resta couv" L'être humain ne peut pas avoir le cœur pur en permanence. Chacun recèle en lui une eau boueuse, plus ou moins trouble selon les cas. A mon humble avis, même une princesse dans un pays lointain pense parfois à des mots horribles dont elle ne peut s'ouvrir à personne, et le condamné à mort qui croupit dans une geôle recèle en lui l'éclat d'un trésor qui, même s'il est invisible sous l’œil grossissant d'un microscope, brillerait de mille feux à la lumière. Donc, pour maintenir propre cette eau fangeuse, j'avais décidé dans la mesure du possible, de la laisser reposer paisiblement. Lorsqu'un poisson se débat, l'eau se trouble; mais si je gardais mon cœur serein, la boue finirait par se déposer au fond et l'eau propre affleurerait. Je souhaitais être cette eau propre."

 

Prenez une histoire d’amour qui se termine du jour au lendemain, une love story qui laisse un goût acre et acide dans la bouche. Rajoutez des ingrédients emprunts de tendresse, de douceur, de sérénité, de bonté, d’amitié, de silence, d’entraide et d’humanité, une douce et belle lumière. Saupoudrez d’un brin d’exotisme, d’amour. Relevez la saveur par quelques aromates trouvés dans un jardin où se promène en liberté une magnifique truie. Laissez reposer l’écriture, le levain. Humez, regardez, ralentissez, salivez, savourez ce livre comme on savoure la vie, l'instant et vous obtiendrez « le restaurant de l’amour retrouvé » de OGAWA Ito.

 

 

lampionsEn rentrant un soir chez elle, Rinco, jeune femme de 25 ans, retrouve l’appartement qu’elle partageait avec son petit ami indien, vide. De la machine à laver, en passant par la télévision, le paillasson ou le papier sulfurisé, tout a été embarqué ne laissant à Rinco que ses yeux pour pleurer, quelques vieilles prunes séchées et une jarre remplie de saumure, héritage de sa grand-mère cuisinière passionnée.

Déprimée, la voix transparente, elle quitte la ville, son vieil immeuble et prend un autocar pour son village natal, quitté quinze ans auparavant, la jarre sur ses genoux. Retour dans ce village paisible au cœur d’une vallée bordée par les collines, la nature et la beauté simple des gens. Retour à la case départ et auprès d’une mère, figure fantasque de la vallée avec laquelle elle n’entretient que de vagues relations et plutôt empoisonnées, comme un plat de fugu mal cuisiné.

Mais Rinco a un don dans son existence, un don « comme un arc-en-ciel fragile qui flotterait dans la pénombre. », un don fait d’amour de la cuisine et des autres, un don du cœur, un don qui même sans voix fait naitre l’amour dans l’âme et le cœur des gens.

« Je voulais prêter l’oreille à la voix qui venait de mon cœur, celle que moi seule pouvais entendre. C’est ce qu’il fallait faire, j’en étais certaine ».

crédit Photo Lucie - les coudes sur la tableElle ouvre un restaurant, l’Escargot, un restaurant où elle cuisine selon son cœur et celui des convives. Un restaurant qui sent bon les grenades cueillies à point, les navets enfuis dans la neige et donnant un goût fondant, le curry qui enfume de son parfum et réveille les papilles du plus précieux de ses amis. Un restaurant où les mets, les plats uniques qui se préparent avec amour, lenteur, âme, émotions, donneront une saveur unique, créative et envoutante et surtout l’amour de la vie, la lumière, une épice secrète à qui les gouteront.

 

« Le restaurant de l’amour retrouvé » d’OGAWA Ito aurait pu être un roman où la dose de romantisme et de sérénité aurait dégouliné sous les bons sentiments. Que nenni. Ce roman est juste une histoire, un philtre, un élixir de vie, un bon dosage d’émotions et de troubles, de passions et de sensibilités, cette clarté lumineuse que l’on conserve dans le creux de ses mains, qui se partage et réchauffe les âmes.

L’auteur a su trouver les bons ingrédients, les aromates de la douceur, l’onctuosité de la bonté, le juste partage, l’épice qui donne le goût à la vie et le bonheur de déguster sereinement et lentement tous les gestes et beautés du quotidien, des choses qui nous entourent, des êtres qui nous entrouvrent leurs chemins, leur cœur, leur âme.

Et comme un magnifique curry à la grenade, on retrouve un appétit, renait, regarde nos cicatrices. On ralentit, on tente vaille que vaille de lâcher prise, de savourer l’instant tel qu’il se présente, et surtout d’aimer les épices de la vie. Un instant, une émotion, une lumière, un partage. La vie.

 

Recette à retrouver chez blablablamia et petits clins d'oeil à Lucie et ses coudes sur la table pour la photo si gourmande de son Little Koï (Lucie... tu m'as encore fait saliver), à Anne, une épicurenne qui m'agace prodigieusement en me faisant parvenir des photos de ces levains et autres desserts et à une amie, la main sur une de mes épaules, qui me fait découvrir d'autres chemins...