fenetre 1 « C’est un travail à plein temps de regarder à la fenêtre, de surveiller, de guetter… D’ailleurs, retournons-y… Il ne faudrait pas manquer quelque chose »

Il y a des bandes dessinées qui vous tombent, par hasard, dans des mains un matin. Non, pas par hasard ! Le hasard n’existe que dans la science fiction, dans un temps où le temps est lui-même un hasard (vous me suivez là ??? pas sur hein). Et il y a des bandes dessinées qui vous tombent dans des mains, le soir aussi !

Et ces rencontres inopinées sont  comme de merveilleuses bulles, de merveilleux moments capturés, comme une parenthèse, une fenêtre ouverte sur un autre monde, d’autres vies, des « fenêtres sur cour » des « Fenêtres sur rues »…  Alors vous comprenez que le hasard… il n’existe pas, qu’il n’est pas lié à un quelconque moment, instant ni lieu. Que c’était juste le moment d’ouvrir la fenêtre et de laisser rentrer la vie.

« Si une fenêtre est une ouverture qui permet d’assurer l’aération et la lumière… elle permet aussi d’assurer la vue … sur d’autres fenêtres derrière lesquelles se déroulent des histoires… ».

Imaginez, vous ouvrez cette BD… Vous vous attendez à un monde où les bulles vont causer, les onomatopées se régaler, les dessins glisser et la plume de RABATE exercer sa liberté de vie.

Et bien oubliez tout !

Posez vous devant cette fenêtre et regardez la vie qui grouille autour de vous. Posez vous, observez les habitudes de vos voisins, les aléas, les rires, les colères, les liens qui se tissent, la vie qui défile.

rabatéImaginez un café où l’on refait le monde, un café où le L devient une magnifique envolée poétique. Imaginez un couple où les coups de couteaux fusent plus vite que les mots, une famille où la solitude rejaillie au détour de deux fenêtres. Regardez bien, vous voyez… !

Regardez, je vous dis. Je vous autorise à être curieux que ce soit en ce début de matinée où les êtres se réveillent ou en cette fin de soirée où la vie noctambule, les amours, les amants se retrouvent et se découvrent.

Vous voyez, cet homme, ce peintre, cette télévision allumée. Vous les voyez ces couples s’enlacer, s’embraser. Vous les entendez ces hommes refaire le monde au comptoir du Penalty… Et vous entendez les rires et les chants des ouvriers travaillant sur ce chantier, ravalant l’immeuble comme on passe les couleurs.

 

Un plan fixe, une dizaine de fenêtres ouvertes ou fermées, la vie, la mort et des silhouettes encore et encore. Une laverie où on passe l’amour à la machine, un bistrot centre du monde, un homme à bicyclette qui ressemble à mon Oncle, une silhouette, un homme à la pipe, reconnaissable entre mille…. Un décor unique, 23 acteurs et deux chiens réunis dans vingt tableaux, vingt moments de vie quotidienne. Matin ou soir à vous de choisir votre sens de lecture.

Cette bande dessinée est une œuvre d’art, un théâtre en miniature. Fragments de vie au détour d’une fenêtre, fragments de vie au détour d’une page accordéon, bandonéon, d’une page à déplier comme une trajectoire, une histoire à suivre, à revenir, à se poursuivre. Comme un voyeur prenez votre temps à observer et noter les habitudes de ces voisins. Repérez les comportements, prenez soin de regarder, de voir les indices distillés au compte d’encre, d'épier les intimités suggérées, entendez les non dits, les silences. Ecoutez les bruits de cet l’immeuble, l’immeuble d’en face, l’immeuble aux « Fenêtres sur rue ». Observer cette bande dessinée comme un exercice sociologique, un art de vivre. Soyez comme Alfred Hitchcock, maître dans l’art de l’observation, régalez vous de la grande scène théâtrale qu’est la vie.

 

Pascal RABATE a encore conçu cette bande dessinée « Fenêtre sur rue » comme une magnifique pièce de théâtre, un livre cinématographié, une pièce en forme d’accordéon. Noctambule (clin d’œil à la collection de la maison d’édition) ou esprit matinal, vous aimerez cette poésie, cette parodie de la vie, cette minuscule bulle où au détour d’une fenêtre, vous vous glisserez dans la peau d’un(e) autre. Allez regardez encore, pour une fois soyez voyeur, régalez vous, devenez curieux. Au théâtre ce soir, on joue "fenêtre sur rue" de Pascal RABATE. Le rideau vient de s'ouvrir…

 

Rejouer cette pièce chez Mademoizelle

 

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