anne percinIl règne en ce moment un drôle de climat en France et en Europe d'une manière générale. Un climat fait de haines, de notions "famille, patrie" mis à tout bout de champ sans vraiment de tenants ni d'aboutissants.

Des relents d'un vieux continent où on prône les valeurs dites « référents » comme des valeurs refuges, sûres.

Les cortèges fleurissent comme si une fin du monde approchée à grands pas : quolibets, calicots, pancartes, croix et cris, arcs en ciel rose et bleu layette, couleurs flétries, fureurs, incompréhensions, moralisations, reculades, avancées, culottes et slips en étendard.

De ces cortèges bien des choses, des paroles, des gestes sont prononcés : des grandes pensées sont édictées comme nous édictons une loi contre ceux qui menacent l'ordre publique. Des livres sont jetés en pâture comme un soi-disant théorie du genre.

La culture devient l'ennemi à abattre. On pille, on assassine nos bibliothèques, nos libraires. Les bûchers des vanités ressurgissent. Où sont nos valeurs issues du siècle des lumières ? Dans les ténèbres, dans la colère, les peurs et les désespoirs de plus aimer son prochain, de veiller de manière idolâtrique et fanatique sur notre portée ?

Les livres « jeunesse » sont hors la loi. Ils deviennent des outils de propagande démoniaque où leurs teneurs sont détournées au profit de leur véritable histoire. On ne permet plus à nos enfants de découvrir, se découvrir à travers les livres. On désire leur dicter, lire des mots purs et aseptisés. Mais c'est quoi cette théorie ? C'est quoi un genre ? Masculin contre Féminin ! Homme contre Femme ! Homme contre Homme ! Femme contre Femme ! 

Alors pour m'assurer de la haute toxicité de certains livres mis au pilori sur ces bûchers, je les lis. J'achète et lis ces petits romans destinés aux jeunes publics pour voir si la véracité des paroles entendues et lues est vraie. Car il s'en est proclamé des cris sur "je porte la culotte/le jour du slip" de Thomas GORGET et Anne PERCIN. Il s'en est dit des cruautés... (Pour rappel : http://jeunesse.actualitte.com/reportages/le-jour-du-slip-je-porte-la-culotte-menaces-sur-internet-710.htm)

 

 

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Mais quand est-il de ce petit roman haut comme trois pommes et croqué par les bambins. « Le jour du slip/ je porte la culotte » est éditée par la Maison d’édition ROUERGUE dans la collection BOOMERANG qui pour rappel édite de courts romans recto verso. Donc « je porte la culotte/le jour du slip », est une histoire ou plutôt non deux. Anne PERCIN et Thomas GORGET ont, chacun leur tour, abordé de façons drôles, tendres et émouvantes le changement de sexe.

 

"Le jour du slip" aborde la vie d’une petite fille devenant dès son réveil un petit garçon, Corentin T-shirt à capuche bleu marine ; des chaussettes bleu marine avec un Snoopy dessus ; un slip vert kaki avec des lignes comme ça : (apparait l'image d'un slip kangorou) !»

Non mais ce n’est pas possible là… Comment une fille peut elle devenir un garçon comme ça du jour au lendemain. Comment une petite fille de 8/10 ans peut-elle se lever et découvrir qu’à la place d’une zézette, elle a un zizi. Non mais c’est quoi ce bazar ! : « Sous mes doigts, là où d’habitude il y a qu’une toute petite bosse de peau douce, maintenant, il y a … un zizi ! Je sursaute comme si ça allait me mordre – et paf ! […] mais qu’est ce qui se passe ici ? »

Et Anne PERCIN nous prend par la main et nous amène dans les turpitudes et les états d’âme de Corinne devenu Corentin. Et nous passons par toutes les étapes : comment devenir copain avec le plus cancre de la classe, celui qui justement fait les pires vacheries aux copines, celui à qui on a l’habitude en tant que pote, de faire des frites. Comment se tenir à la cantine devant les assiettes de purée largement remplies. Comment pouvoir être libre de faire les pires bêtises et ne pas être grondée parce que « je suis un garçon ». Comment ne pas se faire traiter de fille parce qu’une fille ça pleure. Et puis comment aussi se rendre compte que l’on peut tomber amoureuse d’une fille, une copine qui possède la même sensibilité que soi, moi fillette transformée en garçon.

 

 

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Et de son côté, Thomas GORGET et son "je porte la culotte" nous trace la journée de Corentin transformé en petite fille, Corinne en l’occurrence. Et là le drame.

Non mais tu imagines, moi Corentin, je suis une fille ! Une fille quoi !! Non mais là c’est mortel, je préfère être tout sauf une fille. Aaaaaaaaahhh « Je n’ai plus de zizi !!! Et, à la place : rien, un non-zizi, une fente, une… une zézette ! Une zézette ?!? C’est sans doute un cauchemar, je dois encore dormir. » L’horreur, l’horreur !!

Et une fille ça n’a pas le droit de bouger, ça joue à la poupée ou avec des trucs super moches; ça n'a pas le droit de bavarder, ça doit se tenir sagement sur sa chaise à l’école, faire des couettes à ses copines, être délicate et douce mais peste à souhait aussi. Bon l’avantage d’être fille, est que je peux avoir des câlins de Maman et ça franchement je kif… Mais le truc c’est qu’il faut que je porte une culotte, une culotte de fille en plus, « Avec une sorte de lapin la bouche en croix et un cœur qui lui sort de l’oreille. » Par contre le truc de ouf, je peux côtoyer ouvertement mon amoureuse sans que l’on se moque de moi. Et là aussi c’est le truc fun.

 

Bon tout ça pour vous dire en fait que je me suis bien marrée à lire ce petit bouquin subversif… Oui oui, vous avez bien lu : SUBVERSIF oui mais de PLAISIRS ! A chaque page on découvre avec tendresse et douceur, le rôle de chaque protagoniste et les avantages/inconvénients d’être fille ou garçon, l’image que l’on doit projeter, la vie qui nous est tracée en tant que genre féminin ou masculin et les attitudes aussi des autres autour de nous, de nos proches et amis…

Alors dire que ce petit roman est emprunt d’un univers nauséabond, où l’on mélange allégrement les genres, ou il est honteux de lire cela à nos enfants et empêcher la possibilité de prendre en compte le comportement des autres… cela me semble tout bonnement CULOTTE. Alors oui, j’aborde fièrement la culotte et le slip et je prends aussi plaisir à en changer tout les jours (non mais) et le cas échéant je fais la même chose avec mes marmots, il n’y a pas de raison. Na ! (et retrouvez le sublime message de Charlotte à sa fille)

 

Et comme en ce jour de la sainte Aimée, on fait pas les choses dans la dentelle : retrouver d'autres culottes et slips chez Charlotte l'insatiable (en colère), dans la bibliothèque de Noukette (qui nous avoue sa double face), dans la penderie de Moka (ah ça ira ça ira...) ou encore chez la malicieuse Stéphie et ses milles et une frasque, chez le seul mec de la bande Jérôme, chez la douce Mirontaine (qui s'est permise de sécer les cours), chez la mythologique Irrégulière, chez Tatania (qui a fait ça en famille pfff les valeurs se perdent), chez Leilonna (kafkaeïenne à souhait)