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Un livre, un lieu ?

 

Comment définir une réponse à un livre, un lieu…. Que de choses à suggérer, à ressentir pour moi. Que de lieux qui d’un seul coup ressurgissent à la lisière de ma mémoire, à la portée de mes yeux. Que de lieux traversés, que de chemins empruntés, que de trains croisés.
Faire revivre l’endroit, ressentir les images, entendre les bruissements des feuilles tournées, lever les yeux et entrevoir une silhouette, un champ, entendre le chant d’un oiseau, le craquement d’un écureuil qui saute de branche en branche.

J’aime mélanger lieu et lecture, j’aime ressentir les émotions qui m’entourent se mélanger à celle de ma lecture.

Alors lorsque la Marquise Mina de Merteuil m’interroge sur mes lieux de mon cadre de lecture, me revient en mémoire les librairies, les médiathèques, les jardins, les premières rencontres cruciales et importantes où les yeux se posent sur les mots lus. 

Pour vous retracer quelques uns de mes sentiers livresques je vous emmène à emprunter mes chemins de traverses. La plupart de ces livres ont été achetés soit en librairie soit en salon. D’autres m’ont été offerts par des amis, des auteurs qui me sont chers.

 

 

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Le Petit Prince d’Antoine de St Exupéry :

Lu dans mon enfance, je n’avais conservé que de pâles souvenirs. Il trainait là dans la bibliothèque familiale, rangé sous une pile de livres. En rangeant, je l’ai retrouvé et a ressurgi en moi, l’émotion d’une odeur de rose sous une cloche. Il me fallait délivrer cette rose, la relire et en prendre soin.
 J’ai relu ce « Petit Prince » dans un jardin, chez un ami, en pleine campagne, loin du bruit ambiant des sons de la ville. Je n’avais comme sons que quatre chats qui se bataillaient, les meuglements des vaches dans le champ en face, le bruissement des vols d’hirondelles et le soir, à la tombée de la nuit, le hululement des chouettes et le croassement de la mare aux grenouilles. Un petit paradis qui me permit de me poser en plein mois d’aout.

La dimension du Petit Prince me fit l’effet d’un sage précepte, de philosophie de vie et d’une beauté sans précédent.

 

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Désordres, lettre à un père d’Elsa Montensi :

Que vous dire de plus sur ce recueil qui orne toujours ma bibliothèque. Que vous dire de plus que ce livre qui est rangé au rayon des petits choses qu’il ne faut jamais oublier.
Un livre lu en apnée, avec tant de bruit dans ma tête et mon cœur. Une caisse de résonnance, les yeux embués cachés derrière des lunettes fumées alors que j’étais dans un train. Un livre lu en une heure de trajet entre Tours et Paris, un samedi (comme si c’était hier).

Un livre lu comme un miroir tendu, une écriture qui vint me prendre la main et m’emmener très loin dans les chemins de l’écriture et de la profondeur. Un livre qui me fait toujours autant frissonner lorsque j’en parle.

Un livre qui est le reflet exact de mon âme et de ma volonté de vie. Un livre comme un recueil que  l’on transmet, une ode à ce bonheur sensible et fragile mais qu’il nous faut préserver. Des cris qui se livrent et qui en font une bataille où les armes les plus belles sont celles qui sont dans notre cœur et âme.

 

 

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Laurence Tardieu : l’écriture et la vie / Une vie à soi.

Je ne sais pas pourquoi mais j’aime lire Laurence Tardieu sur de longs chemins qui me mènent généralement en Bretagne. La beauté de ces plages, le charme secret de ses sentiers qui se découvrent délicatement, la tendresse de la main amie, aimante sur mon épaule, la vie qui se confond avec ce ciel au bleu si délicat, aux falaises où se meurt la vague.

Dès que Laurence Tardieu sort un livre, je me précipite dans ma librairie (La boite à livres à Tours) et je puise dans la pile. Mes yeux battent à l’unisson de mon cœur. J’embrasse les mots, les lettres. Je hume l’encre… Fétichisme absolu à la limite de la folie, me rouler par terre si je ne le possède pas (là logiquement Laurence Tardieu devrait avoir peur).
J’ai eu l’immense bonheur de la rencontrer récemment et je n’ai su lui dire combien elle me touche à chaque fois par sa douceur, se tendresse et ce miroir qu’elle aussi me tend.

Peu de livres vous touchent dans une vie de lectrice, mais Elsa Montensi et Laurence Tardieu ont cette puissance, cette capacité à parler d’elles, de moi.

 

IMG_0082Sylvain Tesson et ses aphorismes :

Un auteur que je redécouvre au creux d’un sentier lorsque la nécessité de reprendre le sac au dos se fait sentir, lorsque mes chaussures de rando m’obligent à me poser sur l’herbe fraichement coupée, à croiser la flore, la faune au détour d’une cabane perdue dans les bois.
Le premier livre que j’ai reçu de Sylvain Tesson m’a été offert par une amie. Une amie de chemin où les rires nous font secouer les côtelettes, où les yeux pétillent et les mains tendues ne sont jamais éloignées. Un très beau cadeau.

Il rejoint Thoreau, Bobin, Blanche de Richemont, simplicité et naturel déconcertant. Peu de mots pour les traduire d’ailleurs tellement le silence bienfaiteur est le compagnon idéal à ces lectures, ces instants donnés.

 

Vous retracer tous ces moments de lectures est dur, difficile tellement il fait appel au personnel, à l'intime. Je pourrais dire que les livres sont de réels compagnons, que j’en ai toujours un (et souvent deux) dans mon sac à main, qu’ils m’accompagnent au quotidien, dans le train, le tram, sur les chemins, en pleine forêt ou sur une plage... Toujours un, insatiable, gourmande...

Etre sans livre c’est comme être nue, dépouillée, sans les mots qui m’habillent, m’habitent, sans les bruits des lettres qui viennent sensibiliser ma tête, mes rires, mes sourires ou mes larmes (de joie bien sur).

Lire c’est comme humer un parfum discret mais indispensable, c’est comme capturer l’image qui se dresse devant les yeux et en faire son cadre de vie, sa beauté. Lire, humer, sentir, regarder, entendre, gouter, toucher et se poser dans l’instant tel qu’il est. Délicatement, sereinement, calmement et en beauté. Lire et se découvrir, lire et se couvrir. Alors imaginer lorsque je rentre dans une librairie ou une bibliothèque… Poussez vous la zébrette que je suis, est lâchée  et vous n’avez pas intérêt à embarquer le livre repéré… (rires …) !!!!

 

Je passe le flambeau à mes deux marraines de blog Charlotte l’insatiable et Lucie la facétieuse. L’une et l’autre doivent se dévoiler sur le lieu et les livres et je rajouterai (mais cela vous le savez) les émotions déclenchées à ces lectures. A vos papilles prêt, feu ... lisez !