bobin couv souverainte du vide

« Dérives, infinies dérives : ces promenades. Ces lectures. Ces lettres. Le travail. Une absence.

Je n’écris pas pour maintenir ni pour sauver l’heure qui passe. Je vous écris son passage en moi et ces éclats de toute beauté qui m’en restent, ces brins d’éternité dedans la mort effondrée, entre les pierres de fatigue.

J’écoute des musiques. Beaucoup de musiques. Mozart, Schubert, Le chat –Mozart (* ndlr : ici c‘est Félix) : il se déplace sans heurts, par glissements, par frôlements, sans froisser les feuillages de l’air, sans renverser le moindre silence. Il tourne doucement autour d’un oiseau-lumière, sans jamais le quitter  des yeux, sans jamais conclure le jeu par une prise, par un rapt. Tout est donné, offert. Chaque degré de l’abîme est compté. Pure contemplation, pure douleur.

Je regarde le beau temps par la fenêtre. Cette candeur au soleil.

Je pense à vous, dont je ne sais rien. »

  

bobin musiqueSilence « "Le pur silence : élément naturel de l'âme, autant que l'eau pour le nageur d'au-delà de l'horizon. "

Lire et relire. Relire. Refermer le livre. Poser. Faire une pause, une infinie douceur en soi, regarder par la fenêtre cet astre qui luit dans le ciel.

Une pause et un silence.

Un silence nécessaire en soi, un silence remplit de vie, un silence remplit de force.

Il y a de la sagesse dans le silence. Aimer l'entendre.

Je ne vous dirai rien de plus sur ce livre, ce recueil de mots silencieux qui font plus de bruits que tous les mots lus, entendus, récités. Il y a des silences qui sont emprunts d'un doux et profond son, un souffle, une respiration. Christian Bobin en est un maitre. Souveraineté du vide, un magnifique récital.

 

« Regardez ce livre. La lumière qu’il fait entrer entre vos mains. Je parle ici d’une lumière matérielle, évidente : celle des forêts, des arbres que l’on abat pour obtenir ce papier, des ondées et des éclaircies qui font croître ces arbres, des huiles et des pigments qui donnent à l’encre une âme noire, du jour qui entre par la fenêtre et qui surprend parfois, plus que la nuit.

Quant aux mots écrits, sur ces pages : quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire.

Juste ça. »

  

Pour celles et ceux qui veulent entendre un extrait de ce silence : cliquez ici.