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Chère Laurence Tardieu

 

Voilà vous le savez, j’ai lu votre livre « L’écriture et la vie ». Certaines lectures demandent du temps. Un temps non pas parce que votre livre est un volume, un temps parce que les mots lus, vous touchent, vous emportent, vous ramènent à votre propre reflet, vos propres déviances. Il faut un temps pour les lire, s’en imprégner, s’y reconnaitre à chaque phrase, y laisser de soi, l’admettre, plonger, nager en eaux profondes, apercevoir la lumière, saisir la main amie qui vous la montre et aimer ces mots pour ce qu’ils sont là couchés sur cette feuille de papier.

Chère Laurence, oui vous m’avez touchée et au-delà de ce que je pensais. Vous m’avez touchée au plus profond de mon âme. J’ai découvert les paysages, parcouru les pages, pleuré les mots, tiré la force dans vos phrases, aimé à n’en plus finir votre écriture, votre plume. Je me suis noyée dans vos feuilles, j’ai énormément douté de moi et comme vous, j’ai cherché, cheminé vers mes propres cicatrices. J’ai gratté pour renaitre et capter tous les instants que l’écriture, la lecture, l’art nous donne. J’ai lu comme vous avez écrit : j’ai fait corps. « L’écriture et la vie ».

Votre livre, je devrais même dire votre recueil, car pour moi votre écriture est une confession, est le plus beau des symboles de renaissance d’un auteur. « L’écriture et la vie » est un récit intime, un récit de voyage dans la perte de vos mots, de votre plume. Cruel gouffre pour un écrivain.

Nous sommes tous conscients que notre chemin n’est pas une large autoroute où la vie s’écoule joyeusement et sans virage, en ligne droite. Nous sommes toutes et tous conscients que pour écrire, il faut y mettre plus que de l’encre sur une feuille de papier. Il faut y mettre de la sueur, des larmes, du courage, de la perte, de son âme, de sa vie. Vous, vous l’avez fait. Vous l’avez avoué au-delà de toutes vos raisons. Vous avez avoué la perte de vos mots.

Comment vous remercier, comment vous dire merci pour cette souffrance que vous avez ressenti, partagé, la force qu'il vous a fallu pour revenir à vos mots, retrouver vos écrits. Vous êtes partie de nulle part pour arriver dans la lumière. Vous êtes partie du néant, de la perte de votre écriture pour renaitre à la vie.

« Depuis vingt et un mois, (les) mots que (vous) écri(vez) sont comme des coquilles vides. Ils sont faux. Ils sont vains. Depuis vingt et un mois, (vous) a(vez) perdu le chemin. »

 

Michèle Gazier et Marie-Claude Char vous ont demandées d’écrire un texte pour leur maison d’édition (Les Editions Busclats). Un texte qui serait un pas de côté, d’écrire en marge de votre œuvre habituelle, un coin de votre jardin secret. Vous avez accepté comme on lance une bouteille à la mer, comme on lance une bouée au naufragé. Vous avez voulu retrouvé votre chemin et votre récit a été votre quête, votre boussole. Vous avez plongé aux plus profonds de vos ténèbres, de votre nuit, dans l’encre noire de l’écriture. Et vos mots ont jailli au fil de votre journal intime. Vous avez fait corps avec ceux-ci. Vous lire a été un grand bouleversement pour moi. Vous avez osé, je me suis permise. 

Je ne résumerai pas votre recueil car on ne résume pas un chemin de vie. On ne partage pas les ravins, les vertiges. On les vit. On les vit jusqu’à ce que l’on puisse en parler, les écrire comme on s’aide de béquilles pour remarcher sur un fil de vie. Vous avez été funambule sur vos pages blanches, j’ai été funambule sur les rails de ma vie. Et il y a des chemins à entreprendre, des feuilles à remplir, il ya des fantômes qui deviennent des alliés, des amis.

Vous avez eu la force de confier vos doutes, vos peurs qui ont surgit lors de vos anciens romans. « Rêves d’amour » : sans le vouloir vous aviez parlé de vous. « La Confusion des peines » vous avez plongé dans des abimes. Vous étiez devenue femme en écrivant ces deux livres mais votre encre s’était tarie. Terrifiée par vos mots et leur publiation, vous avez laissé votre peau. Il est merveilleux d’écrire à la surface des maux, à fleurs de mots, de crier ses émotions, de s’autoriser à le faire, de briser ses propres chaines, ses peurs.

 « Exposer sa part d'ombre, sa part honteuse, provoque le malaise, le dégoût, le rejet. En tout premier lieu, de soi envers moi : c'est difficile d'avoir le courage d'aller au bout de soi. C'est comme s'il fallait remuer un énorme tapis de boue. On se salit, on sent pas bon, et on glisse, on trébuche, on se débat et personne nous aide. »

 

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« L’écriture et la vie ». Merveilleux récit, magnifique confession.

Vous lire a été, oui, cet instant suspendu où on ressurgit mes mots. Vous m’avez touchée avec délicatesse, au plus profond de mes entrailles, de mes cicatrices, de mon bonheur de vivre.

Mes célèbres post-it se sont posés sur vos pages comme des ailes greffées dans le dos d’un oiseau qui n’a plus la force de voler. Vous avez soufflé sur les braises de votre écriture, comme on souffle sur les tisons d’un feu pour le rallumer. Vous avez eu la délicatesse de puiser dans votre nuit et de nous chauffer à votre bougie, à cette lueur qu’est l’écriture et la vie. 

Bref… je ne dirai rien de plus que ce que je vous ai déjà dit, écrit : MERCI. La grâce et la beauté vous habitent, habillent vos mots. Vous avez fait corps avec vos écrits, j’ai fait corps avec ma lecture. Merci infiniment. Merci tendrement.

 

Et vous lecteurs, amoureux des mots, des écrits, lisez ce magnifique recueil ! Lisez le, relisez-le, entendez le son de l’écriture de Laurence TARDIEU, découvrez la couleur de son encre, de ses mots. Et aimez la vie dans toutes ces ombres et lumières, dans ces ténèbres et ces feux qui nous éclairent !

Merci Laurence Tardieu pour ce que vous avez déposé avec douceur, tendresse, courage, force, dans ces pages, dans ce livre que je pose là, à mes côtés, dans ce livre que je couve du regard avec bonheur comme on ose enfin se regarder. Merci Laurence et j’attendrai patiemment vos prochains romans comme une promesse d’avenir, d’écrits, de vie !

 

Un grand merci aussi à Charlotte l'insatiable qui a eu la riche idée de m'amener à votre rencontre. Merci à elle.