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« Je t’aime trop.
Et celui qui a dit qu’on n’aime jamais trop n’a jamais trop aimé. Sinon il saurait que ça fait mal, peur, que ça submerge, enveloppe, ronge, étouffe. Que ça empêche de faire le reste alors que, pourtant, il faut faire le reste pour que l’amour se régénère. 
Maintenant qu’elle n’est plus là avec sa souffrance. Maintenant qu’elle n’est vraiment plus là, et qu’il n’y a plus que nous deux, on va faire comment pour s’aimer comme des fous traqués ? Que va-t-on espérer lorsqu’on sera les deux dans le lit, après un moment de répit qui cette fois durera toujours ? 
Je n’en peux plus de t’aimer tous les jours plus. J’ai accédé à mon rêve d’amour fou et, au lieu d’en profiter, je crève d’angoisse à l’idée que ça cesse. On n’aime pas toujours de cet amour-là. 

Avant toi, j’arrivais à vivre sans toi. »

 

Comment vous parler d’un livre d’une telle intensité ? Comment vous décrire les méandres et les souffrances d’un/des amours intenses et brûlants ? Celui qui laisse à jamais des cicatrices, des graines dans le corps. Celui qui submerge car vous savez que vous avez rencontré cet amour, l’amour tant écrit, tant décrit. Celui qui vous embarque vers le pays d’un espoir même sommaire mais d‘un possible. Celui où vous vous donnez réellement, entièrement,  sans limite. Comment vous parler d’un amour quand vous savez qu’il n’y aura aucune issue positive possible sauf celle des souffrances, du silence et d’une solitude extrême.

Comment vous parler de Frida, qui jouit comme elle vit, qui brûle de désirs comme elle croque dans les passions amoureuses ? Un jeu de l’amour et du hasard, une roulette russe, un loto des sentiments.

« Avant nous, il y avait moi.
Et tes prédécesseurs. » 

Frida sonne juste, tire à bout portant dans les cœurs, ouvre les cicatrices et triture les chairs. Elle ne laisse rien ou du moins si une plongée en soi, un péril, une corde de funambule qui tombe. Frida et son amour insensé, Frida et ses passions amoureuses dévastatrices. Frida qui aime, passe d’homme en homme, se cherche,  cherche celui qui la mènera vers cette vie, cet accomplissement, ce bonheur tant écrit dans les contes de fées et de princesses de son enfance, celle que lui a dicté sa mère, son psy.

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Frida la fidèle infidèle. Frida femme d’amour et d’aventures. Frida fidèle à elle-même et à l’intensité de la vie. Frida et ses basculements. Frida cette femme mariée qui va se perdre par amour, puis se relever, reprendre son chemin, se blottir dans les bras d’un autre, d’autres, aimer pour apprendre à s’aimer.

« Tu ne seras pas le suivant.
Tu seras le dernier. »
[…] mais on a le temps. On a le temps de prendre le temps. »

Frida et son intense besoin d’amour, d’être aimée, de vouloir ce moment où le désir nait, où la rencontre opère. Frida et ses peurs d’aimer, ses craintes et son envie irrésistible d’être contre lui, ce corps qu’il soit amant, mari, lui, ou un autre. Mais lui oui… « Il y a lui et je pense à Brel qui dit « … Et puis et puis Et puis il y a Frida… ». Et c’est beaucoup plus fort que moi. Beaucoup plus qu’avec  les autres ».

Vouloir toujours recommencer, toujours des débuts de l’amour, des matins des possibles, des soirs de perte, des nuits de détestation, des lendemains de renouveau et des soirées de désirs. Dentelle d'écriture. Ciselé et magnifique. Pleurs et espoir. Femme.

 

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Mélanie Chappuis et son premier, tout premier roman. Celui qui a fait d’elle une suite de mots qui se sont épanchés sur la feuille, sur les pages. Je voulais la découvrir dans ses premières écritures. Je n’ai pas été déçue.
Encore une fois, son intensité, sa beauté des mots a puisé en moi, laissé des traces, des empreintes, des cicatrices. Ce premier roman est de chair, de vie. Il est criant, intense de volupté et de désir, d’amour et de corps. Il est oui criant de lui.

Mélanie Chappuis c’est cette délicatesse extrême et cette puissance de la vie, des rencontres qui nous nourrissent, nous submergent, nous rendent belle de l’amour, du désir amoureux. Elle a cette plume, cette façon de se glisser dans la peau, le corps de ses personnages et d'en faire nous. On devient Frida. On est Frida. Fébrile et puissante à la fois, fragile et vivante. Intense oui.


Mélanie est vraiment un écrivain qui manie la plume comme on manie le cœur : sans répit et brulant de vie, sanguin et amoureusement beau, intense et infidèle ou du moins intense et fidèle à une chose : l’amour de la vie.

Encore une fois merci de me chavirer. Tu es décidément douée Mélanie. La Suisse romande peut être fière de son nid d’écrivains, de son vivier qui sait manier les mots comme une flèche dans les cœurs : droit au but. Merci. Tu m’as transpercée tellement que je ne sais pas si cette chronique reflète ce que je viens de lire : l’intensité de Frida.

« C'est moi qui attends. J'étais l'élan. Il a tourné le dos, je suis retombée. "J'attends", ça ne voulait pas dire "je t'attends", bien sûr.
Je me suis libérée. Il n'est pas venu. Je suis morte. J'ai continué à faire semblant de vivre, avec ce sourire tellement douloureux que, si je m'étais vue le faire, j'aurais cessé net, j'aurai eu envie de me consoler, je serai repartie me coucher, et tant pis si je perdais aussi le travail, les amis, l'amour-propre et ces conneries qu'on croit importantes avant d'aimer. Tant pis, j'étais morte. C'est trop difficile pour une morte de prétendre être vivante.
Et puis j'oublie tout que je fais semblant, je réalise que je suis toujours là, dans cette vie où les sourires deviennent tout à coup aussi précieux que lui. Je me relève et, surtout je sais que je vais rester debout. Malgré la douleur, parce que je me souviens des jolies choses, de celles qui ne sont pas liées à son souvenir »

 

A relire des baisers froids comme la lune et cette phrase : « Vincent je voulais juste une fois sa peau. Juste une fois. Et là je veux toute la vie ».

A retrouver sur le site de Mélanie Chappuis.

 

Frida
Bernard Campiche Editeur
2008