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«  Nous sommes si désespérément éphémères. Pourtant, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire des promesses, sans savoir de quoi sera fait demain. Les saisons suivent leur cours, et les fleurs fleurissent une fois de plus. Elles meurent, mais reviennent toujours. C’est notre promesse. »

11 mars 2011 : un tremblement de terre, un tsunami, Fukushima. Est-ce possible de faire des projets après cela ? Est-ce possible de vivre encore comme les jours d’avant, de gravir de nouveau les montagnes, les sentiers, les collines qui mènent aux cerisiers en fleurs ? Est-ce possible de croire encore ? Comment faire ? Comment croire ? Qui croire ? Que promettre ?

11 mars 2011, 4 ans déjà et tant de souvenirs qui rejaillissent, tant d’images, de sentiments, de fragilités, de cerisiers qui ont fleuri et dont les pétales se sont envolés dans le vent de la vie. Tant de chemins gravis, tant de gens croisés, d’émotions partagés, de rires entendus, répandus. Tant de promesses dites, tenues, perdues. Tant de…  Et « Les cerisiers fleurissent malgré tout »

  

Une bande dessinée qui retrace les souvenirs d’enfance de l’auteur. Des souvenirs d’une enfance pas comme les autres, fragilisée par une maladie, des souvenirs en forme d’épée de Damoclès,  mis en lumière par une personne qui devient essentielle à l’auteur. Une enfance et une vie adulte. L’Italie, Le Japon. Fukushima.

Une enfance qui vit à travers les yeux d'Itsuko Sonoda, jeune Japonaise émigrée en Italie et mariée à un Italien, Angelo. Jeune couple énergique, ils doivent s’envoler vers le Japon prochainement afin de célébrer la fête des cerisiers en fleurs qui annoncent la fin d’un hiver rigoureux et l’éclosion des bourgeons roses du « sakura », incarnation du printemps au Japon.
Ce retour au pays s’annonce pour Itsuko comme un retour sur ses souvenirs d’enfance, des souvenirs douloureux où la maladie l’a empêchée d’être une enfant comme les autres, jusqu’au jour où elle a rencontré celle qui lui a donné les clés de son parcours d’adulte, celle qui lui a transmis les valeurs de confiance et d’envie, celle qui lui a montré un possible, un chemin. Cette maitresse d’école est, aux yeux d’Itsuko, celle qui symbolise le Japon, qui lui a légué cette passion de devenir une mangaka.
A la veille de ce retour aux sources, un terrible événement a lieu : un séisme, un tsunami d’une force incroyable qui entraine l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, des dégâts, des morts et des survivants qui errent dans les rues désertes et asphyxiées d’uranium à la recherche improbables de membres de leur famille.  Survivants sur une terre inondée, une terre où les cerisiers refleuriront malgré tout, parce que la vie est là, parce que la mort n’est que passage, parce que le rythme du souffle du vent est plus fort que la désillusion des rêves et des volontés. Parce que oui « les cerisiers fleurissent malgré tout. »

Un manga fort, criant de vérité, remplie de larmes de vie et beau comme un espoir de lendemains. A l’image de ces fleurs fragiles et graciles, sensibles aux humeurs du vent, aux bourrasques qui les emportent loin de leurs arbres mères/pères, Keiko Ichiguchi retrace ce parcours des exilés japonais qui ont vu leur sol tremblé lors de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Ces exilés qui ont connu leur propre séisme, leur propre perte de repères, leurs errances à rechercher sur la toile du net des réponses à des questions, loin de leurs racines, loin de cerisiers qui étaient à la veille de refleurir et annoncer un nouveau printemps.
Face aux menaces de dangers, aux désillusions perdues, à l’enfance qui s’échappe, aux mensonges proférés par les hommes politiques, Keiko Ichuguchi met en valeur les notions de respect, d’amour, de solidarité, de beauté, de générosité. Lumineuse, poétique, renversante, on tourne les pages, emporté par le vent qui tourbillonne dans ces fleurs de cerisiers, emporté par la vie, enchainé à la beauté d’une nature féconde, universelle.

Une très belle lecture poétique, philosophique, spirituelle. Des saisons, des passages, des rencontres qui deviennent des trésors, des promesses tenues, et le temps qui passe, bourrasque et dynamique de vie qui nous fait élaborer des projets alors que tout semble s’effondrer. Les cerisiers fleurissent malgré tout. Juste beau.

 

Les cerisiers fleurissent malgré tout
Keiko Ichiguchi
Kana
Dargaud - Lombard

 

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