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Demain, dès l’aube…

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Victor Hugo

extrait du recueil «Les Contemplations»

 

 

Pour vous dire la vérité, je n’avais jusqu’à maintenant jamais ouvert de livre de Marie SIZUN. On m’en avait pourtant parlé et j’avais même croisé l’auteur au Salon de Livres au Mans. Mais voilà, la rencontre n’avait pas eu lieu. Peut être pas le moment ni le temps. Quelle grossière erreur me direz vous… et vous aurez raison ! Totalement.

Marie SIZUN c’est l’émotion à l’état pur. C’est la grâce des mots, la beauté de la phrase et la subtilité de la langue française. C’est tout simplement beau, généreux et humaniste.

Et vous parler de « Un jour par la forêt » ne va pas se faire sans y laisser de moi. Ce livre est venu me chercher dans mes plus profonds souvenirs, dans mes plus profondes difficultés scolaires. Pas évident de ne pas se sentir comme l’héroïne, solitaire, à la marge et à la fois solaire au milieu d’une classe. Pas évident de ne pas ressentir l’échec ou le désintérêt croissant du système éducatif face à la détresse d’une enfant en difficultés. Pas évident de ne pas ressentir au plus profond de son corps et de son âme, l’art difficile de la poésie et la passion de la culture, de sa culture qui arrive sans que l’on sache l’exprimer, la dire, l’envisager et avoir l'envie de la partager. Et difficile aussi de nommer ce qui n’est pas nommable la honte, le rejet d’une certaine image que l’on transporte avec soi.

 « [...] il y a depuis peu un mot qui la dérange. Qui l'intrigue. Qui la fâche. C'est celui de "culture". Qu'est-ce que ça veut précisément dire, ce mot onctueux que les professeurs prononcent avec la bouche en cul de poule, comme une chose précieuse, rare, à ne pas toucher les mains sales ? »

 

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Alors oui ce roman, je n’irais pas par quatre chemins d’école buissonnière, m’a bouleversée. Il m’a bouleversée parce qu’il m’a rappelé mes errances et mes tourments scolaires et certains handicaps face au système éducatif qui ne m’a pas toujours aidée. Mais il m’a rappelé aussi les mains qui se sont tendues tout au long de mon parcours, qui m’ont apporté cette passion et cette passerelle à découvrir mes valeurs et mes envies.

Au détour d’un titre de livre, je me suis reconnue… « Un jour par la forêt ». Tout était dit dans ces cinq mots : le temps, le lieu, la poésie, le chemin possible, l’aube. Comment avais je pu ignorer le roman de Marie SIZUN ? Comment ? Je me le demande encore.

 

L’histoire - résumé de la maison d’édition Arléa... (magnifique maison d'édition, il faut le dire... je suis quasi fan)

Qu’est-ce qui pousse Sabine, petite élève de 5e, solitaire et rêveuse, à ne pas se rendre en classe, ce matin de printemps ? Pourquoi décide-t-elle ce jour-là de faire l’école buissonnière, et d’aller à la découverte d’un Paris qu’elle ne connaît pas très bien et qui l’a toujours fascinée ?
Ce n’est pas seulement pour échapper au rendez-vous que la prof de français, excédée par son désintérêt, a fixé à sa mère.

La fuite de Sabine parle de honte et d’incompréhension.

Honte de sa mère, qu’elle sent ne pas correspondre à l’image qu’on se fait d’une mère attentive, soucieuse de la scolarité de son enfant ; mais aussi honte de son milieu social où la culture reste un mot opaque, presque hostile. La petite prend soudain conscience que ce monde du lycée lui est fermé, comme il l’a été aux siens.

Mais, au cours de sa journée vagabonde, bien des choses vont changer pour elle. Le hasard d’une rencontre lui fera découvrir le trésor qu’elle porte en elle et qui ne demande qu’à être révélé.

 

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« Un jour par la forêt » est plus qu’un roman, une fiction. C’est un véritable plaidoyer pour l’art des belles choses, des belles lettres, de la culture abordable pour tous, du partage, de l’entraide, de l’éveil à la diversité et à l’amour de soi, de l’éducation, du chemin qui nous y mène, de la beauté des vagabondages et des sentiers divers. C’est un manifeste pour plus d’indulgence envers les élèves qui ont décroché, qui sont décalés, ceux que le système éducatif qualifie de difficiles, parce que à la traîne.

C’est un roman sur l’éveil à soi, à la douceur et la tendresse d’être différent mais de s’accepter telle quelle, d’accepter notre filiation et les richesses qu’elle nous prodigue.

« - Oui, intervient John, la culture ce n'est pas seulement l'instruction, les choses qu'il faut savoir... C'est beaucoup plus et beaucoup moins à la fois ; c'est attraper tout ce qui permet de devenir soi-même. Par exemple approcher la peinture, la musique, la littérature. tout ce qui fait la poésie de la vie ! ... Et la poésie de la vie c'est - you know that, darling ! - le contraire de la fausse vie, la vie imbécile, que la publicité, par exemple, propose aux gens, tu comprends ? La poésie, c'est ce qui révèle la vraie vie.. La vie simple... »

 

« Un jour par la forêt » est un roman qui accorde une magnifique place au droit d’être différent, au droit à la culture pour tous, au droit de pouvoir d’un vers, d’une phrase, d’une beauté qui est là, déclamer des rimes, des proses, sentir sous la brise du vent les mots porter au large, de connaitre la solidarité, d’entendre les larmes se déposer sur une feuille de papier et se laisser aller à les aimer. Un hymne à l'enfance et à la poésie.

 

« Et maintenant, sans doute, nous serions capable de reconnaître cette voix de la poésie partout où elle se ferait entendre » Valéry LARBAUD (devoirs de vacances, Enfantines).

 

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