France-Suisse

 

Vous avez pigé que la littérature romande et moi, c’est une grande histoire d’amour, un coup de foudre. Ce sont des histoires de femmes criantes de vérités, de sourires, de rires et de franchise. Rencontre entre Mélanie CHAPPUIS,  Mélanie RICHOZ et ma pomme. Un truc à 3, un chat remplit de fougue et de spontanéité (d’ailleurs pour vous rendre le truc aussi ouf que moi… je ne mettrai pas qui a répondu à telle ou telle question… A vous de devinez quelle Mélanie a pu écrire ou partager l’inavouable).

 

L’écriture c’est quoi ?

  • L’écriture, c’est la vie en plus, la vie fois deux. C’est comprendre, (se) pardonner, (se) visiter ou revisiter.  C’est percevoir, ressentir, observer. Et partager…
  • Ecrire, c’est tout ça, oui. Et c’est tenter. Ou peut-être tout vouloir : être, sentir, vivre, comprendre. Et peut-être qu’on n’arrête jamais parce qu’on n’arrive jamais à tout être, à tout faire. J’écris peut-être pour être plusieurs ? Pour me rapprocher de l’humanité, par humanité, dans la splendeur de ce qui est beau et de ce qui est cruel, ou cruellement beau ? Par vulnérabilité ?
  • On est tous plusieurs. Et quand on écrit, on en prend conscience, non ? On peut-être homme femme, enfant, salaud, skin, albanaise, Marie.  (cf. « Le bain et la douche froide » de Mélanie RICHOZ et « Maculée Conception » de Mélanie CHAPPUIS)
  • Et si écrire, c’était « peut-être » ? Si écrire, c’était se poser des questions sans chercher à y répondre ?

 

Mélanie-ChappuisVous voulez dire que l’écriture est une libération ?

  •  - Mon écriture s’apparente à un cri qui sort sur l’écran /papier au lieu de sortir par la bouche (je pourrais dire un crachat ou un vomissement mais c’est moins joli, hein?). D’ailleurs je trouve que tu contrôles mieux tes cris, tu mets moins de mots que moi, preuve que tu tries plus. Je déballe beaucoup. Et ensuite je respire.
  • - Je dirais comme Mélanie, écrire est une manière de crier sans élever la voix. D’être entendue ?

 

Si vous deviez définir votre l’écriture ou celle de l’autre. Quelles en seraient les termes ?

  • - L’écriture de Mélanie, c’est la transparence, c’est elle qui s’offre. Parfois, j’ai l’impression de cacher et tout à coup de montrer… Peut être trop. Les silences sont des cachettes. Mes écrits ne sont qu’instants. Je joue avec les sons, avec le rythme… Mais pas avec le fond. Le fond vient du fond, du vrai, du vrai-vrai ou du vrai fantasmé mais du vrai. Du possible. Ou de l’impossible. Le noir ne me fait pas peur car je crois en la lumière. Mes personnages sont soient dans l’ombre, soit dans la lumière. Le tout ou le rien. En rupture. Mélanie sait les faire vivre au quotidien, les faire aimer, les faire douter.
  • - Mélanie, elle a l’impression de cacher mais ce qu’elle dit entre les lignes est d’une violence probablement plus grande que si elle avait tout dit. Moi, je ne joue pas quand j’écris. Je me permets juste de relire à voix haute pour voir si ça sonne bien. Mais c’est le seul « jeu » que je m’autorise ou que je sais faire.  J’ai parfois peur de ce que je peux découvrir en écrivant. Parce que je vis des choses auxquelles je ne voulais pas trop réfléchir. Quand j’écris je me sens pleine. Ce sont les seuls moments où je suis entièrement dans le présent, où rien d’autre ne compte. J’oublie le reste. Je fais un avec mon texte, j’accède au plus profond de moi et des autres. Il y a quelque chose de mystique là dedans. Je crois que je vis les choses encore plus fort en les écrivant qu’en les vivant simplement.
  • De mystique oui, et de furieusement universel. Je ne peux pas dire que je suis bien au moment où j’écris, parce que c’est difficile pour moi. Je sue, je m’achoppe, etc. Par contre, si je n’écris pas, ce sont des périodes douloureuses où l’angoisse me traque
  • C’est vrai que c’est relatif « être bien » quand on écrit… Quand j’écris j’ai toujours froid. Comme si je me vidais (alors que je vous dis que je me sens pleine…). J’accouche !

 

mélanie-richozOn parle toujours de la difficulté d’écrire, si vous regardez votre parcours, quelle(s) impression(s) en tirez- vous ?

  • J’ai l’impression que je n’en retire que du positif. On accède à plus de compréhension sur soi et les autres. A plus d’humanité aussi. Parce qu’à force de se mettre à la place des autres, on les aime davantage. Ou du moins on les juge moins vite.
  • Moi, je n’arrive pas à voir ce que j’en retire.  Je ne sais pas pourquoi j’écris. Dès qu’un livre est publié, il n’existe plus pour moi, ni tout ce que j’ai mis en œuvre pour y parvenir. Le livre appartient à celui qui le lit. Les meilleurs moments de l’après-publication sont ceux où les lecteurs me livrent leur interprétation. C’est magique !Ce sont eux qui font exister le chemin parcouru.
  • « Un livre a deux auteurs : celui qui l’écrit et celui qui le lit ». C’est de Jacques Salomé je crois, et c’est tellement vrai. Dès que mon livre part à l’imprimerie, je pense au suivant. Mais je ne m’en fous pas non plus.  Je suis heureuse d’entendre parler de mes livres déjà publiés, oubliés un peu, mais jamais totalement.
  • Il y a une sorte de nécessité à écrire. C’est pour ça que pendant l’écriture, comme le dit Mélanie, on ne pense pas qu’on sera lues… Cette foi est plus forte que le jugement ou l’autocensure.

 

 A quel moment met-on un point final ?

  • Je n’ai jamais hésité sur mes points finaux… Maintenant, au milieu, avant la fin, c’est vrai que chez moi, je trouve toujours qu’il y a des trucs à retravailler, à préciser, enlever… jusqu’à ce que l’éditeur me dise que ça suffit. Mais franchement, malgré le retravail du milieu, je crois qu’il y a toujours eu un moment où  je sentais qu’un livre donné était fini. Ce qui reste en suspens, on s’en sert pour le prochain livre.
  • Pour la fin d’un bouquin, moi je la sens. Souvent, je la retarde, car elle arrive toujours trop vite.

 

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Mélanie si tu devais définir l’écriture de Mélanie, tu dirais quoi ?

 - Entière, ronde, endurante, émotionnelle, sensorielle, féminine, entière, sincère (même  si  je n’aime pas ce mot)

- Poétique, savoureuse, authentique, sensuelle et monopolisatrice de tous les sens.

 - Il y a une certaine pureté dans ton écriture. De la tendresse et de la bienveillance surtout. Elle est très proche de toi… C’est tellement toi que ça n’est plus toi. Tu es si proche de tes personnages que tu peux être quelqu’un d’autre. Tu peux être eux ou toi… Toi ou eux.

- C’est vrai que toi peut-être que tu les regardes, tu les comprends, tu les observes. Mais tu ne te mets pas à leur place. Comme si tu n’osais pas. Tu compatis mais tu ne deviens pas eux, pourtant le lecteur devient eux.

- Mélanie est plus démonstrative, plus généreuse… et rebelle (alors que je suis plus prudente).

- Elle est douce et forte comme ses textes. Elle est capable de grosses indignations avec sa petite voix d’ange, elle fronce les sourcils, mouline des mains, s’enthousiasme ou s’indigne, elle défend les gens. Mais une fois qu’elle a fait son devoir de femme, d’humaine, de citoyenne, elle est capable de passer à autre chose. Mélanie sait donner énormément sans se perdre.

- Aimer et se protéger, oui.  Mélanie est plus fougueuse. C’est un peu la maîtresse de l’amour. J’ai l’impression qu’elle a la capacité de rebondir, de recommencer…  Nous avons, toutes les deux je pense, un rapport à la justice qui est exacerbé. Mélanie prend la défense des âmes en peine… Avec cette douceur amicale qui signe son respect de l’autre et de l’humanité.

 

94952526_oOù aimez-vous écrire ?

  • Moi, j’aime bien écrire sous un duvet !
  • Moi, avec des grosses chaussettes, mon chauffage électrique et des habits confortables. Et des grosses tasses de thé qui refroidissent à côté de moi. Je n’en bois jamais plus que le tiers…
  • Et sans soutien-gorge, parce que ça m’enferme… (c’est entre nous, hein !) (ndlr : mais bien sûr). J’écris sans être douchée. Il y a quelque chose de la nuit que j’emmène dans mon écriture.
  • Moi, j’aime bien être un peu sale quand j’écris. Et me doucher ensuite, me faire jolie, pour passer à autre chose.

 

Allez une dernière…  quelle question voulez-vous me posez ? - En chœur et d’une seule et même voix : Tu lis avec ou sans soutien-gorge?

  • Euh… bah pour dire la vérité…  ça dépend !  Et je lis avec ou sans soutif car j ai toujours un livre qui traîne sous la main… enfin presque, hein :-D !

 

Retrouvez Mélanie CHAPPUIS dans "Maculée conception"

Retrouvez Mélanie RICHOZ dans "Mue", "Tourterelle", "Le bain et la douche froide"