bobin bibliothèque de nuages

Christian BOBIN est pour moi un écrivain qui a le don de faire voler une feuille, de rendre palpable le chant d'un oiseau, la caresse d une tempête, le goût délicat d’une caresse amie.

Avec lui, le silence est roi, la lumière douce, ensorcelante, magnificence.

Les sons que j’entends sont la vie, le brouhaha, une irrésistible et insatiable veine éternelle, un  vaisseau de paroles inutiles à dire mais à entendre, à écouter, à s’approcher, à vivre.  

Oui Christian Bobin, c‘est une écriture de vie, une écriture sur la vie, sur cet instant présent, ce moment que je regarde, ressens, sens, goûte, entends, vois, aime. Cette goutte de pluie sur la joue qui glisse et qui agit comme un baume sur les plaies, apaisante, réconciliante, aventureuse, aimante.

«J’ai grandi à l’intérieur d’une larme. A travers sa vitre scintillante, j’ai vu le monde éclatant de lumière »

 

Et quand il écrit sur la mort, sur ce tabou de nos éducations/sociétés occidentales, sur les mots que l’on a besoin d’entendre mais qu’on ose dire, apprendre, enseigner ;  sur ces mots qui sont comme une caresse mais que personne ne regarde comme telle… quand il écrit sur la mort, Christian Bobin écrit sur la vie. Et c’est juste un grand souffle d’apaisement qui se pose sur notre existence.

 

 « L’âme est plus subtile que l’air : la main de la mort ne peut se refermer sur elle. J’écris pour trouver l’heure qu’il est dans l’éternel. »

« Un jour, sans penser à rien, je regardai le tilleul enflammé devant la fenêtre et j’appris que G. avait cessé de mourir. C’était trois ans après ses funérailles. Les arbres sont de merveilleux facteurs. »

«  L’avant dernier matin de sa vie, G., dans le jardin de son frère, dit en s’étonnant : je n’ai jamais été aussi heureuse. A ces mots sa mort se mit en route. Chaque jour peut être le dernier : il n’en est donc insignifiant. »

« La mort est à côté de la vie quotidienne comme une bougie à côté d’une meule de paille. Cette proximité terrible fait la vie merveilleuse. »

« Il m’a manqué quelques heures pour connaître son âme ensauvagée. Elle éclaire en majesté chacune de ses pages et fait de l’éternel une évidence. J’en ai relu quelques-unes aujourd’hui. Elles m’ont semblé plus claires que quand il était là. Les livres attendent que leur auteur s’efface pour donner tous leurs feux – comme des enfants qui ne jouent vraiment que loin de leurs parents. »

« Je suis d’accord pour mourir n’importe quel jour. Aux urgences, j’ai emmené un livre assez petit pour tenir dans une poche, assez dense pour éclairer des heures d’attente. Je voudrais n’écrire que des lires qu’on puisse lire aux urgences, là où les questions qu’on nous pose et l’attention qu’on nous porte sont si froides qu’elles nous vident  notre âme. Il y a une manière de vivre – comme si on tenait plus à la vie – qui est le nom le plus secret de l’amour. »

 

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