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Il y a quelques temps de cela je suis allée à la rencontre de Christian BOBIN... Un vieux rêve et un moment unique de partage, une rencontre, ce quelque chose de magique, un instant hors du temps...

En attendant le maitre, j'ai écouté les bruits et me suis inspirée du lieu : une librairie ("un lieu hors économie, un lieu d'apaisement. Je cherche les mots sur les tranches qui vont nous prendre. Une librairie et à l'intérieur un pain d'épices"), la présence des livres des mots qui s'alignent, des pages qui crissent, des yeux qui rient, plissent, glissent, un salon de thé avec en bruit de fond, le tintement des cuillères sur les tasses, des miettes de gâteaux qui s'éparpillent joyeusement sur les tables, des peintures et photos accrochées sur les murs, des paroles échangées entre libraires et lecteurs, entre passionnés...

« Les livres ne disparaitront jamais. Il y aura toujours deux mains pour accueillir un peu de langage, quelqu'un pour s'éloigner de la tribu et recopier les écritures que font les étoiles dans le ciel. »

Lire Christian BOBIN c’est entendre les mots, ressentir l’émotion des phrases, regarder la plume glisser sur le papier, savourer la prose, toucher du doigt la ponctuation. BOBIN, c’est une lecture de nos sens. C'est ouvrir un livre pas plus épais qu'un duvet de moineau, c'est trouver une lecture qui vient à notre secours, un livre bleu encre, une médecine, une nourriture, un ardent besoin. Et le silence, nos yeux qui s'écarquillent un peu plus, savourent la vie.  

1621721_288856271263664_1041653655_nOn ne résume pas un livre écrit par Christian BOBIN. On le lit, on le vit. Intensément. Profondément. Savoureusement. On aime et on est touché par sa mélancolie comme par sa joie de vivre, sa poésie, sa magie. Traverser l'intraversable, éclaircir un chemin sombre, enlever la boue qui nous alourdit les pas. Lire Bobin , c'est faire le silence autour de soi et renouer avec la vie. Respirer, sentir la chaleur, écouter le crissement de l'herbe sous ses pas, ressentir l'eau qui coule sur son visage, la larme de pluie qui nous inonde et qui nous apaise l'âme et le coeur car trop longtemps retenus.

On le lit et on plonge dans les mots et dans les petits riens que la vie nous procure. On en fait notre chemin, notre lecture, notre écriture. On parcourt les phrases comme on entre dans un jardin : sans bruit, yeux et cœur grands ouverts. On se laisse envelopper par ceux-ci comme on s’enveloppe d’une couverture au pied d’un feu. Juste pour avoir un peu plus chaud et conserver cette chaleur au fond de soi, dans son âme…

Au plus profond de soi, somnambule, funambule, Bobin et ses recueils comme une perche de vie.

 « Les livres sont des gens étranges. Ils viennent nous prendre par la main et tout d’un coup nous voilà dans un autre monde. »

D’ailleurs lit-on réellement Christian BOBIN ? Lit-on réellement ses mots ? N’est ce pas plutôt le contraire ? N’est ce pas les mots, les phrases, les livres de cet auteur qui nous lient… ? N’est-on pas noué à lui comme on s’attache à quelqu’un, à quelque chose…N’est-ce pas son livre qui nous choisit et non le contraire ? « Une poitrine de papier que bobinles balles ne peuvent traverser » 

 « Qui est maitre de ses lectures ? Un livre nous choisit. Il frappe à notre porte. »

 Chacun de nous s'associe à un écrit de BOBIN. On y trouve toujours des phrases, des mots qui nous touchent, qui sont nous, nos reflets, nos états d’âme, nos ombres et nos lumières.

Une lecture au compte goutte, une lecture où chaque mot posé est quelque chose de rare, une mélodie, une pierre brute mais précieuse.

On en savoure la densité, la clarté, la beauté, l’éclat, la splendeur du quotidien et on redécouvre les petites choses qui nous entourent.