07h10, je ne sais où je suis mais depuis hier soir je viens de me rappeler qui je suis et d’où je viens. Pour toi, je me suis lavé, j’ai changé mes habits. J’ai troqué mes vieux jeans troués, élimés et puants la rue. Je me suis lavé, rincé, nettoyé, rasé. Je sens bon. J’arrive. Je reviens à la maison.

Ce matin, j’ai acheté un billet pour prendre le train. Revenir à tes côtés. Me poser et tout redémarrer. Repartir à zéro. Me retrouver. Rêver. Ne plus faire semblant de croire que la liberté reste qu’un vaste projet d’illuminés. Une mère comprend cela. Une mère sait que son fils peut changer.

La rue, ça fait 2 ans que j’y suis. J’en suis revenu. Ma liberté m’a conduit dans des extrêmes intimes,  l’alcool comme compagne quotidienne, les trottoirs comme rues. Révoltés, j’étais. La révolte, j’y croyais.

Je reviens. Je croise sur ce quai des gens qui me voit tel que je suis : un homme d’une vingtaine d’année qui croit que la solidarité, la beauté, la bonté n’est pas qu’un geste vain. J’y crois. Et pour ne pas louper mon train, te rater, perdre de nouveau la chance de te voir, de t’entendre, j’ai demandé mon quai, ma voie.  Je ne connais plus grand-chose à l’acceptation, la beauté des gens. On m’a tant crié dessus, décrié, dit que j’étais un raté. Alors demander, c’était pas facile, mais je l’ai fait. J’ai demandé. Et le faire, m’a fait revenir, croire en l’humain. Tiens d’ailleurs, je ris car dans voie il y a vie.

Gentiment, sans rien attendre, juste en me regardant et me souriant, on m’a aidé.  J’ai pas vu grand-chose juste la bonté, l’humanité, la générosité. Juste un court instant, je l’ai aimé celle qui m’a accompagné sur ce bout de quai. Je lui ai raconté que j’allais te retrouver, que tu m’attendais dans ta maison au bord de la mer pour manger.

Maman, à midi, tu m’a appris qu’on avait souillé la liberté. 

Depuis je pleure, crie, hurle. On a souillé la liberté. La liberté.

On a souillé la vie, l’humanité, la liberté.

Bon sang, j’ai mal. Pire que ça… qui croire, que penser, j’ai envie de cramer, de brûler, de ne plus croire en la vie. J’ai mal et c’est peu de le dire. Ils ont tué Charlie. Ils ont tiré sur la vie. Ils ont assassiné la liberté. Cabu. Charb. Tignous. Wolinsky. Tous…  Je suis dévasté.

Maman, toi que je retrouve ce midi, toi qui as compris qu’elle m’avait guidé, fait aimer, partir, revenir, aider à devenir de nouveau quelqu’un, aide-moi à croire encore en la liberté, l’humanité, la bonté, la générosité. Aide-moi à défendre la liberté pour que chacun d’entre nous sache ce qu’elle est : la vie ! J’ai mal, j’ai mal…

 

Ce texte, je le dédie à cet homme d’une vingtaine d’année que j’ai croisé ce matin et que j’ai accompagné. Il m’a parlé de cette liberté, de la rue qu’il avait connu, de celle qu’il l’attendait pour manger.  Je l’ai accompagné et pour me remercier il m’a pris la main, me l’a baisé comme un chevalier libéré de ses cauchemars, ivre de liberté. Cet après midi, je pense à lui et j’ai mal. Mal pour la liberté qui a été souillée, pour ces hommes qui en leur plume ont combattu l’inhumanité. Et je pense à lui, cet inconnu d’une vingtaine d’année qui défend ce mot.

Continue de l’aimer. Continue de combattre avec ta plume ceux qui veulent la souiller. " "Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres". (Voltaire)

 

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