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Tu vas voler, Afortunada. Respire. Sens la pluie. C’est de l’eau. Dans ta vie tu auras beaucoup de raison d’être heureuse, et l’une d’elles s’appelle l’eau, une autre le vent, une autre le soleil qui arrive toujours comme une récompense après la pluie. Tu sens la pluie ? Ouvre les ailes, miaula Zorbas.

La mouette ouvrit les aimes. Les projecteurs la baignaient de lumière et la pluie saupoudrait ses plumes de perles. L’humain et le chat la virent lever la tête, les yeux fermés

La pluie, l’eau. J’aime !
Tu vas voler, assura Zorbas.
Je t’aime. Tu es un chat très bon, cria-t-elle en s’approchant du bord de la balustrade.
Tu vas voler. Le ciel tout entier sera à toi, miaula Zorbas
Je ne t’oublierai jamais. Ni les autres chats, cria-t-elle les pattes à moitié au-dehors de la balustrade, comme le disaient les vers d’Atxaga, son petit cœur était celui des équilibristes.
Vole ! miaula Zorbas en tendant une patte et en la touchant à peine.

 

Quand Luis Sepulveda nous conte l’histoire d’une mouette qui ne sait pas voler et d’un chat qui lui apprend, nous entrons en pleine douceur et bonté de l’humain, en pleine poésie et philosophie. C’est beau et c’est bon. C’est juste et c’est grand. C’est cruel et plein de bon sens. C’est la vie et son humanisme. C’est Luis Sepulveda dans son infini tendresse, douceur et bonté.

Sur plusieurs niveaux de lecture il nous amène à la rencontre de Afortunada, petit oisillon mouette recueilli par Zorbas le chat et sa bande de félins tous plus philosophes les uns que les autres, plus nobles de cœur et « félinité », de clairvoyance, d’œil rieur et de miauleries caustiques et de tendresse que n’importe quel humain.

De son balcon où il se prélasse au soleil, Zorbas le gros chat de gouttière noir voit s’échouer à ses pattes une mouette engluée de mazout.
Après avoir traversé les océans, Kengha n’a plus la force de suivre le groupe qui l’amène vers le soleil et les doux rivages des côtes africaines. Mazoutée après la rencontre avec un pétrolier bandit, elle s’échoue sur le port de Cologne où résident les gangs de chats plus félins bagarreurs les uns que les autres. La mouette sait qu’elle va mourir empoisonnée par cette substance toxique qui lui colle à ses plumes.
Cependant Kengha n’est pas seule. Avant de « s’envoler » elle fait promettre à Zorbas de s’occuper de l’œuf qu’elle va pondre et de faire de lui une vraie mouette, de l’élever, lui apprendre à voler.

Ce qui aurait pu être un conte pour enfant, Luis Sepulvada nous narre une magnifique histoire philosophique et humaniste, un véritable hymne à la solidarité, la tolérance, la différence, la fraternité, l’entraide,  la générosité, l’amitié, l’amour entre espèce et cela quelque soit les races, les différences, les valeurs d’origine.

Il parvient à développer les thèmes de l’environnement, de l’écologie, des responsabilités humaines dans la destruction de la planète et son écosystème. Par sa négligence, il devient son propre ennemi. C’est un recueil à la vie dans toutes ses facettes d’amitié, d’acceptation des autres, de fraternité. Il est à la fois un symbole de ces êtres qui se brulent les ailes à voler trop près du soleil et un incroyable symbole d’amour fraternel à la De Vinci avec une troupe de chats philosophes qui cherche par tous les moyes à construire un engin qui permettrait  à Afortunada, bébé mouette, de voler réellement.
Une poésie à l’état pure, une poésie où le cœur prend ses véritables valeurs et couleurs, celles de l’amour, la solidarité et cela quelque soit celui qui se pose devant nos yeux, nos mains, nos pattes qui font que chacun de nous grandit et devient la personne, la mouette qu’il doit être.

D’une naissance, aux premiers pas brinquebalants, les ailes se déploient, deviennent plumes légères et s’envolent dans le ciel. 

 

Seul vole celui qui ose le faire

 

 

Merci à Nymou Rossignol avec qui j'ai lu ce livre par delà les mers et pays, les races et religions. Merci Nymou tu es un vrai chat digne de la bande à Zorbas, un petit coeur de rossignol qui bat à l'hymne de la générosité et de la bonté. Merci Nymou, jolie rossignol livresque.