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Pour le soleil sur le coriandre sur Barbès et avant l’heure. Merci

Pour l’irréelle virée de chats, dans les gouttières des banlieues bleues, sous le sax bienveillant de Coltrane.
Pour les affaires jugées et pas classées et rejugées et pas classées. Pour la surprise du dialogue, et l’évidence des épidermes. Pour la danse évidemment, et le mix qui dérange. Pour toutes les tables posées sur tous les tréteaux. Pour les descentes à vélo dans les rues des enfances.
Pour l’affirmation, la contradiction et le doute et la salade entre les dents. Pour l’entretemps, et la lenteur des rêves à décanter.

Pour le mur doux, le mur solide, le mur mou du son. Pour ceux qui les dépassent en les escaladant. Pour l’escalade.

Pour la timidité vengeresse, pour les mots hyper bien gardés, pour le recueil jaune, le livre jaune, le cahier jaune, et le papier chinois.

Merci pour les sous-sols, à ceux qui, marteaux piqueurs ne voteront pas. Pour le gaz, l’électricité, le chauffage, l’eau potable et le toit. Pour l’escalier. Pour toi. Pour l’escalier. Pour toi. Pour le carton, la relecture, la reliure, et les photos. Pour le crew, décidé, décidément farouche, seins nus, feutre noir, sans bandoulière, sans slogan, pour le combat vicé au corps. Pour tous les postcas, merci.
Pour le sommeil calme sur le ventre calme. Pour les siestes, les combats calmes. Les siestes calmes et les camions. Pour le poème très court.

Pour le souffle très court. Pour la rage à défendre un futur un peu bien. Merci.

 

Qui est Marie RICHEUX ? Qu'est ce "Polaroïds" ? Pour toutes celles et ceux qui me connaissent depuis le début, vous savez que pour moi cette jeune Grande Dame, est un billet, un immense coup de coeur pour un texte, un MERCI à la vie ! Oui, pour moi Marie RICHEUX c'est ce MERCI ! Mais elle n'est pas que cela. 

Au tout début Marie RICHEUX est une voix sur France Culture. Une voix douce, posée, calme, emprunt d'un "je ne sais quoi" qui font que nos oreilles restent accrochées à ces mots, ces paroles, ces pensées. Une voix qui susurre des Polaroïds comme elle susurre des notes de musiques, des mots d'amour, des gestes d'un quotidien sublimé, des regards échangés, des images sensibles et captées.

Voilà oui Marie RICHEUX c'est "pas la peine de crier"  (Du Lundi au Vendredi sur France Culture de 16h00 à 17h00) ! Quelle magnifique titre, quelle merveilleuse chronique, quelle beauté que cette émission. "Pas la peine de crier" dans un moment où justement le cri est perçu comme un acte de parole, un acte de rébellion, de courage, plus fort que la puissance du silence. Et pourtant le silence, les silences, le poids du silence, la beauté des petits riens quotidiens et du regard posé sur ceux ci est, sont, le plus beau cri que nous puissions espérer entendre...

Dans cette émission, Marie RICHEUX aborde de courtes fictions d'une durée de 5 minutes se terminant sur une musique un rien envoûtante. Ces courtes fictions (700 au total sur 3 ans d'antenne) portent le doux nom de POLAROÏDS. Et là juste ce mot là, c'est un univers dans lequel mes oreilles et mon âme vagabonde gambadent au delà de mon imagination.

Alors vous pensez que lorsque qu'une auteure d'un recueil à jamais gravé dans ma tête m'a avisée (grand merci à elle), il y a quelques mois, de la sortie de ces Polaroïds sous forme d'un livre chez les éditions Sabine WESPIESER, je n'attendais qu'une chose... sa sortie. 

Mais qu'est ce que ce "Polaroïds" ? C'est tout d'abord une écriture. L'écriture fine d'un texte "polarisé", mis dans une lumière douce, un rayon lumineux fugace, "quelque chose qui passe et qui ne reviendra pas, mais que l'on a su fixer au bon moment dans une épreuve unique car sans matrice, sans négatif... (Georges DIDI HUBERMAN - en préface). C'est ensuite un livre que l'on picore, que l'on pose, que l'on regarde pour sa couverture polarisée elle aussi, que l'on embarque dans un voyage, que l'on effeuille ligne après ligne, mot après mot, tendrement, délicatement, doucement. Comme une jouissance de découvrir cette image décrite, mystérieuse, aimée. "Polaroïds" de Marie RICHEUX, c'est une balade, un vagabondage de mots sur une photographie, un instant présent à jamais polarisé.

Lire ces chroniques c'est partir loin, très loin, méditer, relâcher les tensions, entrer dans un univers où l'image vient caresser le mot, le mot vient caresser l'image (on ne sait plus trop d'ailleurs) où  ce dernier (ou dernière) s'empare de l'instant présent et l'enrobe d'une douceur, d'une tendresse, d'un ton, d'un son, d'un rythme, d'une couleur, d'une chaleur. Une image révélatrice d'un fugace moment qui entrent dans la tête, l'âme et n'en ressort pas. Le mot comme vecteur de cette lumière, de cette beauté, de cette irisation de l'oeil. C'est beau, c'est tendre, doux, sublimé, corrosif, questionneur, magnifique, délicat, sensible, poétique.

Lentement, comme un effeuillage, Marie RICHEUX nous amène à découvrir une scène, à partir à la rencontre de notre quotidien, de la banalisation, des non-dits, du minuscule petit-rien qui devient grand et magnifique, de la fissure qui devient cicatrice, de l'ombre qui devient la lumière. Poésies, caresses et émotions. 

 

Et pas la peine de crier... écoutez, lisez et aimez  et rendez vous sur France Culture ou sur  le blog de Marie RICHEUX.