bobin l'autre visage

"Chez nous le mot amour ne se dit pas. Il tremble, il frissonne, il vole, il plane, il est partout dans l'air - mais personne ne le dit [...] Bien sûr on a beaucoup écrit beaucoup fait pleuvoir le mot amour sur le doux papier blanc. Bien sûr. Ecrire n'est pas dire, comme vous le savez. C'était il y a longtemps. Une pluie de livres, un vrai déluge. Depuis on a cessé. Depuis on a compris : pour bien écrire le mot amour, il y faudrait plus d'encre qu'il n'y a au monde."

Vous parlez d'un livre de Christian BOBIN n'est jamais chose simple tellement le silence parle pour lui, tellement les mots sonnent forts et résonnent dans mon âme.

Vous parlez de Christian BOBIN, c'est se recueillir devant ces pages qui défilent sous mes yeux, c'est entendre mes émotions, écouter mon âme jouer la mélodie du bonheur, de la paix, de la sérénité.

Lire un recueil de Christian BOBIN, c'est voir les mots s'illuminer, sentir des ailes me pousser dans le dos, des mains sur mes épaules. C'est découvrir "L'autre visage" celui que je cache, celui que j'aime, celui qui me fait moi, ce que je suis au plus profond de mon être.

Lire Christian BOBIN, c'est lire notre sensibilité, nos lignes de vie, nos failles et nos sourires, nos veines et nos battements de coeur.

bobin sourire

Lire Christian BOBIN c'est aller vers la résilience. Résilier nos contrats de souffance et se sentir libre d'avancer dans cette quête de vie simple et humaine. Accepter enfin "L'autre visage".

Avec une écriture toujours aussi simple mais qui touche, Christian BOBIN nous amène à parcourir nos mondes intérieurs, à nous poser et regarder la vie qui éclôt sa beauté tout autour de nous. On ne sait plus si ce sont ses mots qui sont devenus des livres ou le contraire, les livres qui sont devenus nos mots.

Pourquoi vouloir lire, puisque tout est là. Tout. Le silence, la paix, l'universalité, l'humanité, l'amour, la mort, la délicatesse, la solitude, la pureté, la vérité, l'abandon, LA VIE. En très peu de mots il va à l'essentiel, le vrai. Nous sommes de nouveau à un dégré de pureté où les mots seuls se suffisent à eux mêmes, où tout s'efface à la lecture et à ces sons qui bercent notre âme. Comme le lierre s'enroulent autour de l'arbre, les phrases s'enroulent autour avec générosité et tendresse autour de nous. La légéreté est notre loi.

Et entendre ce souffle, cette respiration, cet instant présent, donné. Voir ce sourire se dessiner sur notre visage. Se sentir en vie et apaisé. Lire Bobin c'est lire cela :

" Chez nous pas de prison. Nous avons, comme vous, nos assassins. Ils ne sont pas très nombreux, mais quand même, ils sont là. Mais de prison, aucune. Les pierres qui recouvrent nos chemins sont tranquilles. Elles savent que jamais nous ne leur ferons l'injure de les serrer l'une contre l'autre dans des hauts murs, pour séparer le jour de la nuit, l'homme de son frère.
Je vous vois sourire. C'est le sourire de qui croît bien entendre et n'entend rien. Vous vous demandez ce que nous faisons de nos assassins, puisque nous ne les enfermons pas. Nous ne sommes pas insensés. Nous savons que le tigre et l'agneau ne peuvent dormir dans le même pré. Là n'est pas la question. Il est dans la nature du tigre d'être tigre. Il est dans la nature de l'agneau d'être agneau. Mais il n'est pas dans la nature de l'assassin d'être assassin. Celui qui donne la mort, c'est qu'il est déjà mort. Celui qui tue, c'est par manque d'air. "