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En voilà de la poésie picturale, de la bande dessinée qui donne envie de se replonger dans la littérature so british, de relire les vieux classiques, de ressortir de son grenier les livres que l’on a dévoré lors de notre adolescence ou de nos années collèges / lycées / universités.

« Jane, le Renard et Moi » d’Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT a le mérite de nous rappeler ces moments. Le collège, le lycée où on a posé nos fessiers sur les bancs dans la cour de récré, les salles de cours où nos profs nous obligeaient à nous pencher sur les belles lettres anglaises et où les coups entre camarades de classe étaient durs, coriaces, tendres, affectueux.

 

Cette bande dessinée nous ramène donc des années en arrière : un collège, une classe de cinquième, dans une province du Québec, des couloirs, des murs, une cour de récréation où les adolescents boutonneux ne sont pas softs entre eux. Enfin surtout les filles. Des pestes minettes poufs qui griffonnent des insultes sur le mur, harcèlent et se moquent ouvertement d’Hélène, pré-ado de cinquième qui ne correspond pas (enfin croit-elle) aux normes : plus grosse que les autres, introvertie, silencieuse, solitaire et qui a le malheur de sentir le swing dixit Geneviève, la meneuse !

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Pourtant avant d’être au collège, Hélène s’amusait avec cette bande d’amie, Geneviève, Sarah et Chloé. Elles se déguisaient en princesses habillées de longues robes à crénolines.

Mais « l’hiver [s’est] étiré comme un invité sans manières » et les amies princesses se sont retrouvées en amies pestes. Hélène n’a plus de copines. Elle se sent seule et différente de Geneviève et ses amies.

Et à la maison, c’est quasi la même chose. Sa  mère élève seule Hélène et ses 2 petits frères et donc ne trouve pas le temps de s’occuper de sa fille comme elle le désire. L’adolescente se sent seule. Et pourtant...

Mais bref sa vie lui semble horrible. Seule, désesperement seule.

Alors elle se réfugie dans un monde fait de mots, de lettes, de livres et trouve appuie auprès  de Charlotte Brontë. Ah les sœurs Brontë, quelle merveille que Jane Eyre ! Qui n’a pas rêvé des longues et langoureuses histoires, de son idylle avec Lord Rochester, du manoir de Thornfield. En lisant "Jane Eyre", Hélène s’échappe de son isolement, des ricanements et insultes qui pleuvent sur elle. Elle rêve d'être Jane Eyre, la mince, belle, cultivée Jane.

« Chaque fois c’est la même chose : un trou de plus dans la cage thoracique. Tout entendre. Et ne rien entendre. Replongez dans Jane Eyre ».

Jusqu’au jour où un voyage scolaire, l'horreur suprême, et l'apparition d'un renard va modifier sa vision des choses.

 

 

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Une jolie bande dessinée tout en finesse, en puissance, intelligente, délicate et tendre. Et vu, le thème et le début de ma lecture (harcelèment en milieu scolaire et l'évasion dans la lecture), je pensais que cette bande dessinée s'adressait à un public d'ado...

Mais que nenni ! Ce n'est pas gnian-gnian, pas dramatique non plus. Non c'est tout bonnement magnifique à dévorer, d'une très grande sensibilité et d'une qualité indéniable (aussi bien en graphisme que sur l'écriture).

Un dessin fort et pourtant très doux, voir estompé comme une mélancolie divulguée à chaque page tournée, un gris pastel, souri, perlé, des tons dégradés à la limite des couleurs sépias. Puis la vie, la lumière, la couleur, le vert, le jaune, le roux, l’orange, la clarté, l’espace. Le travail d’illustration d’Isabelle ARSENAULT est très beau. 

Moderne et sensible, cruel et tendre, les textes de Fanny BRITT sont criants de vérité. Le thème reprend bien aussi la douleur éprouvée à l’adolescence, la différence, la méchanceté entre enfants, l’amour de la lecture, l'isolement. Une qualité littéraire a souligné.

Un coup de coeur donc pour "Jane, le renard et moi" qui reprend des thèmes souvent évoqués, forts, durs (l'adolescence, le harcelèment, la méchanceté, l'amitié, la solitude) mais qui les traitent de manière délicate et poétique. Puissant.

 

Bref, il y avait les sœurs Brontë, il faut maintenant compter sur ce duo made in Québec (petites sœurs de Paul) qui ont réussi à rafler le Grand Prix Lux 2013 et le Prix littéraires du Gouverneur Général. Bravo et amplement mérité.