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Drôle d'objet que voilà... je devrais même dire drôle et magnifique objet que voilà ! 

Ce petit support multimédia est une porte d'entrée pour un voyage poétique en terre urbaine ; voyage en périphérie, voyage sous terre, voyage au bout de la nuit aurait dit Louis-Ferdinand CELINE. Un voyage où les mots sonnent, résonnent, tintent, bourdonnent, slament, s'expriment, se conjuguent, se jouent, se redoutent, s'éparpillent, se construisent et tel un feu d' "art' i fice" explosent dans un magnifique ouvrage. 

Comme dit si bien Blablablamia" Ca pourrait être un CD avec un livret, et son CD, mais non, là c'est un joli livre au papier de qualité, avec de très belles illustrations, et une clé USB dans une petite enveloppe à la fin, où se trouvent les textes slammés en format mp3.".

Car qui n'a pas rêvé de redécouvrir sa ville, de l'habiter dans son âme et son être, de l'aimer et la comprendre, de la haïr et la rejeter, de la chercher et l'apprivoiser. Qui ne s'est pas arrêté devant ces grandes barres d'immeubles ou ces petites maisons bourgeoises. Qui n'a pas rêvassé sur un banc face à une construction de bric et de broc ou à un arrêt de bus, de tram, de métro. Qui n'a pas tenté de mettre ses maux/mots sur sa ville, "celle où l'on vit, qu'on connait par coeur, qu'on ne regarde même plus, celle qu'on détruit, celle qu'on construit, celle qu'on redoute et qu'on fuit, celle qu'on admire et qui nous insprire."   

Ma ville... je l'ai côtoyée, recherchée, arpentée, découpée, aimée, haïe, je m'y suis identifiée... Mais découvrir ce qu'en a fait Chantal METZEGER-ROCA MAX'RIME, slameurs, Pauline GUIHO BLANCHARD, peintures, dessins, collage, DYER et JOCKS aux graff'... là je suis oui sans voix. Sans voix car c'est de la magie de les lire, les entendre, les regarder.

Oui c'est de la magie de pouvoir tourner les pages de ce tout petit livret aux mots délicatement posés. Et ces 5 sorciers bretons sont de merveilleux poètes : "le nez toujours entre les pages, un stylo et des cahiers en guise de livre de chevet…" (Chantal Metzeger-Roca), "Tout est possible, tout n'est qu'essais" (Pauline Guilo Blanchard), "le graffiti (et l’art en général) a plus de sens dans l’espace, urbain ou non." (Jocks), "je suis revenue aux sources" (Dyer), "rien n’est plus beau que les mots lorsqu’ils usent de poésie et d’images" (Max'Rime)

 

Oui "Ces gens qui s'expriment" éditée par la toute jeune maison "Le bleu des étoiles" est un véritable petit bijou servi dans un écrin d'opaline, une perle rare qui ne demande qu'à devenir perle précieuse. "Parce que l'on veut créer, parce qu'on se dit que tout est possible, parce que l'on refuse de rentrer dans les cases, parce qu'on veut toujours plus".

 

Et pour tout vous dire si ce petit recueil de poésie urbaine m'a fait penser à CELINE ou Samuel BENCHETRIT, il m'a aussi fait rappeler un maître de la photographie Raymond DEPARDON, et trois de ces compères... Clément DARASSE, DOROTHY SHOES et Cyrus CORNU, quatre mousquetaires de l'âme humaine, urbaine, poètes du déclencheur, de la pellicule. J'ai redécouvert par leurs photos la ville, ses habitants, ses immeubles, ses âmes qui les habitent. Et quelle belle communion que ces quatre as de la photographie avec ce petit livret, "Ces gens qui s'expriment". Un vrai et beau moment d'art urbain, d'art tout court.

Surtout laissons la liberté artistique s'exprimer... Elle est de toute beauté !

 

Aurélie MJ encore merci de m'avoir fait goûter à ta marmite druidique, à "Cent Bleus"... C'est juste très émouvant d'assister à la naissance d'une aussi belle maison d'édition et de ses jeunes auteurs. Trugarez !

 

 

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Métro 

(Chantal METZGER-ROCA accompagnée par Pauline GUIHO BLANCHARD, DYER & JOCKS)

Un quai sombre, une nuit froide, la solitude des couloirs à la lumière blafarde, des pubs de spectacles pour rire ou s'émouvoir, alors qu'on est tout seul dans les couloirs. Le bruit des pas solitaires et pesants, qui font monter un stress angoissant. Pas très engageant le métro parisien, la nuit, quand l'hiver a enfermé les gens.

Un banc de bois dur, une barre d'acier sale, la saccade bruyante de la rame qui s'tord sur les rails. A une heure tout droit sortie on ne sait où, quand les aiguilles ont perdu l'nord, qu'on ne sait plus vraiment si on est encore dedans ou dehors.

On s'oublie silencieux dans ce monde sans personne, où les rares passants, sombres inconnus, s'isolent. Où on n'échange surtout rien, comme si in mot pouvait faire tomber les murs.

C'est sûr, six pieds sous terre, je t'assure, on a une certitude, les murs faut qu'ils tiennent, qu'ils résistent, qu'ils soutiennent. 

Les couloirs, les tunnels, les rames, les quais, les pub, les drames, les matins enchaînes, embringués dans un manège, malmenés par des millions d'pas qui s'gênent. 

Et le soir, épuisés, dans les effluves des corps sales, anéantis, abrutis. Bestial. Dans cet endroit spécial où rien n'est "normal".

Et puis adossés contre un plan du métro, seuls enlacés, loin du bruit, des silences, des passants d'la saleté. Ils sont hors du temps, accompagnant des aiguilles sans nord, les yeux dans les yeux. 

Ils ne voient qu'eux, alchimie de l'aimant, soudés l'un à l'autre, font écran.

Plus rien ne les touche ni ne les dérange. Ils sont l'amour, unique et intense, et soudain dans ce coin imparfait et malsain, on ressent comme un parfum. Le bonheur est juste là, les passants les r'gardent et s'échangent un sourire malicieux...

Le bonheur à vrai dire, surtout ici, c'est contagieux.

Parfois dans le métro parisien, y'a d'la magie, ça c'est certain.