sans-titre

« Pour beaucoup de gens, le bruit est un bienfait. Non seulement il ne les dérange pas, mais ils l’aiment. Il leur est impossible de comprendre qu’on veuille s’en délivrer, a fortiori qu’on l’abhorre. Ils le convoitent, ils le cajolent. Le bruit leur est une seconde nature. Ils s’en enveloppent, pareils aux apiculteurs qu’entoure les ruches un essaim d’abeilles. Ils l’enfilent comme on se chausse. Pas une heure sans bruyant cortège. Le silence les inquiète, le bruit les rassure. Ils vivent avec lui, en lui. Ils ne peuvent vivre sans sa compagnie Il les devance, il les suit, on dirait leur ombre. Quand ils se couchent, il les borde. »

 

Drôle de livre que ce Petit éloge des amoureux du silence. Drôle de petit bouquin d’une collection Folio à 2 euros pour lequel je suis ressortie en me posant mille et une questions. Suis-je une extraterrestre, un être hors du commun, une femme en voie de disparition ? Suis-je une amoureuse du silence comme l’entend Jean Michel DELACOMPTEE ? Suis-je si amoureuse du silence que chez moi ce mot prend tout son sens ? Peu de bruits, peu de résonnances. Seuls les sons d’une vie classique, ordinaire et dans lequel je me ressource.

J’aime le silence. J’aime ce mot. Mais suis-je vraiment celle que dessine, décrit l’auteur ? A en aimer le silence, ai-je perdu toute notion d’individu ? Est-ce cela qu’aimer le silence ? Jean Marie DELACOMPTEE a écrit un éloge des amoureux du silence qui fait réfléchir sur la notion même de silence.  

Notre vie résonne de sons, de bruits. Ils sont quotidiens et envahissants. Ils sont nos voisins, nos proches, nos pas, nos espaces, nos oreilles, nos sens. Mais sont-ils ces ennemis décrits dans cet ouvrage ? Je ne sais pas.  Le bruit nous traque, nous envahit, nous harcèle. « Il rôde toujours quelque part. Il est tapi au cœur des bois, des monastères, des cimetières, même des hôpitaux, dans les alvéoles les plus secrètes de l’humanité. » Est-ce pour cela que je m’entends si bien avec le silence ? Qu’est ce qu’un bruit ? Qu’est-ce qu’un son ? 

Jean Marie DELACOMPTEE nous pose cette question de l’amour exclusif du silence, de cette terrible maladie qu’est le terrorisme du son, des acouphènes permanents, des caisses d’amplifications acoustiques. Mais doit-on en arriver à haïr le bruit pour aimer le silence ? Doit-on en devenir nous même des extrémistes du non bruit et haïr ceux qui abordent le rivage des sons ? Pour le Petit Robert, « le bruit est un son non désiré, non désirable, subi, une sensation auditive produite par des vibrations irrégulières ». Mais qu’est ce le silence ? Il n’en est fait aucune définition dans ce recueil.
A en aimer le silence, Jean Marie LACOMPTEE nous raconte sa haine du bruit et de ce qu’il l’entoure. Le moindre son destructeur de son entourage, de son environnement est pour lui une guerre ouverte contre sa personne, destructeur de son être. Il en devient un personnage étrange, gênant, à la limite de l’égoïsme, de l’individualité pure.

Pourtant, et je le sais par expérience, le bruit peut nous nuire, nous atteindre moralement dans notre chair et dans notre âme (je n’en sais que trop peu). Un tic-tac régulier de réveil en pleine nuit, des pas d’un voisin, un tam-tam intempestif, un crissement de craie sur un tableau mais aussi le tintamarre d’une tondeuse ou d’une scie un matin lorsque le soleil se lève, le passage régulier de véhicules près de notre lieu de travail, les bruits de verre jetés dans des containers… Notre société est remplie de bruits. Mais qu’en est-il des sons ? 

J’aime le silence. Pour moi, il est ample, apaisant, reposant, rempli de mille saveurs et  de sensations. Il n’est nullement une gêne et je peux passer des heures ou des jours sans me précipiter sur une source de vibrations. Mais j’aime aussi les sons. Les sons sont ces espaces qui nous créent des émotions, des plaisirs et ils sont propres à chacun d’entre nous.  L’oreille est un des cinq sens qui reste en éveil vingt quatre sur vingt quatre et j’aime le savoir.
J’aime savoir que mes tympans vibrent et la notion de non bruit, de non son me gêne tout autant que la notion de bruit.
J’ai conscience que ma définition du silence est emprunte de rêverie, de poésie, de méditation mais contrairement à ce que le titre de ce petit livre laisse à présager, je ne suis pas une réactionnaire au bruit même si comme tout à chacun je peux être agressée par un son, une sensation désagréable, une odeur gênante, une lumière agressive, un goût amer… qui ne le sera pas pour d’autres. Ce que j’aime comme son peut-être non désiré par celui qui l’écoute avec moi. Ce que j’aime comme son peut –être une gêne pour celle qu’il l’entend au même moment que moi.

Ce éloge est donc un pas de côté pour les amoureux du silence. Le nom choisit porte à confusion et j’aurais préféré qu’il se nomme « petit éloge de la haine du bruit ».  Un livre à méditer.

« Ce qui est entendu ne connait ni paupières, ni cloisons, ni tentures, ni murailles » - Pascal Quignard, la Haine de la musique.

 

Petit éloge des amoureux du silence
Jean Michel Delacomptée
Gallimard - Folio
Collection 2€

 

quote-on-traite-de-mal-embouches-ceux-qui-detestent-le-bruit-on-se-gausse-des-vieux-qui-s-en-jean-michel-delacomptee-111292