La tôlière prenant ses quartiers d’été, elle a trouvé judicieux d’inviter sur son blog d’autres chroniqueurs et queuses. Flattée par sa proposition, tu penses bien que j’ai répondu un OUI éclatant. Carte blanche Macha ! qu’elle m’a précisé. Carte blanche alors…

Mon choix s’est fixé sur La femme éclaboussée, premier roman de Dominique Dyens (édité en 2000 chez Denoël, réédité en mai dernier chez Héloïse d’Ormesson) (qui m’a gracieusement fait parvenir le roman, j’en profite donc ici entre nous et les parenthèses pour la remercier).

 

Je te situe l’intrigue (oui parce qu’on plonge dans le thriller, accroche-toi !) : Catherine Salernes a 45 ans deux ados fagiles et distants. Un mari absent qui la trompe chaque jeudi soir. Une domestique (truculente Henriette) aimante et serviable. Une belle-mère aigrie et odieuse (à côté de qui Tatie Danielle est une sainte). Et un beau-frère cynique et pervers. Tous ces personnages vivent quasiment sous le même toit (à différents étages) dans le XVIIème arrondissement de Paris.

Catherine Salernes a des habitudes. Elle se lève chaque matin à la même heure. Choisit scrupuleusement ses vêtements. N’oublie jamais de se crémer le corps partout. Va déposer les recettes de son magasin de cadeaux tous les matins à 10 h dans la même banque. Jean, son mari rentre chaque soir à 20 h. Le dîner est servi une demi-heure plus tard. Depuis vingt ans, Catherine rappelle à Henriette que le jeudi c’est argenterie et que le vendredi c’est la cire. Bref, Catherine a une vie monotone, réglée comme une vieille horloge poussiéreuse. Et s’y ennuie fermement. Même s’il y a sept ans, Jean lui a offert cette boutique pour guérir de sa dépression…

Il y a un homme dans l’ombre cependant… Un homme qu’elle voit chaque matin en semaine... Xavier Bizot a le même âge qu’elle. Son attirance pour Catherine l’amène à l’épier dans ses moindres factures et à la traquer. Il est bien placé Xavier Bizot pour la surveiller : chargé des comptes de Catherine au Crédit Lyonnais, le moindre achat de la belle dame n’échappe pas à son œil cerné et torve. Il fantasme sur sa cliente et pas uniquement lorsqu’il a le plaisir de voir ses jolies fesses rebondies moulées dans son tailleur rose –celui qu’elle a acheté l’an dernier rue Mozart à 5200 francs. Il sait tout d’elle ou presque Xavier Bizot.

Alors lorsque Catherine Salernes tombe dans les bras du jeune Olivier Grancher, il devient fou de jalousie Xavier Bizot. Il se doutait bien que toute cette lingerie achetée ce mois-ci, que toutes ces dépenses en restaurant et autres frivolités avaient une raison : elle a un amant ! Elle ne va même plus chez le coiffeur comme chaque jeudi soir… L’homme du Crédit Lyonnais va se transformer en maître chanteur.

Avec Olivier, Catherine découvre –enfin- qu’elle est une femme. Qu’elle peut avoir et donner du plaisir. Ils se lâchent et se lèchent, se découvrent amoureux et vivent cette aventure même en plein jour. De toutes façons, tout le monde est au courant : Jean qui n’a rien à dire. Henriette qui la couvre. Et même les enfants qui sont heureux pour leur mère. Alors ce n’est pas ce petit maître chanteur qui va lui gâcher le(s) plaisir(s) de vivre pleinement ce bonheur inattendu !

Il lui donne rendez-vous dans un hôtel miteux. Elle s’y rend. S’y ridiculise. Y retournera. Et quand Xavier Bizot est retrouvé assassiné de deux coups de couteaux dans la chambre d’hôtel, Catherine est la coupable toute désignée…

Tu te doutes bien que je ne vais pas t’en dire plus. C’était juste pour te faire saliver… La suite de l’intrigue est surprenante… On nage dans un film que Chabrol aurait réalisé d’après un roman de Simenon. Cette femme éclaboussée (par la morale ? Par les rumeurs ? Par le sang… ?) est un magnifique portrait d’une héroïne fragile et sensuelle. Si la trame du roman demeure classique (l’adultère…), le charme discret de la bourgeoise nous entraîne tout de même bien loin dans le suspens. Et le glauque.

J’ai découvert l’écriture de Dominique Dyens et j’en suis éclaboussée moi aussi. Boum comme dirait la patronne. Boum parce que c’est du roman qui donne du frisson et de l’émotion tout le long de la lecture. Boum parce qu’une fois qu’on l’a refermé on en voudrait encore. Boum parce que le texte –dont une bonne partie est narré par Henriette et son humour décalé, ou par Virginie et ses angoisses- est à la fois subtilement léger et prenant, simple et joli. Boum parce que les personnages sont attachants. Boum pour plein de choses. Boum boum même.

Boum comme dit la patronne de ce blog, à qui je renouvelle mes remerciements pour son accueil, ce fut un plaisir de me lâcher ici, étant SBF (Sans Blog Fixe)... Moi je dis Miam. Et même Miam Miam car du Dominique Dyens je peux te dire que je vais en reprendre. Et pas plus tard que cet été pour mes nuits chaudes à moustiques. Elle a écrit 6 autres romans : Maud à jamais (Denoël 2002), C’est une maison bleue –qui n’est pas un polar- (Denoël 2003) puis Eloge de la cellulite et autres disgrâces (2006), Délit de fuite (2009), Intuitions (2011) et Lundi noir (2013), le tout chez Héloïse d’Ormesson. Le choix va être difficile… Un conseil, Madame Carré jaune ?

Le site de Dominique Dyens : http://dominiquedyens.com

Le site des éditions Héloïse d’Ormesson : http://www.editions-heloisedormesson.com

Le site de Macha Seruoff : http://www.machaseruoff.com