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 " Mon enfant adoré, mon enfant, mon trésor qui meurt là-haut face à leur haine que tu voulais leur amour, mon enfant, mon pauvre amour, oh ! j'espère que tu ne vois que ceux qui t'aiment , qui te suivent et poursuivront ton oeuvre, regarde ils sont là aussi, ne regarde qu'eux, mon enfant pourquoi faut-il que tu souffres autant ? Mon Dieu, pourquoi l'abandonnes-tu ? Pourquoi leur sacrifies-tu ton fils ? Pour leur montrer à quel point tu les aimes ? Mon dieu, es-tu sûr qu'ils comprennent ? Mon Dieu, ce n'est pas nécessaire, ils s'en foutent de ton amour, ils préfèrent te craindre, ils sont comme ça, ils n'ont pas changé, malgré Yechoua. Quelques-uns seulement. Et Yechoua mon amour qui meurt là-haut pour tous ces salauds".

 

Pas facile de vous parler de ce livre. Pas facile car il touche nos croyances, notre histoire commune, universelle et pourtant si intime, si personnelle. Pas facile de vous parler de ce roman d’une jeune fille qui apprend à devenir mère, à devenir femme. Pas facile de vous parler de Maryam, jeune mère, qui apprend la vie et n’a qu’une envie chérir et protéger son enfant d’une destinée qu’elle sent, ressent puissante, hors du commun.

Mélanie CHAPPUIS a écrit un roman sur une icône religieuse, celle que l’on nomme la Vierge Marie. Et de cette icône, elle en a fait une figure humaine, une femme, quelqu’un que nous aurions pu croiser au détour d’une rue de Jérusalem, de Nazareth ou d’Alexandrie sans penser que cette femme et l’enfant qui l’accompagne, auraient, un jour, cette aura, cette portée universelle.

 

Tout commence dans une grange, Maryam, jeune fille de 17 ans, enfante d’un petit garçon sous l’œil protecteur et chaleureux d‘un âne et d’un bœuf. Son mari, Joseph, est à l’extérieur et attend la naissance de l’enfant. Mais Yechoua n’est pas de lui. Yechoua est issu des amours de Maryam et Barabas, disparu dans les geôles de Jérusalem. Une Jérusalem sous la coupe de Hérocle, sous la coupe d’un royaume grec qui opprime, martyrise un peuple, le soumet à des lois et des droits contraires à ce pays. La Judée. Barabas est un résistant et tout résistant est poursuivi, puni de peine de mort.

Maryam accouche donc d’un enfant issu de l’amour et de l’adultère. Maryam qui a si peur, qui doute de pouvoir être mère. Maryam qui n’a qu’une envie : apprendre à son enfant la confiance, la sagesse et l’amour. Mais être mère c’est apprendre à se défaire de sa peau. C’est muer et avancer sur son chemin, se faire sa route, accepter de se débarrasser de ces dogmes, de se libérer de ces parents castrateurs, ultra-protecteurs, d’un mari qu’elle rejette. Maryam, la Sainte, pas si sainte.

" Je suis celle qui veut plus que son destin. Je suis celle qu'elles veulent remettre à sa place. Je suis celle qui va vers son destin. Pendant que vous restez à vos places"

Maryam qui maintient contre son corps, son sein, Yechoua, son fils, pas le sauveur que tout le monde semble vouloir. Pas celui qui délivrera le monde des jougs de l’oppresseur. Yechoua, son fils, sa chair, son cœur, ses tripes.

" J'ai vu commettre beaucoup d'injustices. Les coups et les injures des soldats romains. Les calomnies des voisins. Des amants séparés par leurs familles. Des enfants morts trop tôt.  Des mères inconsolables.  Des mères mortes trop tôt.  Des enfants perdus. Des faibles.  Courbés et tremblants devant des forts qui ne le sont pas. J'ai beaucoup de mal à tolérer l'injustice... C'est une intolérance relativement partagée, je le sais bien, mais pour moi ça va au delà des mots."

 

Ce roman est l’histoire d’une femme qui apprend à devenir mère, la Mère d’un enfant qui aura, elle le sait, le ressent, une portée, un message divin à faire passer. Mais avant d’arriver à ce statut, elle est mère avec tous les doutes et les peurs que cela incombent, toutes les questions que l’on se pose. Tant de chemins à parcourir pour apprendre, construire sa propre philosophie, s’ouvrir au monde, à l’autre et faire de cet apprentissage, une connaissance, une confiance, une destinée à son enfant, une vie, SA VIE.

" Au lieu de s'ouvir on se ferme, on se raidit dans le respect de nos pauvres rites et coutumes, de peur qu'on nous les vole, qu'on nous les change. Comme si c'était grave. Comme si le changement était mauvais, et nos coutumes parfaites. "

 

Mélanie CHAPPUIS a écrit un livre sur une mère et pas n'importe quelle mère. Quoi de plus dure de parler de Marie. De la mère d’un enfant qui est devenu une idole religieuse. Quoi de plus terrible que de casser cette image, l’image d’une sainte et d’en faire une femme. On ressent la maitrise, la connaissance qu’il a fallu avoir pour porter ce roman, s’en tenir à des règles historiques, philosophiques, théologiques. Mélanie CHAPPUIS a réussit, au-delà de la portée religieuse et mystique, à décrire une jeune fille et l’histoire de celle-ci. Une femme qui se révèle humaine et non idole, sainte. UNE FEMME qui n’a qu’une religion : la vie et l’amour de son enfant.

D’une plume sensible, puissante, tendre, à fleur de peau, où l'on ressent les méandres et le cheminement de Maryam. "Maculée conception" bouleverse nos idées et nos croyances. C'est un bijou, un "évangile" ce quelque chose que l’on nomme l’humanité, la sensibilité, la vie. Un roman qui s'adresse à toutes les femmes, mères ou non, hommes, humains. Un roman qui nous fait croire en des mondes possibles, en un cœur possible, en son enfant. Etre femme, être mère, être humain, être vie.

 

"Mon Dieu, aucune mère ne doute de l'amour que lui porte son enfant. Surtout pas la mienne, alors que parfois, pourtant... Pourquoi moi je doute ? Dieu s'il te plait, fais que mon fils ne réalise pas que je ne suis pas à la hauteur. Redonne lui force et confiance, pas pour moi, moi on s'en fout, pour mon fils."