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" La photographie est la seule expression qui est l'oeuvre d'une fraction de seconde. Le peintre, le sculpteur ou l'architecte mettent longtemps à accoucher de leur création,  alors que le photographe doit saisir l'instant qui s'évanouira à jamais,  le fixer et exprimer sa pensée dans l'image captée. Du moins c'est mon idée de la photographie"

Nicolás Muller

 

En ce moment se tient au Château de Tours une exposition du Jeu de Paume sur un photographe hongrois Nicolás Muller (Orosháza, Hongrie, 1913-Andrín, Espagne, 2000). Ne connaissant pas (et là je suis inculte), je me suis précipitée pour me plonger dans les images de ce grand monsieur, une des grandes figures de la photographie sociale hongroise.

Et quelle belle leçon de photographie humaine, humaniste, je me suis prise. Quelle magnifique cadrage, rendu, profondeur d’âmes et de champs, contre champs. Quel regard, générosité, bonté dans ces clichés capturés sur le vif soit pour son compte, soit pour le compte d’une revue. Un grand coup au cœur, un frisson d’émotions, des larmes de bonheur et des images qui se resteront collées à ma rétine pour longtemps.

 

D’origine juive, Nicolás Muller fuit les régimes répressifs des pays européens à commencer par son pays natal, la Hongrie. Il fuit les dictatures, les oppressions, une vision du monde qui n’accepte pas les différences et devient un expatrié qui de son regard sensible pour le monde agricole et ouvrier va dévoiler les classes défavorisées, les laissés pour compte, les perdus du système.

Exposition-Nicolas-Muller-les-souvenirs-d-un-exile_reference

Dans les différents pays qu’il traverse (Hongrie, France, Portugal, Maroc, Esagne…), il rencontre des compatriotes (Besnyö, Brassaï, Capa, Kertész,  Horna…), une diaspora qui participe à mettre en avant ce courant humaniste, révoltés et en contradiction avec les régimes totalitaires, dictatoriaux ou fascistes, un vaste mouvement de réveil social, humain, qui touche aussi bien l’Europe que les Etats Unis (les raisins de la colère en est un des plus bel et douloureux extrait littéraire).

Dès ces débuts, on remarque son style, sa façon de capter et de rendre ce travail des champs, des humains de façon palpable : ce cadrage en diagonale où la vue épouse non seulement les corps, les visages mais aussi les vastes champs d’horizon, les arrières plans remplis de vie, de poésie sociale. On sent toute l’étendue d’une palette d’émotions, d’une fragilité superbe et émouvante, une recherche de l’esthétisme mais surtout du rendu social, humain, une approche qui réveille et saisit.


1620914_10205699126183177_7463122695961960315_nSes vues en plongée/contre plongée font aussi partie de son carnet initiatique et vagabond. On y reconnait son regard, sa recherche de mettre en avant l’humain, celui qui travaille avec ses mains, l’ouvrier mais aussi toute cette panoplie de gens croisés, cette foule qui acclame ou s’interroge. Et ces mains, ces visages, ces yeux toujours et encore. Cette recherche constante de trouver la veine créatrice et palpable, poétique, sociale. Ce caractère de révolte si tendre, si généreux sur les plus démunis.

 

"J'ai aimé le brouhaha du port, les couleurs... des femmes dechargeaient le sel et le charbon transportant les paniers sur leurs têtes,  droites comme des cariatides.  D'autres dechargeaient des ballots de morues alors que les hommes, vautrés ou assis au soleil, regardaient passer les nuages ou jouaient aux cartes."

 

10351000_10205699127103200_6417244975912600314_nQu’il travaille pour lui ou pour un magazine de  presse, les développements mis en avant sont toujours tournés vers cette idée du monde rural ou urbain, cette diagonale de vie, son engagement auprès des plus défavorisés même si on peut lui reprocher quelques clichés plus policés notamment avec l’intelligentsia espagnole avec qui il réalise de nombreux portraits de ses amis et connaissances, écrivains et artistes, voire militaire.
Cependant même ces dernières frappent par ce regard et cette verticalité, cette recherche constante de la vérité, son engagement et ses exils, l’exil propre à ces contextes politiques et sociaux auxquels il a été confronté tout au long de sa vie.

 

Une très très belle expo à découvrir au Château de Tours dans le  cadre des échanges avec Le Jeu de Paume.  Une expo que je vous encourage à voir et à revoir, de regarder ces visages, ces hommes, ces femmes, ces prises de vue, ces images, la construction et le rendu que Nicolás Muller en a fait. Un vrai courant humanisme, d’engagement et de sensibilité. Magnifique ! Frissons d’émotions garantis !

 

Exposition Nicolás Muller, traces d’un exil
Château De Tours
Musée du Jeu de Paume

 

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