10949756_1404687496512549_709490900051897261_n

« Roseoleg. En un mot, une danse, une contorsion. Deux corps  imbriqués, souples et soudés, dans le mouvement de la danse, un prénom chaloupé qui nous va bien. Notre amour est un sentiment parfait et déchirant, depuis qu’Oleg a déraillé.
Roseoleg, un lasso qui lacère le cœur et tourne la roue de nos corps impatients.
On s’attrape, on se confisque au monde, on ne s’aime plus comme des humains tellement on se veut ; ça monte et ça descend, les petits chevaux de la tendresse folle, échoués quand s’arrête la fête foraine et que, dans nos têtes d’enfants voraces, le manège tourne encore ».

 

Vous est-il déjà arrivé de lire un roman et de vous trouver noyer sous les mots, les phrases, l’histoire sans pouvoir respirer, lâcher ne serait ce qu’une minute la bouée de sauvetage que l’on vous tend. Vous est-il parvenu de ne plus savoir qui vous êtes et où vous habitez tellement l’écriture somptueuse de l’auteur vous incombe de tourner les pages toujours et encore, de ne pas poser ce livre tant que les derniers mots ne seront pas lus, tant que le dernier paragraphe (magistral) ne vous donnera pas l’autorisation  de mettre le mot fin sur ce que vous venez de ressentir. 

France Cavalié a réussi cet exploit. 

Un exploit comme une bourrasque en pleine mer, comme ces vagues qui grossissent et s’échouent en rouleau sur la plage. Comme ces baïnes, ces bassins d’eaux apparemment inoffensif à noyade éventuelle, qui nous entrainent loin du rivage, un arrachement à la terre, une violence soudaine contre lesquels nous ne pouvons lutter, nous ne devons lutter, incapable de nager, incapable de bouger. Noyer, voguer à la dérive, se laisser porter par le courant et dériver en attendant de retrouver pied ne serait ce qu’un instant. Magnifique livre comme un cri, un cri, un chant qui meurt sur les lèvres, qui ne s’entend que dans le silence de la nuit, dans le silence d’une maison aux volets verts.

Superbe !
Grandiose !
Magistral !

L’histoire d’un couple : Rose et Oleg. Un couple fusionnel, un couple qui ne peut vivre l’un sans l’autre, un couple qui ne fait qu’un : Roseoleg. Une femme et un homme qui se rencontre au cours d'une soirée entre amis, un soir comme n’importe lequel mais qui sera le soir de leur vie. Un soir où Rose, mère de jumeaux, divorcée de son amour de jeunesse, se permet de redécouvrir la liberté. Une soirée comme une promesse : se marier. Oleg, cet homme séduisant, cet homme qui justement propose cette liberté et cette ile de tendresse, de caresses, de confort que recherche Rose. Rose et Oleg. Oleg et Rose. Un couple que rien ne peut emporter, noyer, dériver. Un couple qui ne fait qu’un : Roseoleg.
Rose quitte tout pour suivre cet homme. Se marier rapidement, écluser les dettes de la galerie d’art d’Oleg, quitter la capitale. S’en aller vers cette côte basque où les plages sont d’immenses terrains de jeux tempétueux, des plages où  les surfeurs de tous horizons viennent chercher la vague mythique, celle qui surgira et qui provoquera un énorme rouleau dans un océan si beau.

Rose et Oleg.
Oleg et Rose.
Roseoleg

L’histoire d’un amour passionnel qui tourne au cauchemar, à l’enfer. Les humiliations, les cris, la violence verbale, la destruction d’un être et l’amour toujours. Les « je t’aime moi non plus ». Les jours de tendresse, les nuits de violence. Les gestes tendres et d’amour, la main lourde et balayante.

La beauté d’un pays aux plages longues et belles, aux villas magnifiques, aux fieras et corridas comme métaphores de l’amour, le surf comme sport roi où on apprend à glisser sur les vagues terribles d’un océan qui peut devenir tempête. Un pays basque comme un troisième personnage capital. Et les  vagues, les baïnes où la seule possibilité qu’il reste pour ne pas sombrer, est de se laisser dériver, se laisser porter par le courant, ne pas ouvrir la bouche pour éviter de boire la tasse, de ne pas se débattre de peur d’être ensevelie plus rapidement.

France Cavalié a écrit un roman somptueux, fort. Avec une force incroyable, elle dresse tout en pudeur et respect, le portrait d’une femme qui voit son identité se noyer, se perdre sous les coups, les mots. Des phrases qui happent, nous laissent sur le carreau, un texte comme une noyade infinie et un dernier paragraphe comme une apothéose. France Cavalié ne nous laisse aucun temps mort, aucune répit. La lecture s’enchaine et tel l’océan, rouleau après rouleau, l’auteur nous emporte encore plus loin dans la dérive de ce couple. Le radeau de la Méduse. Magistral que ce roman, magistral « Baïnes ».  Fort très fort.

  

Baïnes est sélectionné pour le prix Orange 2015 et je comprends le choix de Charlotte l’insatiable de vouloir le défendre. Il le mérite pour la puissance de cette histoire, de l’écriture délicate et porteuse de France Cavalié et pour toutes ces femmes qui ont un jour rencontré sur leur chemin un Oleg. Magistral, somptueux.

 

« Je voudrais que mon amie se pose un peu, prenne ma tête entre ses mains, me demande comment ça va, sans que je puisse éluder, me dise que j’ai raison. Il faut tenir, passer la tempête, quelque part de l’autre côté il fera beau, Oleg finira par se calmer »

 

Baïnes
France Cavalié
Robert Laffont
Stéphane Million Editeur