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"Les coups de canon ont crevé les nuages et tué les anges. Dieu, le rouge au front, s'est enfui. Non pas qu'il soit lâche, il a décidé de ne pas se mêler de la folie des hommes".

 

Nous avons tous des souvenirs liés à la Grande Guerre celle de 1914/1918... tous des souvenirs scolaires, de "fond de jeans" usés sur les bancs, d'heures qui s'égrènent sur l'horloge posée au dessus de la porte de la classe, tous des souvenirs de cours d'histoire, du temps qui passe et d'images qui trottent en tête...

Nous en avons tous, oui de ces images de guerre celle de la Somme, du Chemin des Dames, de Verdun, de ces poilus à l'uniforme bleu-horizon, ces gueules cassées, ces tranchées qui ont à jamais défiguré certains paysages...

Nous avons tous un aïeul qui a combattu à son corps défendant, qui y a laissé des vestiges de vie, des cicatrices de guerres, des traumatismes d'attaques chimiques. Nous avons tous un aïeul, oui, qui a combattu quelques part sur cette terre pour défendre une certaine valeur, un patriotisme ou une force dictée... Nous en avons tous, qu'il ait été soldat, résistant, guerrier ou "malgré-nous". Tous. Et moi qui suis lorraine de coeur, j'ai de multiples témoignages, souvenirs, images...

Alors lorsque Maryline MARTIN et moi sommes rentrées en contact via internet, je n'ai pas ressenti l'envie de lire son recueil de nouvelles. Le devoir de mémoire, j'en avais tellement entendu parler, je l'avais tellement vécu que l'histoire de cette guerre, des palabres de 1914/1918, des boucheries et images, je m'en méfiais comme de la peste, du choléra... Bref je n'étais pas prête à entrer de plain-pied de nouveau dans cet univers masculin fait de terreur, de canons et d'acier. La guerre, très peu pour moi. Non merci... Verdun je ne voulais plus en entendre parler.

 

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Mais cet échange épistolaire ne fut pas banal. Ce fut des discussions interminables sur les censures et bugs informatiques, de pshitt orange/citron (saveur de notre enfance), de chocolatines/pains au chocolat, de romans, d'auteurs, de salons (alors nous nous sommes vues ou pas à Châteauroux ?). Bref Maryline MARTIN et moi ce fut une rencontre joyeuse faite de partages... Et en aucune sorte son histoire à elle, son livre.

Mais voilà : la Forêt des Livres a fait son effet, la rencontre a réellement eu lieu à cette occasion. Et là oui, je peux le dire, ce fut une vraie bataille contre les éléments : vent, pluie, boue, tranchée... Pour pouvoir enfin la rencontrer, j'ai bravé, thermos de thé au poing pour réchauffer les coeurs, la pluie, les bourrasques de vent, le froid et la boue en plein été. Et quel magnifique rayon de soleil, un vrai petit carré jaune, une éclaircie, une joie, une complicité immédiate. Pour cela, Maryline MARTIN merci... (euh il me semble que l'on se tutoie mais bon là je fais un billet hyper sérieux alors hein...)

 

Je me suis donc attelée à son livre "LES DAMES DES CHEMINS " offert par sa maison d'Edition (les Editions Glyphe - il faut dire que j'étais la première à me présenter ce matin là)... Et là, boum ! Telle une déflagration d'obus, un shell shock, j'ai été immédiatement projetée en pleine guerre des tranchées, sur ce chemin des Dames, en territoire cabossé. Alors oui, par habitude, cet univers est réservé aux historiens, aux passionnés de cette période. Mais là, Maryline MARTIN m'a embarquée dans son devoir de mémoire, dans son passé, dans l'histoire de Abel, son grand Oncle disparu lors de l'offensive Nivel le 16 avril 1917. Et a ressurgi en moi, mon histoire personnelle, celle que l'on m'avait racontée enfant lors de mes séjours en terre Lorraine. 

Maryline MARTIN nous raconte donc dans ces douze courtes nouvelles son histoire familiale mais aussi celle que nos livres scolaires n'ont pas évoqué : l'histoire de cette cruauté qu'est la guerre, l'histoire de femmes et d'hommes, l'histoire de vies chamboulées par les armes et le feu. Et son écriture est d'une telle force, sa façon d'évoquer les terres, les paysages dantesques que j'ai revécu mon histoire personnelle. J'ai revu les terres de Verdun, ces tranchées aujourd'hui recouvertes par des arbres et d'herbes folles mais à jamais défigurées. J'ai revu la neige se vêtir d'un manteau de sang et de chairs. J'ai revu ces champs d'honneur minés, ces mémoriaux pour la paix et j'ai revu mon Grand Oncle, Adrien, mort lui aussi au combat en 1916.

 

 

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Et dès la première nouvelle, nous comprenons que Maryline MARTIN nous parle avec son coeur, son cri, son envie de combattre cette folie humaine. Sa plume nous transperce, nous bataillons contre les grands idéaux qu'est la guerre, nous côtoyons l'enfer, le paradis, le purgatoire.

Nous sommes ces Dames qui soignent, pansent les âmes et blessures, Nous sommes ces prostituées qui d'un coup de rein, donnent le plaisir aux hommes laboureurs/guerriers. Nous sommes ces veuves, ces mères, ces marraines de guerre, ces fiancées, ces femmes travaillant à des métiers d'hommes, ces enfants attendant leur père. Nous sommes, Elles, ces Dames du Chemin.

Et nous sommes eux, guerriers de l'horreur, à ne plus croire en ces valeurs, révoltés et trompés par des plus gradés, des officiers "ronds de cuir", ceux qui sont au delà des lignes, au delà du front. Nous sommes ces soldats, ces gueules cassés, ces prisonniers, ces mutins, ces tirailleurs africains, ces victimes traumatisées par les vent d'obus, le fameux Shell-Shock, ces troubles psychiques qui empêchent les hommes de se reconstruire, ces soldats de la honte, ces traumatisés des bourbiers...

 

Maryline MARTIN nous touche par sa grâce, son habileté à nous mener dans cette boue, ce marasme et à nous mener vers un chemin possible, une lumière, un repos, la paix. Ces mots résonnent en nous, comme résonnent les canons à nos oreilles de gens soi-disant humanisés, orgueil de nos pensées. Mais quels magnifiques hommages, quelle vie qui regorgent sous ces terres martyrisées, quels espoirs et humanismes derrière des visages ravagés : la victoire, la naissance-renaissance, la der des der... On ne sort pas indemne de ce recueil de nouvelles mais on en ressort vivant, en paix. 

 

Maryline MARTIN, pour te dire la vérité... tu m'as fusillée, bouleversée. Ces Dames du Chemin sont magnifiques et cela sans aucune flagornerie ou amitié. Non tu m'as fusillée et j'en suis sortie au delà de tous les mots/maux, en paix. Lire ces nouvelles et se dire quelles sont toujours d'actualité et qu'hélas l'homme n'a pas changé dans sa vision des idéaux. Et merci à Jean Pierre VERNEY pour sa superbe préface qui fait gloire à ta plume et à ton travail de mémoire. 

 

 

"Les Dames du Chemin" est sélectionné pour le prix d'Oizelle 2013 remis fin septembre... Posons les armes et espérons un moment de grâce.