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«  Céleste, plongée dans une multitude d’émotions inconnue jusqu’à là, réalise qu’elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude : ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l’insuffle. Il est d’une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé pour les corvées de la vie courante – souvent celles des autres - , prend une dimension nouvelle. »

Comment vous parler de ce livre quand Pietra Viva de Léonor De Récondo a été un vrai coup de cœur, une musique de sensibilités, un crescendo d’émotions. Comment réussir à retrouver la veine de l’auteur, sa plume, sa puissance émotionnelle, faire corps avec ce nouveau roman paru aux Editions Sabine Wespieser ?

 

1908. Saint Ferreux sur Cher, petite bourgade cossue du centre de la France. Tout commence dans une chambre de bonne d’une maison bourgeoise. Tout commence sous les combles, au deuxième étage, là où demeurent les petites mains, là où dort Céleste, là où vient la rejoindre Monsieur, Anselme de Boisvaillant. Tout commence sur ce lit de fer forgé qui crie sous les coups donnés, qui ploie sous les assauts répétés de l’amour forcé, de ce corps pénétré, de ce sexe d’homme planté entre ses cuisses. Tout commence là, par cette longue errance onirique dans une clairière pour fuir ce viol, cet acharnement corporel. Tout commence au deuxième étage, dans cette chambre sous les combles qui deviendra le lieu des Amours de Céleste.
1908. Saint Ferreux sur Cher. Un homme, deux femmes. Victoire, mariée depuis cinq ans à Anselme. Un mariage fabriqué, arrangé pour convenances maternelles, un mariage sans enfant, sans héritier. Anselme, notaire de pères en fils, homme sans ambition réelle, se réfugiant dans son bureau pour échapper aux affaires familiales et forçant, comme on va dns un bordel, la bonne à tout faire, Céleste. Céleste, 17 ans, jeune fille qui vient de la campagne environnante et qui donne naissance à un enfant, un garçon, Adrien qui deviendra, pour cacher la faute d’un viol perpétré par Anselme, l’enfant tant espéré du couple De Boisvaillant. Amours les plus purs, inattendus, forts. Amours qui se découvre, Amours qui se revendique, Amours qui tue.


1908. Saint Ferreux sur Cher. Un siécle, une valse, quatre temps, trois personnages, un huit clos, des vies. Une transition entre un monde de convenances, de silences, d’héritages, de traditions et un monde où les mœurs évoluent, changent, un monde où se profilent les mutations économiques, sociétales, corporelles d’un vingtième siècle, un monde de vies, de bruits, de fureurs.

Une transition sous la somptueuse plume de Léonor de Récondo, une sonate au clair de lune, un piano comme personnage secondaire orchestrant des vies. L'Amour, figure de la mère, de ce ventre qui s’arrondie, qui crie en sourdine ou de plaisir sous les caresses violentes ou voluptueuses de la main. L'Amour pour un enfant qui nait face aux caprices du destin. L'Amour pour la vie, l’enfant qui ne nait pas, celui qui nait, celui qui revient mutilé et muet de cette guerre sans nom. L'Amour pour la découverte du corps aimé, du sien que l'on apprivoise sous le regard de l'autre, pour l’amour prodigué et celui déviné.

 

Un roman sur les corps, sur une société corsetée, sur les convenances, les traditions qui sautent, crissent, se brisent.  Amours avec un S. Un roman commençant avec MMe Bovary de Flaubert où l’ennui, la mélancolie, les traditions et coutumes sont décrites à la limite de la caricature d'une société qui plie sous les convenances et les traditions héritées de père en fils, les secrets de famille. Un texte subtil, musical, sensible, fougueux, précis, avant-gardiste, impressionnant par le nombre de références et d’inspirations, par l’histoire elle-même, celle de ce début du vingtième siècle, ce siècle qui allait amener tant de changements sociétaux, de bouleversements familiaux, de libertés et de crises, tant d’amours.

Un texte de Léonor de Récondo, une virevoltante sonate au clair de lune, un triolet majestueux, une chevauchée fantastique, un piano d’où viendront les amours, où s’écrira la partition d’une vie.  Un roman qui se découvre, se dénude, s’étreint pour mieux jouir et aimer, s’aimer, devenir. Une ode à la féminité, la liberté, la maternité, aux AmourS.

 

« De la vie on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d’un paysage » - Léonor de Recondo

 

Amours
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser Editeur

 

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