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«  Aller à la découverte des hautes herbes, au détour de paysages repeints aux couleurs de la reverdie annuelle, est un bonheur comparable à celui de se lever tôt pour constater que le soleil règne en maître absolu sur la campagne, avant que ses rayons, frappant de plein fouet les yeux du promeneur matinal, à peine éveillé, ne le jettent, l’esprit à moitié sonné, sur le carreau éblouissant des routes… Leurs apparitions aléatoires à la fenêtre d’une voiture, au gré d’une promenade le long d’une voie secondaire ou d’un sentier de traverse, dans l’intimité d’une allée ou d’un jardin à l’abandon, au débouché d’un chemin de ferme donnant sur un verger modeste et grave, comme empreint de toute la rude majesté de la terre, leurs occurrences furtives et presque inespérées me ravissent, et retiennent longuement mon esprit absorbé dans une rêverie de la profondeur.. »

« Les Hautes Herbes » est tout simplement un magnifique ouvrage d’Hubert VOIGNIER, une poésie, un appel irrésistible à chausser nos pataugas et autres chaussures de randonnée et à fouler d’un pas gracile et empli de douceurs, les herbes qui bordent nos chemins, nos talus, nos fossés.
C’est s’arrêter un instant de courir sur les stades où l’herbe rase fait pâle figure. C’est se coucher dans cette verdure et se laisser prendre au jeu du laisser-aller, baisser sa garde et respecter la nature. C’est sentir, ressentir cette texture, cette odeur incomparable, ce toucher voluptueux et granuleux, cette saveur en bouche.

10436341_404751833007440_8130800438787077752_n« Un choc infime, un léger ébranlement de l’esprit et des sens, une révélation cinglante tout autant que fugace, je ne saurais dire au juste ce qui se trame en moi lorsque, à la faveur d’un virage le long d’une petite route de campagne, mes yeux incidemment se posent sur ces nuées d’herbes drues, dans la profondeur de champ confuse desquelles ils se précipitent et se noient l’espace d’un instant, tâchant de repérer ou de fixer au passage quelques bribes singulières de cette vaste étoffe de réel, sur lesquelles ma pensée puisse s’étendre et divaguer indéfiniment. »

« Les Hautes herbes » est un ouvrage de poésie subtile, délicat, foisonnant, délicieux. Il est à lui seul une osmose végétale par sa conception, son approche, sa texture et son contenu.

Un objet rare, sensuel, doux, végétal. Une couverture de papier loin d’être neutre. Un toucher, des fibres, un relief, une douceur, une calligraphie et un visuel qui attire indéniablement le regard. Un vert sépia, cette mélancolie, cette inspiration à ralentir et se laisser aller à rencontrer ses « Hautes Herbes ».
Puis il y a une police douce d’une couleur vert olive. Ce quelque chose qui fait tourner les pages en sentant cette odeur de garrigue, de Provence, la douceur d’une soirée automnale ensoleillée où les pages vacillent sous la lumière d’un soleil doux et chaleureux. Lire ce recueil couché dans les Hautes Herbes et se laisser griser par leurs appels.

 

10848055_404750559674234_6148315429851002615_nEt si Hubert Voignier a signé un texte d'une fraicheur incomparable, les illustrations d'Estelle Aguelon complètent magnifiquement cet ouvrage. D'un pinceau délicat, elle offre un bouquet d'herbes sauvages, tendres, ensorcellantes, chaleureuses. Une beauté  visuelle rayonnante.

Sans être lyrique ou académique, les textes épousent parfaitement cette idée de symbiose pastorale. Le monde de la poésie s’ouvre à nous comme s’éclaire un paysage sous nos yeux. On pénètre dans cette nature, dans ses herbes qui accompagnent notre marche, notre pause.  

« Aller à la découverte des hautes herbes, au détour de paysages ».

Découpé en quatre mouvements (impulsif, récitatif, dérivatif et méditatif), "Les hautes herbes" est une lecture lumineuse, en raccord avec l’esprit de ce qui nous entoure et de ce que l’on voit plus : l’herbe folle, l’herbe haute, la noble et belle herbe, celle qui donne la vie, qui est remplie de cette graine, de cette ivresse, de l’ivraie. Les références à de grands auteurs jalonnent notre parcours littéraire. Nous cheminons au côté de Hugo, Lamartine ou encore Chateaubriant. Nos pas rencontrent leurs mots perdus dans les landes des iles bretonnes ou des landes rêveuses.

« Les hautes herbes mènent réellement au seuil d'un pays intérieur, ouvrent la voie à une autre dimension, un envers ou un endroit confiné du monde »

Une prolifération végétale qui nous rapproche des lieux emplis de beautés saines et naturelles, ces petits-riens qui libèrent et font avancer pas à pas, nos pas dans les Hautes Herbes. Une belle poésie délicate et subtile, une belle œuvre tout en retenue et en beauté naturelle.

 

Les Hautes Herbes
Hubert VOIGNIER, Estelle AGUELON
Cheyne Editeur