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« Si je fais ce livre, ce sera contre mes amis mêmes. Contre ceux tout au moins qui voudraient m’imposer une certaine image de moi, une belle image, qui me réclament une certaine sagesse, une certaine mesure, ceux qui m’ont connu ainsi qui me veulent ainsi, propre, lisse, brillant, qui m’aiment ainsi et qui ne m’aimeront pas autrement. Ceux qui ne savent rien de moi, de l’ombre que je suis – votre ombre ? – de ma vraie voix – votre voix ? »

 

Encore une fois l’écriture d’Arnaud Rykner m’a subjuguée. Et encore une fois, cela va être terrible de vous parler de ce roman. L’improbable, l’insondable, la force, la psychologie, la philosophie, les notions même de liberté, fraternité, égalité devant la loi et la justice, devant notre société… Arnaud Rykner aborde ces thèmes.

 

Une banale histoire. Une banale histoire d’amour qui s’est mal, très mal terminée. Un homme qui au détour de sa vie d’enseignant, a commis l’improbable. Un homme qui par amour a commis le geste de trop, celui qui l’a amené tout droit à la case prison… Mais doit-il être jugé coupable toute sa vie ? Doit-il expié toute son existence sa faute ? Quand est-il des victimes et du regard de la société, de notre regard, de l’Education Nationale, son « patron » ?

Quelle est cette force psychologique qui le pousse à se confier, à entrer dans la tête et l’âme de l’auteur, cet homme avec qui il correspond ?

La justice toute humaine et brillante, libre et indépendante, qu’elle soit, peut elle conduire à une image sans but, une errance à vie d’un homme qui retrouve sa liberté après avoir purgé sa peine ?

« Au dehors, c’est peut-être pire qu’au-dedans. Comment pouvais-je comprendre que dehors n’existerait plus pour moi ? Comment pourrais-je nommer ce dedans dont je ne peux m’échapper ? Dedans c’est une succession de murs, de portes fermées, de fenêtres barrées, d’horizons invisibles, de bouches qui ne parlent pas, d’yeux qui ne voient pas, de voix qu’on entend pas, de bruits mécaniques, de corps qui n’en sont plus à force de n’être que ça, de corps. Je ne savais pas que la misère pouvait être aussi grande. Moi qui n’étais pas destiné à aller en prison, qui ne savais rien, ne voulais rien savoir, ignorais sans conscience, ni bonne, ni mauvaise, que ce monde existait, tout m’a été révélé d’un coup, avant même que la porte se referme. Ça s’est donné comme ça, brutalement ; c’est sorti de l’inexistence, ça s’est imposé soudain. Maintenant, ça ne cessera plus d’être là, dans la lumière, comme s’il m’était impossible de refermer les yeux sur ça, de m’en extraire. J’en suis pour toujours prisonnier. »

Cet homme n’est pas un saint. Il le reconnait, le revendique. Mais la question de la réinsertion dans la société plane comme une menace. Quelle légitimité, quel pouvoir avons-nous et quel geste somme nous capable pour accepter la liberté d’un homme qui a commis un délit, un crime ? Est-on toute sa vie réduit à être dans une case, un casier qu’il soit judiciaire ou autre ?

Si au début, l’auteur souhaite laisser la libre parole et liberté à cet homme, il est bientôt lui-même pris dans l’engrenage de la notion de liberté. Interpellé dans sa chair et son âme, il devient prisonnier lui aussi.

 

« La belle image » s’inspire de la correspondance entre l’auteur et un homme tout juste sorti de prison. Un roman épistolaire qui sonne juste, fort, qui fait réfléchir. Combien de temps un homme doit-il payer sa dette ? Combien de temps faut-il pour qu’il soit libre réellement après sa sortie de prison ? Comment se réinsérer, pouvoir aller au-delà des barreaux de sa geôle, de son propre corps, de sa propre destinée ? Comment renouer avec ce qu’il a été ? 

Comment être dehors lorsque l’on est/sera pour la société toujours dedans ? Dans ces casiers, ces murs, ces lieux où les portes sont toujours fermées, où la notion de liberté vous est enlevée. Comment refaire sa vie après avoir commis un crime, un méfait, un délit lorsque le moindre regard vous assigne coupable à vie ? Je ne sais pas si ce roman est un coup de cœur mais Arnaud Rykner nous force à nous poser des questions, nous regarder dans un miroir, nous bouscule.

 

" Un casier c'est d'abord une case où l'on vous met, une autre prison dont on ne sort jamais. "

 

A écouter : https://soundcloud.com/latetedanslabibliotheque/la-belle-image 

L'avis de Clara : http://claraetlesmots.blogspot.fr/search?q=arnaud+rykner