« Tu voyages avec moi, tu n’es pas encombrant. Où que j’aille.
Tu te moques des grandes pluies, tu ne te perds jamais dans les labyrinthes, et tu n’attends pas ton tour au bout des files d’attentes. Tu te fais oublier. Pendant que je m’affaire à fermer un manteau, à cueillir des cerises, à seller un cheval. Pendant que je t’écris des livres.
Je n’ai pas encore lu toutes les pages, rangées dans la grande chemise cartonnée beige. J’attends le jour où. J’emporterai tout ça, dans une autre maison (la forêt sera au bout des doigts). En attendant quand je marche, je regarde les arbres, ils n’échappent à rien. Pluies, vents, brûlures, pas d’échappée possible. Plantés, et des repères. Tout à côté de nos effrois, nos fuites. Nos bousculades. Et toi, est-ce que tu es planté, est-ce que tu peux bouger, as-tu encore des raisons de paniquer.

Nous vivons parmi les arbres n’est-ce pas, nous vivons parmi les visages aussi, ceux des maisons, des avenues, de tous les siècles. Et il arrive que nous nous reconnaissions.
Certaines lumières se déplacent, je les traverses à tes côtés : tu me rassures (pour les nuits qui tombent vite). Alors je discerne des couleurs, certains détails me font des signes, si sensible comme toujours aux grandes tendresses dans le cou. Je prends des trains, des bus, je conduis des voitures, tu m’accompagnes. »

 

Il y a des textes qui ne nécessite aucun commentaire, juste l’émotion des mots lus et ressentis, juste l’amour profond que l’on ressent pour celles et ceux qui nous accompagnent, qui nous manquent, qui partent ou sont là avec nous.
Où que l’on aille. Ils ne sont pas encombrants. Ils voyagent avec nous.

Ils sont joies, sourires, petits riens, de grandes pensées. Ils sont arbres, pluies, brindilles, soleil, lumière. Ils sont vivant pas après pas ; ils sont nous à chaque pas. Ils sont nos fêlures, nos cicatrices, nos rires, nos larmes, nos sourires. Ils sont là. Ils voyagent dans nos sacs, nos valises, nos malles et souvenirs.

Où qu’on aille.

Entre rêve et beauté, entre rêve et grâce, entre rêve et ce fil qui se glisse entre toutes ces personnes qui traversent notre vie. Entre lui et moi, entre elle et moi, entre nous et vous. Moi. D’un trait délicat, une fleur s’ouvre, la vie renait. Cycle de vie. Silence et mouvement. Indéfinissable amour envers celles et ceux qui voyagent avec nous. Où qu'ils soient.

« Tu voyages avec moi, tu n’es pas encombrant. Où que j’aille. »

 

Où que j’aille
Albane Gellé (texte) - Anne Leloup (dessins)
Editions Esperluète

 

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