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Oh misère comment vais-je pouvoir vous parler de cette bande dessinée qui est tout simplement somptueuse, tendre, grave, riante, vivante ? Comment vous parler de ces dessins et de ce texte qui sont venus me chercher là, dans le ventre, dans les moindres recoins de mon corps et âme ? Comment vous parler de « Ce n’est pas toi que j’attendais » sans vous dire que j’y ai laissé des larmes, des sourires, des petits pincements au cœur, des grandes bouffées d’air et de tendresse, sans vous dire les doutes, les peurs et l’affection qui me taraude le cœur ?

Je ne sais … Ou du moins si !

 

Cher Fabien Toulmé

  

Je viens de lire ton livre, ta bande dessinée (permets moi de te tutoyer, donne moi cette occasion de le faire tellement tu me parais proche, semblable, frère et sœur). Je viens de te lire et comment te dire que tu m’as donnée ce sentiment de beauté, de grâce. Cette émotion de vie, ce geste d’amour de parents devant leur enfant. Tu m’as rendue ces sourires que je vois naitre devant ces berceaux de vie, ces pleurs devant les questions et les réponses que nous cherchons tous à obtenir et que nous apprenons au fur et à mesure des passages et obstacles de la vie. Comment te remercier ?

Ta bande dessinée est somptueuse, juste, déroutante par bien des émotions, sensible, superbement magnifique. Elle décortique et met à plat toutes les questions que nous nous posons face à l’arrivée d’un enfant et encore plus lorsque celui-ci nait avec un handicap comme ta petite Julia.

Trisomie.
Toi qui redoutait tant cela.

Toi qui lorsque tu étais petit, raillais avec tes camarades de classe, les enfants mongoles. Toi qui au détour d’un grillage, grimaçait en les apercevant.
On ne t’avait jamais appris à les aimer, à les regarder différemment. On ne t’avait jamais dit que ces enfants sont issus d’un chromosome qui s’est intercalé dans un couple de cellules. On ne t’avait jamais dit que c’est une maladie génétique et qu’il existe aussi une possibilité de concevoir un enfant trisomique sans jamais avoir eu d’autres références familiales que des enfants « normaux ».
Alors comme tous parents, tu en avais peur. Tu avais peur de cette possibilité. Tu avais peur qu’un jour, un de tes enfants naisse avec cet handicap. Tu ne le connaissais pas. Tu ne savais pas. Tu ne savais rien. Tu étais ignorant de leur affection, de leur amour immense, de leur joie, de leur bonheur. Tu étais ignorant qu’un enfant trisomique est tout d’abord un enfant et qu’il faut ensuite apprendre, comme on apprend à marcher, à intégrer les phases d’apprentissage qui font de nous des parents comme les autres, qui font de Julia une enfant comme les autres. Une enfant qui t’a choisi. Une enfant qui a fait de toi un père. Papa.

Fabien, oui tu m’as touchée, émue. Je ne saurai te dire plus. 

Tes mots ont eu cette capacité de me montrer sans rien cacher toutes les peurs et doutes que tu as pu connaitre. Tu n’as pas séché les larmes, toi un homme ; tu n’as pas montré ta virilité mais au contraire toute ta sensibilité, toutes tes émotions face à cette enfant.
Tu as fait face au fait qu’il t’a fallu du temps pour admettre Julia, son handicap, tes craintes et ton amour envers elle. Tu as appris à devenir père au sens premier du terme : un parent biologique.
Tu as reconnu avoir eu du mal à tenir ce rôle, à la tenir dans tes bras alors que dès l’époque romaine, le père désignait celui qui prenait à la naissance l’enfant contre lui. Tu n’osais pas. Peurs, doutes, craintes face à tes propres croyances, tes propres démons, fantômes. Comment aimer un enfant aussi laid, un enfant aux yeux bridés ? Comment accepter l’inacceptable ?

Tu n’étais pas prêt à cela. Tu ne le voulais pas.
Et pourtant Julia est arrivée dans ta vie.

Patricia ta femme, a dû apprendre aussi à concevoir le fait qu’elle avait attendu une enfant trisomique sans le savoir (et cela malgré le nombre incalculable d'echographies et autres consultations). Mais son cœur était déjà conquis. Elle l’aimait et même si elle se posait, et se pose  toujours, des questions, elle savait que Julia serait la sœur de votre petite Louise.
Louise, la grande sœur. Louise qui dès les premières minutes où elle a vu cette petite fille aux yeux bridées l’a tout de suite adoptée, a compris sans rien vous dire qu’elle était certes différente mais qu’elle était avant tout Julia, celle qu’elle attendait.

Et Il a fallu que tu fasses face à la famille, aux amis, aux collègues, aux innombrables salles d’attente de médecins tous plus farfelus ou silencieux les uns que les autres. Il a fallu que tu pénètres dans les associations, que tu rencontres psychologues, psychiatres et autres psys quelque chose. Thérapie pour apprendre l’affection et accepter les questions sans réponses. Tu as compris que Julia t’avait choisi. Qu’elle était ton enfant et que tu étais son papa. Toi Fabien. Toi qui ne l’attendais pas.

 

Je pourrais disserter encore sur ta bande dessinée, sur tes planches colorées (chaque chapitre correspondant à une couleur de ton apprentissage avec Julia). Je pourrais te dire bravo pour tes découpages, ta façon de nous expliquer ce qu’est la trisomie 21. Je pourrais mais je vais me retenir car ton récit est celui avant tout d’un père plein de pudeur, d’un père tendre et aimant, d’un père sensible et qui a fait de sa fragilité un arc qui donnera à Julia les ailes de sa future vie.

 

J’ai lu ta bande dessinée avec mon amie de blog Steph, plus connue derrière le nom de « chez Mo’ » et je peux te dire que comme moi, elle a vibré. Vibré à n’en pas pouvoir échanger alors que d’habitude nos lectures communes se terminent en vaste éclats de rires et de batailles de cannelés ou de crêpes. Non, nous étions là à partager ton amour pour Julia.

 

Alors pour cela, je te dis juste merci Fabien. Merci d’être ce père. Merci Julia.

 

Ce n'est pas toi que j'attendais
Fabien Toulmé
Editions Delcourt