10516603_257306564470615_5980802176300784467_nJusqu’à là on connaissait les Papy du rock, de vieux crooners séniles qui n’hésitaient pas à remonter sur les planches pour pousser la chansonnette. Mais connaissez-vous les Vieux Fourneaux, ceux des manifs et des bataillons d’anti-baguettes de pain « new generation ».
C’est qu’ils sont sacrément hors du commun ces vieux machins tout rabougris, mais pas du ciboulot. Il faut les voir manier la canne comme on manie la vanne, pas grippés pour deux sous !
De vrais enfants terribles. A côté les pieds nickelés sont des poulbots des rues calmes et tranquilles. Je les adore.

Déjà dans le 1er tome (irrésistible), les trois vieux brigands accompagnés de la pitchoune m’avait fait plier en quatre sur mon canapé (alors que j’étais couchée), rouler par terre en me tenant le ventre et fait crier « aux larmes citoyens », « sus aux vieux ronchons ». Je les kiffe grave ces Vieux Fourneaux.

Chez eux nul besoin de pousser « Mamy dans les orties » pour les faire monter aux barricades. Et quand il s’agit d’organiser un attentat gériatrique, ils sont les premiers à se mettre en place. Leurs armes sont les pires atouts que puissent posséder une société. La bombe H, les Rafales sont de pâles engins de guerre à côté.
Bref ils sont irrésistibles, bis repetitas.

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Alors pensez donc quand le Pierrot reçoit chez lui un colis rempli d’une centaine de milliers d’euros et signé Ann Bonny, son ancienne-ancienne dulcinée libertaire, il en faut plus à la clique pour embrigader le monde « dentier » et rechercher dans tous les asiles et autres pavillons de banlieues type troisième âge la Bonny à Pierrot. 

La révolution est en marche et croyez moi, ça déménage sec dans les maisons de retraite. 

Alors bien sûr, je pourrai vous raconter l’histoire de ces trois terribles et magnifiques vieux, de Mimile, le poète à  la carrure de rugbyman, de l’Antoine qui découvre avec émerveillement l’ile de la Tordue (lieu où tous les vieux débris de Paname se réunissent autour de « sans yeux ni maître », Francine de la Roche Bonnefoy, nonagénaire qui souhaite devenir hacker informatique et mettre à sac les banques et autres riches sociétés pilleuses de porte-monnaies) et enfin de Pierrot-Clyde qui fond d’amour pour sa Annita Ann Bonny, sa merveille au fauteuil déroulant.


Et il y a Sophie, Juliette, sa fille, sa pitchoune à elle, son bébé d’amour, sa grenouille. Et quelle femme cette Sophie : un tempérament d’acier, une tornade montée sur une couche de tendresse pour ces tontons flingueurs. Un vrai bain de jeunesse qui a l’art de ramener à la raison ces trois vieux pirates.
affiche02Enfin ça c’était avant. Avant qu’elle adresse justement ce colis à Pierrot en se faisant passer pour une certaine Ann Bonny. Qu’est ce qui lui est passé par la tête ? Un coup à faire péter la durite à son vieil ami.

Mais comme le dit si bien Baba (personnage truculent s’il en est) « le vieux est l’ennemi du bien » et accompagné de Jean-Chi, il faut tout redouter de cette bande de magnifiques révolutionnaires qui frise les 250 ans à eux trois.

Savoureux et désopilant. Ironie mordante qui fait mouche à chaque case.

 

Un scénario que Wilfrid Lupano maitrise encore une fois. Une réelle tendresse, des scènes remplies d’allégresse et contemporaine. Une vraie loupe sur notre société et ses valeurs financières, sur la consommation à outrance et sa réalité écologique. Du grand art dans des dialogues à la Audiard. Il y a du Rififi chez lui.
Quant au graphisme, c’est toujours une joie de voir le trait fin et amoureux de Paul Caueet. Une infinie palette de couleurs, une finesse et une élégance dans chaque case, personnage. De la grande voltige dans chaque bulle, trait.

 

Bref après le tome 1, le tome 2 … j’attends avec une impatience non feinte les papys du rock n’ roll des fournils et maisons de retraite tome 3 et je lance une pétition dès maintenant, une manif révolution et barricades, pour obliger l’Etat à rembourser cette bande dessinée par notre bonne vieille Sécu. Aux larmes de rires citoyen, sus aux vieux ronchons !

 

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