NORMALEMENT C’EST INTERDIT. C’est risqué près de l’eau. Ce serait dommage de vous casser quelque chose. Normalement, le porte bagage est fait pour porter des bagages un jour comme ça est fait pour rentrer chez votre mère, lui apporter son courrier, je ne sais pas, un jour, il vous faudrait revenir des courses un peu chargé, mais le porte bagage n’est pas calibré pour qu’on y pose des fesses ou un coeur aussi rempli d’oxygène.
Normalement, à cette heure-ci de la nuit, on n’éclate pas de rire sans retenue, le rire ça résonne et les voisins, juste au-dessus du fleuve, ça risquerait de le faire une drôle d’impression autant d’amour projeté.

Normalement passé un certain âge, on ne se prête pas à de pareilles courses déjantées, les pavés sont glissants et on peut se blesser.

Il faudrait voir se qu’en dit la police, mais ce sourire-là, si large envahissant bientôt ça leur montrerait derrière les oreilles, ça chatouillerait le haut crâne, ce genre de sourire, vous lui donnez un peu, il vous prend en entier, il vous demande le bras, c’est loin du légal.

En résumé, une femme pédale près du fleuve, il est quatre heures du matin, passées, sur le porte-bagage à l’arrière, un homme a dénoué sa cravate, ses souliers et ses lacets d’estomac.
Ils sont heureux comme ils rient comme on patauge gauchement. Ils chantent parfois pour les mouettes qui siestent pas loin. Si rien de cela n’est autorisé, faut tout changer.

 

27 avril 2012

Polaroïd
Marie Richeux
Sabine Wespieser - Editeur

Retrouvez le saturday read fever chez Anne des mots et des notes et chez la Marquise de Merteuil.

 

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