méteo 1« La nouvelle Lisa ! J'y croyais tant ! Rayer d'un trait noir mes échecs. Relancer les dès ailleurs, tenter une nouvelle partie. Faire confiance au hasard. Et là, juste en face, presque à portée de voix , il y avait Pierre »

« —Pourquoi vous êtes venue vous installer ici ?
— Parce qu’après, c’est l’Espagne. Je ne parle pas espagnol. Et vous ?
— Pour la mer. Pour le bruit des vagues, la nuit, qui vous enveloppe de certitudes. »

 

Il y a quelques temps de cela, j’ai acheté le dernier album de Grand Corps Malade « Funambule ». A la base, c’était pour l’offrir. Mais devant la qualité artistique du dît album (oui je l’ai écouté avant, impossible de résister), je l’ai gardée égoïstement pour moi. Pour une fois, je l’ai jouée solo. Et depuis la musique d’Ibrahim MAALOUF et les mots de GCM m’accompagnent dans bien des chemins. Un petit moment rien que pour moi… (je me suis rattrapée : j’ai offert le livre…)

« Funambule » : Plus d’un titre m’as prise là à la gorge, en plein estomac, dans mon âme. Cueillie par les mots… Un boum boum musical, une douce flopée de mots à mes oreilles. Et d’un seul coup : « Au bout du tunnel », un bijou, une lumière, une plume épistolaire. Un souffle, une main, un mot, une écriture… Magique !

De ce titre m’est venue une discussion avec Fabienne RIVAYRAN, auteure que je suis sur le fil des réseaux sociaux et qui d’une plume discrète trace des mots fragiles mais rares, a tiré une nouvelle de cette histoire narrée par Grand Corps Malade. Un récit commun, jumeau, sur le possible, l’autre chemin, le renouveau et le grain qui n’entrave plus le mécanisme mais amène vers une plage de sable au bord d’un océan. Lumière du pays basque, du Béarn.

 

Fabienne RIVAYRAN a écrit « Météo Marine » aux Editions Jacques Flament. Et que dire… Fabienne m’a littéralement embarquée sur ces chemins de falaises et de plages. J’ai marché à ses côtés et sa plume m’a contée une nouvelle fragile, sensible et lumineuse. Bien jouée Fabienne.

meteo 2Mais ce qui vous intéresse c’est l’histoire racontée :

Lisa vit seule dans une maison perdue au bout d’une impasse, au fond du chemin, au bord du sentier qui longe les falaises, entre Pays Basque et frontière espagnole. Le bout du monde… une maison de rien où seule la tasse de thé fumante et le chat semblent vivants.

«  Mettre l’eau à chauffer. Ouvrir la boite à thé, saisir la boule de métal vieilli par les tanins ; doser les feuilles craquantes mêlées de fleurs blanches. Verser l’eau juste frémissante. Accepter le réconfort offert par la vapeur parfumée ».

Pierre, son voisin, vit seul lui également. Il est poète, amateur de café (« Ethiopie pour la structure, Equateur pour les notes de cacao »). Il capte les humeurs du monde, les petits riens de la vie et en tire une leçon de poésie. Chez lui une nasse remplit de poissons devient un festin pour les yeux et l’âme, un paysage d’écume devient une bouilloire de mots. Courtois et sensible mais tout autant fragile.

Deux âmes solitaires qui se retrouvent sur ce sentier des douaniers (vigiles et derniers remparts à une invasion possible, bourrasque et tempêtes en prime).

meteo 3« Je suis au bout. Au bout du quai. Au bout du monde. Un bateau-promenade quitte le canal. Il emporte vers le large sa cargaison de touristes. Marée haute, mer calme, vent modéré. Le voyage sera sans risque. Aucune tempête n’est annoncée. Et les tempêtes humaines, qui s’occupe de les prévoir ? »

Entre eux peu de dialogues, pas de confidences, ni d’états d’âme. Juste le début d’un peut-être quelque chose sur lequel on se rattrape lorsque les corps et les cœurs sont au bord des falaises. Deux gueules cassées, deux âmes fissurées. L’une par un ancien amour, l’autre par une vie.

Une nuit la maison de Pierre brûle. Gyrophare, ambulance, pompiers, direction hôpital. Urgence. Des ruines calcinées, Lisa entreprend de connaître cet homme qui est venu un jour, à sa rencontre, qui lui est rentrée inconsciemment dans sa tête et son cœur. Qui est-il ? D’où vient-il ?

Deux maisons, deux solitudes, deux cœurs, deux âmes à apprivoiser. Fragile équilibre, « funambule » sur le fil de sa vie. 4 jours, un week end où la météo marine va virer d’un ciel variable devenant très nuageux, une mer agitée, un vent force 5 à un lundi où la mer est encore agitée, la houle forte mais avec des brumes et des brouillards qui se dissipent voire s’éclaircissent.

 

Des phrases courtes, un style uppercut qui cogne et va droit au but. Une énumération qui me rappelle le slam de Grand Corps Malade. Une poésie, une écriture… Il y a ce quelque chose qui fait que Fabienne RIVAYRAN est une auteure qui écrit ses mots comme on cuisine des plats de qualité, en toute discrétion : délicats, sincères, fragiles et beaux, bons.  Fabienne merci... tu m'as plus que touchée.

Et réécouter les mots de Grand Corps Malade en ayant en tête ta plume épistolaire... Juste profond, sensible, fragile et magnifique. Touchée, coulée, les yeux façon loutre de mer en pleine mer salée.