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« On peut parcourir le monde à la recherche de la sagesse, rencontrer toutes sortes de sages, suivre toutes sortes de stages, yoga ou méditation, cela ne sert pas à grand-chose tant qu’on n’a pas pris contact avec son guide intérieur. Nous avons tous le nôtre, discret, avisé, infaillible, encore faut-il lui offrir notre confiance, c’est d’ailleurs la seule chose qu’il exige de nous. Cela acquis, il ne nous trompe jamais.
Ce guide, c’est le goût.
S’en remettre à lui, c’est courir la chance de n’être jamais déçu.
Même en amour ?
Surtout en amour »

 

Bon sang que ce « Petit éloge du sensible » d’Elisabeth BARILLE est beau, simple, bon, doux, vrai, sensible. Très sensible, délicat, onctueux. Une vraie mélodie, un air où les notes s’écrivent avec bonheur et luminosité sur une partition, des mots, une écriture qui s’impriment avec malice, fantaisie et amour sur une feuille. Une broderie à l'encre.

C’est juste la délicatesse, la beauté du mot sensible, la bonté du sensible qui effleurent nos yeux et notre âme.

C’est bon, beau comme un automne où les feuilles nous font encore un peu rougir, où le soleil d’une fin de journée vient nous caresser avec bonheur, où un repas servi sur une table ou à même le sol prend tout son caractère, sa sensualité.

1781867_382219525260671_6528997189787282195_nJuste cette pointe d'émotion exprimée, cette sensibilité qui fait que chaque petit plaisir, petite chose vue, goutée, touchée, sentie, entendue, ressentie, mémorisée… nous fait jaillir une sensation, un petit rien qui nous rend tout chose, vivant, pleurant ou aimant. Mais  Vivant oui et surtout.

Et quand on en fait l’éloge alors le sensible se sent à sa place. Il en ressent les mots, les points, virgules, rires, sourires, coups de gueule. Il se sent en osmose avec cette écriture, ce qu’il lit.
Enfin être lui, être quelqu’un et non pas un être que l’on montre du doigt car justement sensible, fragile comme peut-être indiqué dans les dictionnaires ou sur les cartons de verres.

Car sensible c’est aussi savoir faire preuve de goût, ressentir les êtres, les petits plaisirs de la vie quand tant d’autres ne les voient plus, ne ressentent plus.

Etre sensible est élogieux, vrai, soi. C'est vivre souvent sur le bord du fil, se sentir en équilibre précaire mais se sentir, sentir cette corde qui vibre, les pieds dessus qui l'effleurent, la main touchant le ciel, le visage face au vent  caressant les cheveux.

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Sensible c’est oui avoir du goût. C’est échapper au diktat du monde, marcher à contre-courant, creuser son sillon, son écriture, mettre son énergie dans la vie, sa gourmandise dans un repas simple, ses pas dans un chemin, faire face au silence, aimer en jouissant de ce mot voluptueux. C’est offrir ses sens à la beauté du monde, choisir l’essentiel, l’infini. Cultiver l’esprit, les émotions, les sensations, le désir mesuré, la non possession, le bonheur des instants fugaces, la simplicité.

"Le secret du plaisir, c'est d'en avoir " . Petit éloge du sensible est juste ce petit livre qu’il faut posséder dans sa bibliothèque, le lire, le poser, le relire, le consulter, le regarder, l’écouter, le toucher, l’aimer.
C’est un indispensable à nos vies si trépignantes, si nauséeuse, si survoltée.
C’est cette pause nécessaire, ce développement de notre image, cette beauté qui nous saisie d’un seul coup lorsqu’une plume glisse devant nos yeux, une bourrasque de vent qui joue avec les feuilles, le fumet d’un plat mijotant sur une cuisinière qui vient nous titiller les narines. Sensible et aimer y être.

Et l’envie de dresser à son tour une dernière pluie, des notes de chevet qui explorent nos méandres, ces notes jetés sur un papier en laissant aller notre main, notre pinceau, notre cœur. Des fragments de ressenti, de vie, ces choses qui égaie le cœur, désolante, splendide, détestable, éloignée bien que proche, éveillant la mélancolie mais surtout ces choses qui font battre le cœur comme une nuit où on attend quelqu’un.

 

« Votre éloge s’achève. Dans quelque mois, il sera livre. Ce livre, vous aimeriez l’offrir aux êtres qui l’ont traversé, aux aimés frémissants, aux aimés caressants, à ceux et celles qui pourraient l’être, et n’osent pas. Pour qu’ils se lancent enfin. Ouvrez vos yeux, vos bras, vos mains. Lâchez la peur. »

 

 

Autumn Leaves - Chet Baker & Ruth Young