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« Tu te réveilles le matin et tu sais d’avance que c’est un jour déjà levé qui se lève. Que cette journée qui commence sera la sœur jumelle de celle d’hier, d’avant-hier et d’avant-avant-hier. Tu veux traîner un peu plus au lit, voler quelques minutes supplémentaires à ce jour qui pointe afin de reposer un brin plus longtemps ton corps courbatu, particulièrement ce bras gauche encore endolori par les vibrations du lourd marteau avec lequel tu cognes quotidiennement la pierre dure. Mais il faut te lever, Dieu n’a pas fait cette nuit plus longue pour toi. »
Pour une fois, je vous ferai une chronique courte. Courte parce que mes mots ne suffiront pas à dire, exprimer la puissance et la beauté de ce roman, de ces femmes. Pour une fois, je me ferai silence face à leur courage, leur force, leur âme, leur esprit, leur colère, leur paix, leur tendresse, leur douceur. Parce que ce roman est pour moi un vrai message contre toutes les formes de racismes, parce qu'il est pour moi une belle et immense amitié, parce qu'il est pour moi nécessaire de rappeler que nous sommes tous "des photos de groupe au bord du fleuve" 
Attention petit bijou couleur ébène.
Le roman de l'écrivain congolais Emmanuel Dongala est un hommage inconditionnel aux femmes et en particulier aux femmes d'Afrique. Un livre bourré d'énergie, un roman ciselé, un combat au quotidien, une douce lumière africaine, un livre féministe, nécessaire, capital. 

Dans le groupe pris en photo au bord du fleuve ne se trouve que des femmes au travail. Il y a là Méréana, Batatou, Laurentine Paka, Mâ Bileko et les autres, toutes ces femmes africaines. Bagnardes modernes, leur parcours les a amenées dans une carrière où pendant des heures elles réduisent les pierres en graviers et emplissent des sacs qu’elles revendent. Pour vivre mais surtout pour survivre, elles concassent des cailloux.

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Ce que dit cette photo en dit long sur les conditions sociales de la femme noire au travail. Ces femmes ne veulent qu'une chose : voir leur travail payé à sa juste valeur. Elles s’organisent en résistance et refusent de vendre à bas prix. La répression de cette revendication légitime ne se fait pas attendre. Ellle est violente, brutale, opprimante, guerrière.

Avec ce superbe roman, Emmanuel Dongala porte un coup terrible au pouvoir des hommes en Afrique. Il dénonce les violences sexuelles, l'hypocrisie religieuse, la tyrannie du mariage, l'oppression domestique. Si ce roman peut ressembler à un Germinal africain, ce conflit, simplement alimentaire au départ, est l’occasion de rendre audible des bouches trop souvent muettes, des corps trop souvent soumis. 

Emmanuel Dongala manie à merveille l'humour, cette arme des désabusés. Agités, périlleux, magnifiques, mouvements d'épaules, gestes mains et regards complices, même au plus noir de l'adversité, son livre est un bel hymne à la solidarité, une énergie salutaire.
Ce roman est résolument optimiste et féministe. A dévorer de toute urgence...

Et j'aimerais juste finir ce billet par un clin d'oeil à mes amis congolais (si j'avais su parler le lingala j'aurai écrit ce billet en cette langue), mes amis de coeur, de quatre heures riz-barbecue-poulets, mes amis de labeur, de bonheur, de couleur, de beauté, de sérenité, d'humanité. Mes amis de chemin, de sentier..., à ma "drôle de filleule" ;) , à mon amie du mois de mai.
  

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