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"Aimer et perdre. La vie était rythmée par ces deux mots : aimer et perdre. Aimer le plus longtemps possible, et puis un beau jour tout perdre. J'allais devoir réapprendre à aimer pour réapprendre à perdre. Pour l'instant je me contentais d'écouter la pluie en regardant mes mains".

 

 Je vous le dis tout de suite, l'histoire est irracontable. Tout commence par une promenade au pied d'une falaise... Jusqu'à là rien de bien nouveau. Oui mais voilà : " [..] mon père, ma soeur et moi [...] avions emmené notre chien Bobby, un border collie croisé labrador [...]. Et alors que nous marchions depuis seulement quelques minutes, on a entendu Bobby couiner fort avant de tomber comme une mouche. Un petit couinement que le vent a eu du mal à emporter plus loin, et sa chute dans la poussière au bord de la falaise. "...

 

Et c'est parti pour une lecture où l'auteur nous narre les péripéties d'un jeune homme au bord du désespoir.

Il a beau rencontrer l'amour sonnant au doux nom d'Alice dans une file d'attente d'un supermarché quelconque, et lui susurrer à l'oreille, des noms de poissons en boite, la belle ne reste pas ("Alice m'a dit qu'elle avait déjà pêché le maquereau avec son père. Je lui ai répondu que j'en mangeais souvent, et que j'adorais le maquereau"). Il a beau se faire un pote, amateur de maquettes d'avions, ("Arny se rangeait plutôt du côté des moineaux et des avions de plaisance que de celui des aigles et des avions de chasse. Et ce monde avait définitivement décidé de faire la part belle aux rapaces"), il clame son désespoir, de façon très poétique, dans les rues matinales de sa ville. Il a beau constater le suicide de ce même ami, il lui greffe aussitôt des ailes de carton dans le dos (les mêmes qu'il a cherché à greffer à Bobby lors de sa mort). Il y a bien la merveilleuse propriétaire de son appartement qui lui apporte des tartes aux pommes ("pour que le monde tourne bien rond, il aurait peut-être tout simplement fallu que toutes les ruptures aient le goût sucré d'une tarte aux pommes."). Rien n'y fait... Il broie du noir de se voir seul dans cette vie misérable.

Pour palier ce manque de vie, il s'achète un flingue... Et cet objet devient son ultime ami, son confident, son double. Partout où il va, il l'emmène avec lui, en fait sa compagne de vie, tombe en amour pour cet objet et retrouve le goût de vivre, ("une compagnie silencieuse qui savait comment prendre quelqu'un par les sentiments.")... Paradoxal mais tellement bien écrit.

 

Ce roman est un OLNI, un objet littéraire non identifié. Pour un premier roman Guillaume SIAUDEAU nous parle donc de fin du monde, de chiens possédant des ailes de carton, de flingue, de boite de maquereaux, d'un coup de foudre, d'abandon de soi, de quais de déchargement, de maquettes d'avions, de balades oniriques matinales, de cocktails clignotants, de vies qui s'étiolent, de tartes aux pommes, de la simplicité et la banalité de la vie... C'est léger, humoristique, grave, doux, philosophique et bourré de poésie burlesque et attachante. Bref pour un premier roman, Guillaume SIAUDEAU a visé juste.

 

"Tartes aux pommes et fin du monde" est un roman drôle mais pas comique, simple mais touchant, grave mais pas désespérant. C'est le mélange des genres, la foire à la simplicité et à la beauté des mots et des phrases, les turpitudes du quotidien , les idées noires et les bonheurs des lendemains. C'est l'équilibre que l'on cherche, le pas que l'on entreprend l'un après l'autre, le chemin que l'on emprunte vers l'inconnu. Celui dont on n'est pas sûr mais qu'importe puisque l'inconnu n'est de toute façon pas connu. C'est les petites joies, les petits riens du quotidien, les désespoirs et les cris que l'on ne pousse pas de peur de se frotter à des plus forts que soi. C'est la lumière dans la nuit noire, c'est des mains tendues lorsqu'on ne trouve plus de repères, lorsqu'on recherche un nouvel itinéraire, une nouvelle voie.

Cela reste une fiction, un roman, mais de la légèreté de ces phrases, Guillaume SIAUDEAU en tire un petit livre philosophique sur les petites choses de la vie. Et cela fait du bien lorsque vous aussi vous croisez des rapaces sur votre chemin. 

 

"Je suis rentré courbé avec un peu de larmes dans chaque paupière. Je serais incapable de dire si j'ai pleuré en millilitres, en centilitres ou bien en litres. Je sais qu'avec tout ce qui est tombé j'aurais sûrement pu prendre un bain et me rincer avec le surplus.

La solitude s'était pointé à l'improviste le sourire en coin et maintenant me tapotait sur l'épaule pour me chuchoter des choses bizarres."

 

 A grignoter avec gourmandise : La Méduse et le Renard