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« Ce soir il prend Mona dans ses bras. Elle rit parce que Vincent lui recouvre le visage de sa grande main. J’aime voir ma fille rire dans ses bras. Je lui dis « on est bien dans les bras de Vincent, n’est ce pas mon amour ? » Vincent me sourit. Il ne m’a jamais prise dans ses bras. Il a compris que j’aimerais bien. »
« Je veux avoir le pouvoir de l’abimer un peu. Juste un peu. Pour qu’elle voie ce que ça fait de ne pas tout avoir. Etre celui qui la fait souffrir. C’est mieux que d’être celui qui la rend heureuse. Je pense que je peux la faire souffrir plus longtemps que je ne peux la rendre heureuse. C’est plus facile. On idéalise toujours son bourreau. Pas son serviteur. Elle m’aimera plus longtemps si je la fais souffrir. »
« Une parenthèse dans la vraie vie ça n’existe pas. A moins qu’elle ne soit très courte. Et encore. On a vécu bien plus que ce qu’on pouvait vivre. C’était beau et pur. Gai et joyeux. Tendre et passionné. Douloureux aussi. De plus en plus. […] Il faut toujours jouer en amour. Un peu, au moins. Il n’y a que les parents et les grands parents qui nous aiment pour ce que l’on est vraiment. Les maris, parfois. Peut-être. Les amants non. 
Il se rhabille, je regarde son corps que je n’aimais pas à ce point, pourtant au début. Maintenant je l’aime plus que tout ce corps, « je t’aime, c’est terrible comme je t’aime », je lui dis. Il me prend dans ses bras, il dit merci. Il ne dit pas moi aussi. Bien sûr que non. Il ne pense pas « Moi aussi ». Il ne le pense plus. »
« Je l’aime comme ça. Accueillante, souriante, tendre à l’écoute elle ne parle pas trop, elle réagit exactement comme il faut, elle n’exige rien. Elle ne veut que mon plaisir. Elle est ma femme comme au cinéma. Présente et disponible. Droite, douce, pure, belle et soumise. On monte, je veux tester sa soumission. »

Cela aurait pu être une histoire banale. Une histoire d’amour comme tant d’autre : lui et elle ; elle et lui et le mari au milieu.

Anna trente ans à peine. Mariée à Victor, médecin-chirurgien esthétique, mère d’une petite fille, huit mois, femme au foyer après avoir fait des études en littérature, belle, désirable, jeune, gaie, souriante. Vincent, la cinquantaine bien présente, homme séduisant, sur de lui, bronzé toute l’année, rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens de Suisse romande, sportif et accessoirement demi-frère de Victor.
Anna que Victor ne regarde plus comme avant. Avant la naissance de Mona. Anna qui aimerait de nouveau se sentir aimer, séduite, désirée. Et Anna qui se défend de succomber à l’attirance de Vincent, de son corps, de ses bras, de cette sexualité qu’elle ressent en elle. Anna qui est tiraillée entre un simple baiser échangé et plus. « On aura un peu mal mais c’est bon d’avoir un peu mal. Et puis ça passera. Je veux un baiser de lui. »
Et la relation s’installe. D’un baiser échangé, les corps s’appellent, se désirent, se donnent, s’ouvrent, se rencontrent, se défilent, se contractent. Sms en pagaille. Appartement prêté pour se retrouver. Charnel. Sensualité. Corps encore. Amour. Puis Trahison. Soumission. Sexe. Narcissisme. Perversité. Solitude. Désintégration.

« Aujourd’hui c’est la rentrée. Je donne mon premier cours. Je connais tout Rabelais. Mais je ne suis pas prête. […] Je suis petite, maigre, cernée, fatiguée, mal habillée… […] Il fait gris et froid. C’est parfait pour une rentrée d’octobre. C’est tôt le matin. J’ai envie de mourir »

 

Quand une relation consentante devient le jeu pervers du chat et de la souris. Quand ce qui aurait pu être un adultère comme tant d’autres devient une explosion, une perversité, un désamour, une perte  d’estime et de soi, de confiance en soi et en l’autre. Quand une histoire d’amour devient une plongée dans les eaux profondes du Lac Léman, une noyade, un suicide raté et une renaissance, une liberté retrouvée, une femme qui réapprend à marcher, à être elle, à tenter de se reconstruire, de faire avec son corps et son âme en chantier. « Ne m’écrit plus stp »

Encore une fois, l’écriture fine et somptueuse de Mélanie CHAPPUIS m’a scotchée, prise à la gorge et le cœur en mode émotions et sensibilité à fleurs de peau. Encore une fois Mélanie m’a oui renversée par sa plume sensuelle, pénétrante, envoutante.
Un roman choral fort, bouleversant, dérangeant et à la fois si vrai, réel, banal. Et se réveiller un matin en se disant « Je m’appelle Anna Vélébit Wenger. Pas Anna Karénine. Anna Velebit tout court. Bientôt si je veux ». Reprendre son fil de vie et se dire qu’il faut parfois comprendre que nos vies peuvent être chamboulées, changées, réorganisées pour nous replacer à l’endroit où nous devons être. Enfin croire en soi, voler et quelque soit le temps que cela prendra, être fidèle à soi et à son cœur.

« Ici, avec eux, je fais semblant. Au début, souvent. Maintenant de moins en moins. Je joue si bien la comédie que je finis par devenir ce que je prétends, forte, gaie et sûre de moi, etc. Surtout depuis mon suicide non tentée, je sais que je ne tomberai plus jamais trop bas. Je suis une funambule avec filet, maintenant. Mais quand ça m’arrive à nouveau de douter un peu, je veux pouvoir être entourée de gens qui ne me tourneront pas le dos. 
Je veux pouvoir prendre le temps des décisions difficiles, de ne jamais les regretter… »

 

Merci Mélanie. Merci pour ce magnifique roman que tu m’as fait parvenir il y a un an de cela. J’ai mis le temps pour le découvrir. Il m’a fallu ce temps… Et il y  a des jours où je me sens comme Lara Croft. Ces jours là font du bien.  « Alors j’aspire au bonheur. Je ne sais pas encore exactement quelle forme lui donner, mais je sais que tu n’es pas fait pour. Tant pis. J’ai beaucoup d’autres choses à aimer. A commencer par moi...»