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«  Le soir, je profite de la triste lumière de la lune pour me mettre à pleurer. Il suffit qu’une seule larme coule pour qu’elle entraine à la suite ses petites copines humides. Je suis submergée par l’impression de m’être fait plaquer. Les larmes inondent mes draps. Une vague de honte m’emplit, je ne fais pas honneur aux cyprès » 

Vous ne savez pas pourquoi mais il y a des fois où vous vous arrêtez devant un livre sans vraiment savoir quels en sont les mots. Vous vous arrêtez devant juste comme cela et votre main le saisit. Qu’importe le contenu qui sera sa surprise.
Vous vous en emparez.
Vous le prenez.
Vous savez qu’il vous apportera ce moment que vous avez besoin : une découverte, un réconfort, une tentation, un voyage, une gémellité... Qu’importe, il sera ce quelque chose qui vous consolera lors des soirées où le taux de pluviométrie s’annonce assez important.

Voilà il sera juste « Le livre qui console », qui donne le droit de lâcher les tensions accumulées, de déposer sur les joues, cette larme qui perle au coin de l’œil et que l’on retient de peur de paraître trop sensible, trop fragile. Juste un livre qui fait que cette goutte d’eau salée devient belle, redoutable de tendresse et évocatrice de nos émotions, de notre sensibilité à fleur de peau, de mots.

 

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Il sera ce vent qui vient caresser notre joue, cette main amie qui se pose sur votre épaule puis qui vous entoure de ses bras. Il sera ce miroir que vous refusez de regarder lorsque les larmes coulent et qui pourtant rendent vos yeux plus doux, scintillants, étoilés.
Il sera ce cordon que vous refusez de couper avec vous-même car intime, sensible, beau.
Il sera un soir où la nuit vous rappelle l’âme perdue ou loin. Il sera la lune, une vague de honte qui vous submerge et qu’il est impossible à contrôler.
Il sera aussi une émotion, un effet dû aux glandes lacrymales, à un état féminin plus que masculin (scientifiquement prouvé).
Il sera un événement, une mise en scène politique, des larmes de crocodiles, un spectacle, un écrit littéraire. Il sera une larme reflexe, une larme basale. 

Oh il ne sera pas grand-chose : une balade, une promenade dans les mots de Marie SALOME PEYRONNEL et le graphisme de Joann SFAR. Il sera juste une farandole poétique aux pays des lames, un trait qui donne le droit de pleurer et d’apprendre à les sécher avec tendresse et douceur.
Juste un petit livre, une couverture, des gouttes de pluie orangées, deux personnes qui s’étreignent sous un ciel ombrageux et le droit de se consoler avec.

10847908_403319896483967_3748195745857022384_nDans ce petit recueil à la tendre poésie de Marie Salomé et aux graphismes de Joann Sfar, les larmes sont permises, autorisées, mises en avant. Deux sœurs jumelles que rien ne pourrait séparer comme  fil d’Ariane tout au long de notre lecture. On y croise notre histoire, une amie sœur jumelle, des hommes politiques, des footballeurs, des hommes de sciences, un gros chat gris, des chansons, des films, des petits pleurs, des larmes de joie…

Marie Salomé Peyronnel explore toutes les facettes de ces gouttes qui coulent sur les joues les jours de tristesse, de mélancolie, de peur ou de trouble, de joie aussi. Joann Sfar lui répond en écho en utilisant sa palette graphique d’encre noire, aquarelles subtiles et tendres. La calligraphie rebondie, les plumes s’entrecroisent. Ils jouent tous les deux avec les mots, les citations, les pages, les polices.

Un livre bon et chaud comme une madeleine, une couleur bleue délavée rehaussée de touches orangées, fin et à la fois remplit comme l’eau qui déborde des yeux. Ce petit quelque chose qui réchauffe les cœurs lourds et inonde de larmes les soirs où le moral vacille comme la flamme d’une bougie que l’on souffle.

Un petit livre à offrir à l’ami(e) qui pleure et que vous avez juste envie de consoler doucement. A celui qui n’ose pas montrer ses larmes parce que pleurer ça ne se fait pas. A celle/celui qui est loin mais à qui vous pensez. A votre mère, vos sœurs, vos frères, votre père, qui sais je encore ?!…  A celui qui est assis près de vous et que vous ne connaissez pas. A celle qui pleure à quelques mètres et vous ne savez pas pourquoi… Voilà juste un petit livre pas bien gros mais qui console. Un livre qui dit « je suis là, chut. »

 

Le Livre qui console
Marie Salomé Peyronnel et Joann Sfar
Flammarion