fois merci Elsa MONTENSI, merci. Ce recueil est tellement fort, poignant, sincère, beau, émouvant, vivant que mes mots ne pourront jamais suffire à exprimer tout ce que je ressens.

« Désordres, lettre à un père » a été révélé par nous les blogueurs. Nous l’avons fait voyager de mains en mains, d’âme en âme. Un livre voyageur, un livre de partage...  Il a fini sa course dans ma bibliothèque au rayon Pépites et encore plus je crois, oui encore plus. Il a fini son voyage dans mon âme, dans ma caboche fissurée, là où les lumières sont les plus belles, là où la vie renait.

 

Et j’aimerai juste clôturer ce billet par un message personnel à l’auteure «  Elsa MONTENSI : il y a des instants, des moments, des passages dans une vie qui font que nous rencontrons, des personnes qui nous apportent, nous touchent par leurs écrits, leurs âmes et nous aident à trouver une voie, un chemin, nous dévoilent ». Le doute est incontournable mais il nous fait avancer car il nous questionne et nous fait déposer nos mots, tout comme les pastels mettent des couleurs dans la vie et les photos, des images dans le cœur.

« Du désordre nait la vie » !

 

Quelques extraits (mais j'aurai pu vous recopier ce recueil dans sa totalité...)

- "J'aurai pu rester dans l'ombre, mais les mots ne m'ont pas laissé le choix, ils voulaient sortir, voir le jour"...

- " Je découvre la vie, me rencontre, me reconnais dans les livres. La musique des mots, espace vital où je reprends mon souffle, puise des forces pour aller de l'avant. Je les attrape a vol, m'en saisis, les brandis comme un étendard. La littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde."...

 -  " Face à l'âpreté du dehors restent les plaisirs minuscules, démultiplication de ces poignées de secondes savourées à la dérobée. A l'ombre des haies, sous les herbes folles, dans les champs abandonnés, je suis protégée. Nuages m'entraînant dans leur course folle, coccinelles à apprivoiser. Rares instants éclaboussés de rires. La nature ne juge pas. "

 - « La vie, je la regarde de l’extérieur, derrière de grands murs. Je la vis à contre-courant, dans les pages noircies de mes cahiers, par procuration dans les mots des autres. L’écriture, une arme contre les lâchetés de la vie. Bouclier magique, invisible. L’encre demeure l’instrument privilégié pour aplanir, effacer les aspérités du dehors. Le courage, la force pour faire face aux anfractuosités du monde. Puisées à la source. Dans la solitude ».