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«  Geai était morte depuis deux mille trois cent quarante-deux jours quand elle commença à sourire.
Ce sourire, au début, personne pour le voir. Que deviennent les choses que personne ne voit ? Elles grandissent. Tout ce qui grandit grandit dans l'invisible et prend, avec le temps, de plus en plus de force, de plus en plus de place.
Donc le sourire de Geai, noyée depuis deux mille trois cent quarante-deux jours dans le lac de Saint-Sixte en Isère, commença à donner de plus en plus de lumière. »

 

Il y a des romans qui sont comme des grands sourires, des grandes lumières, des étoiles dans les yeux, des instants qui nécessitent aucune parole juste un très très grand silence. Un très grand silence où l'on entend battre son cœur au rythme de la lecture. Un silence où l’on accroche un sourire de bonheur à son visage, un silence où nos pas s’accordent à la musique - plume - mots de Christian Bobin.

Un silence où entre en nous la vie, la mort, la force, l’instant fugace des petits riens qui nous remplissent de bonheur. Une petite merveille, une petite flamme qu'on cache dans le creux de ses mains de peur que le vent souffle trop fort sur celle ci et emporte avec lui les sourires de la vie. Geai en fait partie et largement.

« Peu de livres changent une vie.  Quand ils changent c’est pour toujours. » Christian BOBIN.

 

geai photo 1Je ne vous résumerai pas l’histoire. Je n’en ai pas envie car Geai n’est pas à résumer. Il est à lire, aimer, ré-aimer indéfiniment.

Je vous promets ce livre je l’ai savouré dans le silence le plus total. J’ai pris mon temps ne voulant pas quitter Albain et Geai, parcourant avec eux les montagnes, les routes, les chemins me menant du Lac de Saint-Sixte en Isère à Besançon dans le Doubs (comme un magnifique clin d'oeil). Mon cœur a galopé et mes émotions ont été accordées aux mots que je lisais là sous mes yeux. Au diapason de ma paix intérieure, de ma musique.

Christian Bobin nous emmène sur les territoires de l’enfance, de la solitude, de la fragilité, la force, du chemin à parcourir, la vie, la mort, l’humanité, de notre regard face à la possession, de l’amour parental, l’amour tout court, du rêve, de l’évasion, le besoin de se construire son monde et surtout de s’ouvrir et d’aimer l’autre pour ce qu’il est.

Aimer la vie, aimer les autres, aimer sans arrière pensée, donner, se donner, être aimer pour celui/celle que nous sommes.

 

geai photo 2«  Voir, entendre, aimer. La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin, au réveil. La vie est un trésor dont je découvre chaque soir, avant de fermer les paupières : Geai assise au pied du lit, souriante. »

 

J’ai rencontré les mots/sensations/émotions d'un livre qui m’est devenu "chair". J’ai ressenti les frissons, la douceur, la paix, la couleur.

J’ai retrouvé un chemin sur lequel j’aime m’égarer, un chemin de paix et de tendresse, de lumière et de sourires. Un chemin où Geai, à la belle robe rouge, parle, écoute, transmet. Un sentier où j'ai pu entendre, voir, vivre et accepter, m’accepter, aimer et laisser partir les fantômes, ces êtres qui nous accompagnent. Un chemin où je deviens celle que je suis. Merveilleux Geai. Magnifique Christian Bobin.

 

Et je dédis ce billet à tous les sourires qui m’entourent (et en particulier à Elsa Montensi qui s'est cachée dans ce livre pendant ma lecture)

« Un sourire est comme une armée d'avant-garde, une modification de la chair qui survit à la chair, qui se sépare d'elle et vole très loin, bien plus loin que le visage d'où ce sourire est monté, où il s'est conçu »